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Journées d’étude : citoyens contre criminalité économique

mafia rizzoli antimafia Communications en français et anglais avec traduction
        

09-10 Juillet 2014

MAS, Paris, 10/18 rue des terres au curé

75013 Paris (Porte d’Ivry / Olympiades)

Évasion fiscale et criminalité financière en Europe
Nouvelles formes de fraude, nouvelles luttes sociales

L’évasion fiscale est estimée en France entre 30 et 50 milliards d’euros de coût par an pour la France (rapport du Sénat 2014). Alors que M. Juncker, ancien premier Ministre d’un paradis fiscal prospère, le Luxembourg, est entré dans la course pour la présidence de la Commission européenne, l’Union européenne pèche par son retrait sur les questions de lutte contre l’évasion fiscale et plus globalement de lutte contre la criminalité financière.

Les réponses doivent impliquer la société civile et de manière transnationales pour être réellement efficaces.

. « La réutilisation à des fins sociales des biens mal acquis en Italie : de l’informel mafieux au formel citoyen« 
Engligh version : Social redistribution of confiscated mafia assets in Italy: from mafia informal to civil formal

Les 9 et 10 juillet, des experts de toute l’Europe, académiques, praticiens et militants, se réuniront à Paris pour discuter de l’évasion fiscale et de la criminalité financière en Europe, mais surtout des moyens d’actions à explorer et à mettre en place pour mieux s’y opposer.

FLARE France2 : Confiscopolis à Menton contre la mafia

Cet événement fait partie du projet « Tackling Illegal Economy (TIE) » dont le but est de promouvoir la confiscation et le recouvrement des produits du crime, un des outils transnationaux les plus importants pour la lutte contre le crime financier et économique.

Tribune Le Monde : Avec la confiscation, le crime ne paie(rait) plus en Corse

Le projet rassemble des organisations de la société civile afin d’identifier, promouvoir et disséminer les meilleures pratiques sur la réutilisation des avoirs illicites.

Syndicat de la magistrature : Des armes à l’italienne contre le crime organisé et plus si affinités

                                               JOUR 1 – mercredi 9 juillet

13.00 – 14.00 Inscription des participants et rafraîchissements de bienvenue.
14.00 – 15.30 Introduction. Nouvelles étapes du développement de la criminalité financière
Modération : Rosen Dimov (Alternatives Européennes)

- Marco Genovese (LIBERA)
- Vittorio Agnoletto (ancien membre du Parlement européen)
- Mario Vaudano (Observatoire Géopolitique des Criminalités, ancien membre de l’OLAF et magistrat)

15.30 – 16.00 Pause café
16.00 – 17.15 Criminalité financière en Europe
Modération : Elena Dalibot (Alternatives Européennes)

- Fabrice Rizzoli (FLARE France) : « Légal / Illégal » : la fin d’une distinction. Comment lutter contre la criminalité financière en Europe
- Marius Frunza (Schwarzthal Kapital, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : la fraude à la TVA en Europe

17.15 – 18.45 Les formes particulières de criminalité financière – ateliers :
Méthode du “World Café” – 2 sessions de 45 minutes

   1.   Évasion fiscale par le biais des paradis fiscaux et des multinationales, avec Lucie Watrinet (CCFD)
   2.   Fraude sur la taxe carbone, avec Aline Robert (EurActiv.fr)
   3.   TAFTA et ses effets sur l’évasion fiscale, avec Paulina Petrova (BIBO)
   4.   Le blanchiment de capitaux en Russie, Allemagne, Italie et Espagne, avec Sarah Mazzenzana (Mafia? Nein Danke!)
   5.   Aide au développement comme véhicule pour les biens non imposables et blanchiment de capitaux, avec Dotun Oloko (lanceur d’alerte)

18.45 – 19.00 Présentations des résultats et fin du premier jour

JOUR 2 – jeudi 10 juillet

9.30-10.30 Jean de Maillard (magistrat) Comment la fraude financière est-elle devenue un outil de gestion de la finance, de l’économie et des crises ?

10.30 – 11.00 : Pause café
11:00 – 12:30 : Prévention de la criminalité financière et la réutilisation sociale de biens illégaux.
Modération : Maria Chiara Prodi (LIBERA France)

- Noel Hatch (Alternatives Européennes) : Impliquer les citoyens dans la réutilisation des biens des communautés

- Ass. Prof. Dr. Darina Zaimova (Université Thrakia) : Créer l’état d’esprit pour l’entreprenariat social : d’une vision globale à une compréhension et action locales
- Marcel Hipszman (ex adjoint au délégué interministériel à l’économie sociale) : le role de l’économie sociale dans la lutte contre la criminalité organisée et la réutilisation sociale

12.30 – 13.30 Déjeuner – buffet et nourriture produite dans des lieux confisqués à la mafia réutilisés à but social (LIBERA Terra)
13.30 – 15.30 L’investigation de la fraude fiscale
Modération : Sandro Mattioli (Mafia? Nein Danke!)

- Alessia Cerantola (Projet de rapport d’enquête, Italie) : l’investigation de la corruption et du crime in Italie. Le projet « Expoleaks »
- Aline Robert (EurActiv.fr) : Les tabous de la TVA, première ressource des Etats européens : quand l’impôt finance le crime organisé
- Bo Elkjær (Journalisten.dk) : coopération internationale dans le travail d’investigation concernant le crime financier
- Dan Israel (Mediapart) : Sources et lanceurs d’alerte dans l’univers bancaire : Qui croire ? Comment vérifier ?

15.30 – 16.00 Pause café
16.00-17.00 Discussion ouverte et échanges des meilleures pratiques entre participants.
Modération : Rosen Dimov (Alternatives Européennes)

17.00 – 17.30 Prochaines étapes et conclusion.

INSCRIPTIONS
Le séminaire est ouvert à tous et gratuit. Les places sont limitées et nous vous recommandons vivement de réserver avant le 8 juillet. Pour vous inscrire, veuillez écrire à paris@euroalter.com (précisez-nous si vous parler anglais, français ou les deux).

Mafias.fr dans Le Nouvel Obs Rue 98

Affaire Hélène Pastor : tueur à gages, est-ce un vrai métier ?

Camille Polloni | Journaliste

La justice soupçonne un « contrat familial » dans l’affaire Pastor. Membres polyvalents d’organisations criminelles ou pieds-nickelés de l’assassinat, les tueurs à gages ne ressemblent pas (trop) à ceux du ciné.

Rizzoli mafia antimafia

Si les meurtres d’Hélène Pastor et son chauffeur ressemblent autant à un polar, c’est entre autres grâce aux bons offices de personnages fort cinématographiques : les tueurs à gages.

Dès la semaine dernière, une « source proche de l’enquête » parle de « contrat ». Et lundi, parmi une vingtaine de personnes interpellées figurent « deux hommes d’origine comorienne », soupçonnés d’être les exécutants de ce pacte…  La suite

Mafias.fr à C’est dans l’air… la vidéo vient d’arriver

Le pape contre la mafia

Fabrice Rizzoli, Stéphane Quéré, Isabelle de Gaulmyn, Eva Morletto

Le pape François dans le collimateur de la criminalité organisée ? D’après un magistrat italien, ses condamnations de la corruption et son opération transparence à la banque du Vatican dérangeraient beaucoup la mafia, au point d’en faire une cible potentielle.

 

Bourgeoisie agromafieuse

rizzoli mafia antimafiaLe 14 mai 2014, la police italienne a procédé à l’arrestation, pour la seconde fois, de Giuseppe Mandara, 68 ans, dirigeant d’une des plus grandes entreprises de production de mozzarella d’Italie (cf.Agromafia : la France pionnière). L’homme d’affaires avait déjà été arrêté en juillet 2012 pour ses liens avec le clan La Torre et pour tromperie sur la qualité des produits. Les charges avaient été abandonnées mais les forces de l’ordre bénéficient de nouvelles preuves, basées sur des témoignages et des écoutes téléphoniques. Il s’agit d’une arrestation dans la « Bourgeoisie mafieuse » (définition)

La magistrature indépendante italienne accuse Mandara d’association de malfaiteurs, de blanchiment et d’obstruction à la justice. Basé à Mondragone dans la province de Caserte (région de Naples), aurait reçu, des 1983, le soutien du clan La Torre de la Camorra (cf.Les clans de la Camorra en recomposition). Le clan aurait apporté du cash et éliminé la  concurrence. Giuseppe Mandara est aussi accusé d’avoir fait obstruction lors de l’enquête sur l’assassinat en 1990 d’Antonio Nugnes, député-maire de Mondragone actif dans l’industrie agroalimentaire (cf.Agromafia : Le Monde diplomatique). Le corps de Nugnes fut retrouvé en 2003, suite aux déclarations du boss Augusto La Torre, devenu collaborateur de justice (cf. France 24 : Pas de coopértateurs de justice : pas d’Antimafia)

Itv JOL presse antimafia

Propos recueillis par Louise Michel D. pour JOL Press

Selon les chiffres d’un insitut statistique italien, la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, aurait engrangé 53 milliards de chiffres d’affaires sur l’année 2013: des entrées d’argent équivalentes à celles générés par la Deutsche Bank et McDonald’s réunis. Quelles sont les activités criminelles les plus fructueuses de cette puissante mafia? Quels sont les moyens développés par l’Italie pour la combattre? Explications de Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias, auteur du «Petit dictionnaire énervé de la mafia».

JOL Press : Selon les chiffres diffusé par institut, la‘Ndrangheta aurait engrangé 53 milliards de chiffres d’affaires sur l’année 2013. Quelles sont les activités criminelles les plus juteuses pour la mafia calabraise ?

Fabrice Rizzoli : La mafia calabraise engrange des milliards. Le trafic drogue est le premier facteur d’accumulation du capital : cela représente environ 40% des fonds engrangés par la mafia calabraise qui a fait du trafic de cocaïne sa spécialité. L’un des plus grands ports européens de transit de marchandises se trouve en Calabre : un atout majeur pour son trafic. Au-delà de la cocaïne, il y a des cultures de cannabis énormes en Calabre. Concernant les autres trafics, figurent la contrebande, le racket, et surtout les revenus de l’économie légale, puisque la mafia calabraise, comme la plupart des autres mafias blanchit son argent dans  l’économie légale, et gagne de l’argent. Rappelons que la mafia calabraise est aujourd’hui la plus puissante des quatre mafias italiennes : elle génère plus d’argent car elle a plus de membres et moins de collaborateurs de justice, ces  mafieux qui sortent du clan et qui témoignent devant la justice. Jusqu’en 1990, l’Etat italien a également concentré ses efforts sur la mafia sicilienne et moins sur la mafia calabraise.

JOL Press : En quoi la mafia calabraise freine-t-elle le développement économique de la région ?

Fabrice Rizzoli : Si l’on croit à l’économie de marché, et que l’on estime que l’un des points cardinaux de cette économie de marché repose sur la concurrence – qui permet de faire baisser les prix et de donner sa chance à tout le monde – on s’aperçoit que la mafia « tue » la concurrence. Un honnête entrepreneur qui veut créer un magasin de chaussures, n’a pas commencé à mettre la première pierre qu’il devra déjà verser de l’argent à la mafia. Les personnes ou entreprises qui refusent de payer, voient leur tracteur volé ou leur hangar brûlé. Ce climat-là ne peut pas être propice au développement économique de la région défavorisée.  Un énorme flux d’argent sale circule mais le niveau industriel et le niveau de service sont extrêmement faibles. L’état des routes est pitoyable, sans parler de celui des hôpitaux… Dans un pays riche –  cinquième puissance industrielle au monde et la troisième en Europe –  l’Italie du Sud affiche pourtant un développement extrêmement bas : la mafia y restreint les initiatives individuelles, freine l’esprit d’entreprendre, fait souffrir les entrepreneurs, et rend complice les comptables, les banquiers, les avocats…

JOL Press : Combien la mafia calabraise compte-t-elle aujourd’hui d’affiliés ? Est-il facile de l’infiltrer ?

Fabrice Rizzoli : Selon mes sources, la mafia calabraise regrouperait aujourd’hui 7500 affiliés. La mafia calabraise comporte une spécificité par rapport aux autres mafias : pour y entrer il faut avoir un lien de sang : il faut être fils de, frère de, ou marié à la fille ou encore à la soeur d’un mafieux.  Par les enfants communs, les sangs des deux familles –celle qui n’était pas de la mafia et celle qui en faisait partie – se mélange et on accepte la filiation.

Il faut savoir que l’on n’ « infiltre » pas les mafias. Il existe cependant des méthodes qui permettent de connaître la mafia : le témoignage de l’intérieur. Ceux qui ont une carrière professionnelle de mafieux pendant dix, quinze ans, sont protégés par la police, mais témoigner sur tous leurs avoirs, déclarer tous leurs biens, sinon ils perdent leur protection. Environ 3000 mafieux sont sortis du système depuis 1991 : ils témoignent à tous les procès, répondent aux journalistes et aux chercheurs. On connaît très bien le phénomène mafieux, mais un peu moins, la mafia calabraise, car nous avons moins de collaborateurs de justice.

JOL Press: Le Pape François s’est lancé dans une véritable lutte anti-mafia, en appelant à la mobilisation de la population. Comment l’Etat italien combat-il concrètement la mafia ?

Fabrice Rizzoli : L’Italie a les meilleurs outils juridiques au monde pour lutter contre la mafia, de telle sorte qu’une commission parlementaire européenne a travaillé pendant 18 mois et a demandé aux Etats membres de s’inspirer de l’Italie. On parle de la mafia italienne, mais on ne parle pas beaucoup des autres mafias en Europe. La mesure phare mise en place par le gouvernement italien vise à confisquer des biens et les redonner à la société civile. En Calabre, le terrain agricole d’un mafieux est ainsi transformé en une coopérative qui produit des olives. Il faut savoir que les mafieux préfèreraient être jetés en prison plutôt qu’on leur confisque leurs biens. Pour eux, la prison est une épreuve de virilité. « Quel homme d’honneur serais-je si je ne jamais fait un jour de prison ? » disent-ils. Ils détestent qu’on leur confisque leur bien, mais encore plus lorsque ceux-ci ont été transformés en associations, centres culturels, coopératives : car l’Etat arrive à montrer qu’il est plus fort que le pouvoir mafieux. La confiscation sans condamnation pénale du propriétaire est la clé de la lutte anti-mafia.

JOL Press: Les mafieux arrivent-ils vraiment à se repentir ou bien le risque de rechute est-il élevé ?

Fabrice Rizzoli : Il y a extrêmement peu de rechute en Italie, puisque c’est de l’ordre de 5%. Il arrive que certains mafieux craquent psychologiquement sur leur nouvelle vie - à force d’être isolés dans le nord de l’Italie, dans une petite commune, à gagner 1200 euros par mois alors qu’ils brassaient des centaines milliers – et qu’ils rechutent en faisant un trafic par exemple. Mais lorsqu’un mafieux a quitté son clan, témoigné contre lui, c’est extrêmement dangereux pour lui de retourner dans sa ville d’origine de tenter de reprendre le pouvoir mafieux. Certains l’ont payé de leur vie.

JOL Press: Comment expliquer l’implantation de la mafia italienne en France : est-ce juste un lieu de repli ou est-ce également un lieu de blanchiment ?

Fabrice Rizzoli : La France est effectivement un lieu de refuge pour la mafia italienne. Dans les années 80, lorsqu’il y avait des guerres de mafias calabraises qui ont fait des milliers de morts, des mafieux venaient se réfugier en France pour ne pas être assassinés, ni se faire arrêter par la police italienne. Ils profitaient ainsi de la diaspora puisqu’il y a une très grande communauté calabraise sur la Côte d’Azur. Ils peuvent faire du trafic : l’année dernière, un laboratoire de cocaïne a par exemple été démantelé sur les hauteurs de Nice. Les mafieux italo-français ont donc le monopole de l’approvisionnement de la cocaïne sur la Côte d’Azur et dealent avec les cités françaises. La France est également une terre de blanchiment.


Mafias italiennes et grandes surfaces… par fabricerizzoli

Propos recueillis par Louise Michel D. pour JOL Press

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Fabrice Rizzoli est docteur en science politique, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias. Il a été secrétaire général de l’Observatoire géopolitique des criminalités de 2008 à 2012 et est responsable du bureau FLARE Network France. Il intervient régulièrement comme conférencier sur ces thèmes et a écrit Le petit dictionnaire énervé de la mafia, Les Editions de l’Opportun, 2012.

ITV JOL presse trafic de déchets

Italie: la mafia enfouit les déchets, pollue les sols et en tire de l’or

Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press

Début mars 2014, un réseau d’enfouissement illégal de déchets a été démantelé en région parisienne, impliquant la famille Hornec, figure du grand banditisme français (cf.Trafic de déchets en France). Ces dépôts sauvages d’ordures, inspirés des méthodes de la mafia italienne, ne sont pas sans conséquences sur les sols. En Italie, le ministère de l’Agriculture a même fait interdire à la vente les produits récoltés dans une zone chargée de produits toxiques enfouis par la mafia. Entretien avec Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias, qui nous explique pourquoi le traitement des déchets est si prisé par la pègre italienne.

rizzoli mafia antimafia

En 2007-2008, suite à une saturation des décharges, Naples croulait sous les immondices. La mafia avait en effet rempli les décharges légales de déchets provenant des entreprises du Nord de l'Italie... Photo: Peter Van den Bossche / flickr-cc

JOL Press : Pourquoi le traitement des déchets est-il si prisé par la mafia italienne ?

Fabrice Rizzoli : Les mafieux sont « friands » de fonds publics, et la facilité du traitement des déchets les arrange. Il leur suffit d’acheter une société de ramassage de déchets, de se procurer un chauffeur, une benne à ordures et un endroit pour déverser les déchets. Il n’y a besoin d’aucune technicité. Une fois rentrés dans le business du ramassage des déchets légaux après avoir répondu à un appel d’offres, ils peuvent entrer dans le ramassage des déchets illégaux. C’est-à-dire qu’avec les mêmes camions ou presque, ils passent des accords avec des entrepreneurs du Nord de l’Italie pour aller enfouir les déchets, dans la région de la Campanie ou ailleurs.

JOL Press : L’enfouissement des déchets et produits toxiques par la mafia fait des dégâts considérables, notamment dans le sud de l’Italie. Cette prise de conscience est-elle nouvelle ?

Fabrice Rizzoli : Il y a 20 ans, en Italie, un « repenti » a déclaré à la Commission parlementaire que « les déchets valent plus que de l’or » (en dialecte napolitain, la phrase exacte était : « le camion entre avec des déchets et en ressort avec de l’or »). Le trafic des déchets rapporte en effet énormément à la mafia (ce n’est pas pour autant que les mafieux ont arrêté le trafic de drogue).

L’Italie a imposé en 1996 les premières mesures de recyclage des déchets industriels. Ces mesures imposées au nombreuses PME-PMI qui forment une grande partie du tissu économique italien, leur coûtent souvent beaucoup d’argent. Certaines entreprises, qui travaillent par exemple dans le caoutchouc ou le plastique, doivent également subir la concurrence chinoise. Elles peuvent ainsi être tentées de faire appel à des organisations criminelles pour qu’elles les débarrassent de leurs déchets à moindre coût.

Si la crise des déchets à Naples en 2008 a été très fortement médiatisée, cela fait tout de même une dizaine d’années que l’on parle de ces problèmes, et que des associations militent pour un autre type de décharges, pour la réduction des déchets, contre les cancers qui explosent dans ces régions touchées par l’enfouissement illégal de déchets etc. La prise de conscience est donc davantage médiatique (Marc Dana pour France 3)

JOL Press : Les réseaux mafieux ane risquent-ils pas de « retourner leur veste » en proposant leurs services pour nettoyer ce qu’ils ont eux-mêmes pollué ?

Fabrice Rizzoli : L’État pourrait décider de traiter les sols pollués, quand cela est possible, parce que certains produits sont très toxiques. Dans ce cas, il allouerait des fonds et les entreprises mafieuses pourraient s’infiltrer dans les appels d’offres pour utiliser ces fonds publics. Il faudrait cependant que le service de nettoyage opéré par la mafia soit de qualité, pour ne pas risquer de reproduire le même schéma que lorsque la mafia construit des routes impraticables, parce que le goudron n’est pas assez épais ou que le ciment est de mauvaise qualité…

JOL Press : Comment réagissent les autorités italiennes face à cela ?

Fabrice Rizzoli : Elles font des affaires depuis 20 ans en mettant les mafieux en prison, en confisquant leurs biens, en obtenant des déclarations des collaborateurs de justice… Du point de vue de la répression, l’Italie a de très bon outils juridiques. Le Parlement européen d’ailleurs a mis en place une commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux en mars 2012 et, après avoir planché pendant 18 mois sur la question, a émis son premier rapport et ses premières directives dans lesquelles il demande à tous les pays européens de faire comme l’Italie et de réutiliser, à des fins sociales, les biens confisqués.

Par exemple, aujourd’hui, dans les régions où la mafia a pu enfouir des déchets toxiques, il existe maintenant des coopératives – de mozzarella ou autre – sur des terrains confisqués à la mafia. Le mauvais côté des choses, c’est que la classe politique italienne n’a pas beaucoup changé dans ses rapports avec le sud de l’Italie et dans sa manière de gérer le bien public. Certaines personnes corrompues qui siègent dans les conseils municipaux continuent donc de donner des appels d’offres à la mafia napolitaine.

JOL Press : Un réseau d’enfouissement illégal de déchets a été démantelé début mars dans la région parisienne. Est-ce une première ?

Fabrice Rizzoli : On avait déjà eu quelques affaires de ce genre, mais la France a fait le choix de construire beaucoup d’incinérateurs donc il n’y a pas vraiment les mêmes problèmes d’enfouissement des déchets ménagers. Les entreprises françaises qui ont envie de se débarrasser de leurs déchets savent aussi très bien le faire à l’étranger. Il y a également un service de gendarmerie qui s’occupe spécialement de cela en France. Le défaut de la police française, c’est qu’elle a beaucoup de mal à rendre publiques ces affaires. Elle communique peu, contrairement à l’Italie où le rapport de la direction des enquêtes anti-mafias est rendu public sur internet. Ce réseau démantelé début mars se trouvait dans la région parisienne et impliquait le clan Hornec. L’affaire était assez grosse et cela a donc été médiatisé.

JOL Press : Quelles autres techniques de la mafia italienne sont utilisées en France ?

Fabrice Rizzoli : On est à peu près certains que dans le sud de la France, des entreprises de recyclage de déchets, y compris de très grandes, font appel à des mafieux italiens et se débarrassent parfois de leurs déchets (hospitaliers, mais aussi nucléaires) en Italie…

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Fabrice Rizzoli est docteur en science politique, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias. Il a été secrétaire général de l’Observatoire géopolitique des criminalités de 2008 à 2012 et est responsable du bureau FLARE Network France. Il intervient régulièrement comme conférencier sur ces thèmes et a écrit Le petit dictionnaire énervé de la mafia, Les Editions de l’Opportun, 2012.

23 mai 1992 : la mafia tue Giovanni Falcone

Giovanni Falcone mafiaJe crois que c’était un vendredi… Le 23 mai 1992 à 17h, Cosa nostra fait assassiner le magistrat Giovanni Falcone (10 ans aprés Carlo Alberto Dalla Chiesa . Les soldats de Salvatore Riina, le chef de la mafia sicilienne de l’époque, ont utilisé des planches à roulettes pour disposer 500 kilos d’explosifs dans un tunnel creusé sous l’autoroute (cf. Leçon de communication mafieuse par Toto Riina .
Sans Giovanni Falcone, il n’y aurait pas eu de maxiprocès en 1986. La mafia sicilienne serait peut-être encore une organisation mystérieuse. Giovanni Falcone a donc été puni pour avoir révélé les arcanes de Cosa nostra. De nombreux spécialistes continuent de penser que Zu Toto Riina (oncle Toto) n’a pas agi seul (cf. Italie, l’omertà d’État au secours de Cosa Nostra). Il y aurait donc des commanditaires externes à la mafia. Mais qui a eu intérêt à détruire la mémoire de l‘Antimafia, sinon les complices de la mafia (cf. Les derniers mots de Falcone et Borsellino)
Vous pouvez voir un trés bon documentaire en français qui explique le maxi-procés et l’importance de la décision su 31 janvier 1922 de la Cour de cassation qui a fait l’objet d’une thèse (cf. Mafias italiennes et relations internationales et d’articles (cf. Le terrorisme mafieux dans la crise du système politique italien et 12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993
Tous les mots en gras sont dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia en vente sur Amazon.

Rap Antimafia

Mafias.fr récidive sur Radio Canada

mafia rizzoli antimafiaRadio Canada interroge Mafias.fr sur les actions antimafias du nouveau pape. (cf. Radio Canada s’intéresse à l’Antimafia, Mafias.fr sur Radio Canada )

Le 13 mars, le pape François célébrait son premier anniversaire de pontificat. Ce pape qui ne semble rien faire comme les autres pourrait devenir un joueur majeur dans la lutte antimafia. Le politologue Fabrice Rizzoli, l’un des plus grands spécialistes de la criminalité et représentant en France l’ONG Flare, porte un regard historique et politique sur les relations entre le Vatican et la mafia.  

D’abord faire le ménage dans ses propres rangs : le pape François participe activement à la lutte antimafia d’une part en imposant une transparence aux institutions financières du Vatican, et d’autre part en se rapprochant des prêtres qui luttent contre le consensus social qu’exercent les mafieux sur le territoire.
AUDIO FIL : Entrevue avec Fabrice Rizzoli : Le pape François et la mafia 

Revoir une partie de l’émission « C dans l’air sur le sujet » :

Trafic de déchets en France

Au mois de mars 2014, douze personnes ont été placés en garde à vue en région parisienne dans une affaire d’extorsion de fonds et de dépôt illégal de déchets. Parmi elles figurent Jean-Claude Hornec et son fils Loune, deux membres d’une famille dont certains sont considérés comme les parrains de la pègre parisienne. Les douze interpellés sont soupçonnés d’extorsion de fonds en bande organisée, association de malfaiteurs et dépôt illégal de déchets, dans une affaire de fraude à l’environnement, précise une source judiciaire. (cf. Affaire Guérini : des peines de prison ferme dans le volet « Queyras »)

Il leur est notamment reproché d’avoir organisé frauduleusement l’emploi de déchets non-recyclables dans des chantiers de remblaiement. Les enquêteurs ont également mis au jour des malversations. Il s’agit d’une «vaste affaire de fraude à l’environnement en bande organisée et d’extorsion de fonds», a précisé une source policière…. la suite Ile-de-France : vaste coup de filet pour une fraude à l’environnement et cette vidéo de complément d’enquête :

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