Archive pour la catégorie ‘A lire’

Fraude, corruption, blanchiment. L’Europe braquée en permanence.

Compte rendu du colloque de l’année : Journées d’étude : citoyens contre criminalité économique

15 juillet 2014 | Par Bernard LeonMediapart.fr

mafia rizzoli antimafiaLa situation en matière d’évasion fiscale, de fraude et de criminalité financière en Europe, des mots qui recouvrent une réalité à plusieurs facettes, vous semblait, bien que lointaine, alarmante. Elle est en fait catastrophique. C’est l’avis des nombreux spécialistes  qui se sont réunis à Paris à l’invitation d’Alternatives Européennes, une association qui travaille pour l’innovation des pratiques démocratiques, dans le cadre du projet « Tackling Illegal Economy ».

Les risques sont sérieux pour la démocratie, la santé des Etats, l’avenir des échanges économiques.

Cela tient, comme l’a rappelé le Magistrat Jean de Maillard, Vice-président du TGI de Paris et auteur de « L’arnaque », publié chez Gallimard, au fait qu’une criminalité différente des maffias est désormais ancrée au coeur du système économique mondialisé, dont elle est devenue la variable d’ajustement et de régulation. Et ceci, il ne faut pas se le cacher, avec la complicité, ou au mieux l’indifférence, des gouvernements.

Plus l’économie va mal, moins les gouvernements ont les moyens d’agir. « Quand le système devient compliqué, le politique se retire et la finance prend le relais. Et plus la finance s’étend, plus la fraude prospère. Mais si la fraude devient systémique les institutions ne peuvent plus réagir. Et on en arrive à ce que les banques soient au dessus des normes, au dessus de la loi ». Trop grandes pour faire faillite, comme on dit. Trop grandes pour aller en prison également. Too big to jail.

Ce n’est pas une raison a dit Fabrice Rizzoli, (FLARE France), auteur du « Dictionnaire énervé des mafias », de parler du problème de manière fataliste, car il est possible, les italiens nous l’ont prouvé ces dernières années, de réagir.

Il prône donc au niveau européen ce qui a été réussi en Italie, la confiscation des patrimoines criminels au bénéfice de la communauté. (cf. Mucchielli)

Le voyage du Pape en Calabre a d’ailleurs mis en lumière la chose, puisque sa dénonciation de la maffia a permis de mettre les projecteurs sur Don Panizza, un prêtre qui a osé reprendre en 2002, à la demande du préfet, un immeuble de 3 étages confisqué par l’Etat à un clan familial de la maffia. Il en a fait un centre d’accueil pour mineurs en difficulté et adultes handicapés.

Voir reportage ci-dessous :

Mais il y a bien d’autres exemples, comme ces coopératives agricoles en Sicile exploitant les biens confisqués à la maffia dans le cadre de la loi de 1996.

Voir reportage ci-dessous

Une confiscation qui s’applique également aux complices des condamnés, ou encore à des personnes en possession de biens dont le caractère illicite des processus d’acquisition est avéré.

Voir reportage ci-dessous :

Fabrice Rizzoli rêve d’ailleurs tout haut de tenir une conférence sur le sujet dans la maison de Cahuzac en corse ou dans la villa de Ziad Takieddine. (Oui, celle avec la piscine là où se baignait J.F. Copé).

Un cancer au cœur de l’Europe.

Mais en amont des poursuites et des saisies il faut pouvoir enquêter en Europe. « Sauf qu’il manque toujours un parquet européen », dit Vittorio Agnoletto (Ancien membre du parlement européen). D’où la difficulté à poursuivre ceux qui fraudent ou qui sont complices de ces fraudes. Ce peut être un fonctionnaire européen, un fonctionnaire d’un des 27 pays membres gérant un fond structurel, ou encore une organisation criminelle de fraude. Sur la TVA ou les cotas de CO2 par exemple. Le trésor Français aurait perdu sur ces derniers 1,6 milliards d’euros, et l’Europe verrait s’envoler 100 milliards d’euros par an pour cause de fraude à la TVA.

Il existe bien depuis 1999 un Office européen de lutte antifraude, l’OLAF, pour enquêter. Mais le manque de coopération que cet office rencontre dans ses enquêtes, au sein des 27, et les failles juridiques nationales, constituent une entrave à son travail. Il ne lui est pas possible d’enquêter en Allemagne sur les fraudes à la TVA, par exemple.

Comme l’a dit Fabrice Rizzoli,  on est aussi face à un flou sémantique ou administratif sur les notions de « légal » et « illégal ». D’ou parfois une difficulté à poursuivre efficacement.

Un rapport du Sénateur Eric Bocquet de 2012 n’a-t-il pas pointé que « la fraude fiscale des entreprises françaises était principalement sanctionnée chez de petits entrepreneurs, alors que les enjeux financiers étaient plutôt du coté des grandes entreprises ». Mais ces dernières, entourées de cabinets conseils, jouent sur toutes les failles que leur offrent les réglementations des Etats, et échappent facilement aux taxes et à l’impôt.

Une voie pour la réutilisation sociale : l’ESS.

Relayant l’intervention de Darina Zalmova, de l’université de Thrace (Roumanie), qui a montré que la corruption devait être combattue par la reconstruction d’une pensée collective et des pratiques sociales, Marcel Hipszman, ancien adjoint au Délégué interministériel à l’économie sociale, a mis en lumière, tout comme elle, la possibilité pour l’économie Sociale et Solidaire d’être un outil anti corruption en se voyant confié la gestion des biens saisis à la criminalité financière. Un vrai recyclage au profit de la population, sous forme de musées, coopératives, centres d’apprentissage, établissements de soins, accueils des immigrés, etc.

Voir reportage suivant :

Il a rappelé les opportunités ouvertes par la récente directive européenne du mois d’avril sur le gel et la confiscation des produits de la criminalité transfrontière organisée. Tout en regrettant que les applications de cette directive en matière d’utilisation sociale des biens confisqués  ne soient pas obligatoires et laissées à la volonté des Etats.

A l’heure où la loi sur l’économie sociale est votée en France, l’idée est à creuser.

Il a également rappelé que la France possède une « Agence de gestion et recouvrement des avoirs saisis », regrettant aussi que le gouvernement ait annoncé que la question de la réutilisation à but social des biens confisqués serait discutée ultérieurement. Comme quoi on peut être un gouvernement de gauche et timide sur l’innovation juridique et sociale en matière de lutte contre la criminalité financière.

Un combat politique, social et culturel.

En fait, les intervenants l’ont tous dit, c’est bien là, sur le terrain politique, que doit être menée la vraie lutte citoyenne d’innovation démocratique. Un combat également culturel.

Ce qu’a bien montré le débat sur la presse d’investigation, réunissant plusieurs journalistes européens, dont Dan Israel de Médiapart.

Si les choses semblent  évoluer positivement, notamment grâce à la presse sur internet, les journalistes, s’ils sont confrontés à plusieurs difficultés, dont celles consistant à faire le tri des acteurs et des documents, doivent aussi faire face à la difficulté à vendre leur sujet contre la criminalité financière. En dehors de quelques affaires phares, il est plus facile pour un media de dramatiser un fait divers que de dérouler dans ses colonnes ou ses journaux télévisés les cheminements tortueux d’une fraude à la TVA, dont les montants sont pourtant vertigineux et lèsent les citoyens directement. Il faut donner du temps aux journalistes d’investigation. Les enquêtes sont longues, le recoupement des témoignages et la consultation d’experts nécessaires chronophages.

Mais la première difficulté vient, il ne faut pas avoir peur de le dire, des institutions, notamment bancaires. C’est par les banques que passe l’argent de la criminalité maffieuse, rapporte  Marius Frunza (Université Paris 1).

L’exemple de la banque anglaise HSBC qui a payé près de 2 milliards de dollars afin d’échapper à des poursuites aux Etats-Unis pour avoir blanchi l’argent des cartels de la drogue entre 2003 et 2010 en témoigne. En notant au passage que le patron de la banque pour la période incriminée est devenu en 2010 ministre de David Cameron. Humour anglais. Isn’t it ?

Alors que faire ? Les réponses ne peuvent être qu’internationales. Mais que fera l’Europe, présidée sous peu par l’ancien premier ministre d’un paradis fiscal, le Luxembourg ?  Que fera le Parlement européen ?

Restent aux citoyens à faire pression. Au travers d’associations comme Euroalter, ou Libera en Italie, dont le but est clairement de s’insurger et d’agir contre les maffieux, et qui regroupe 1600 associations  locales et internationales.

Itv Francetv : Eglise et mafia

Eglise et mafias : le pape François face à 150 ans de liaisons dangereuses

Par Louis Boy, mis à jour le , publié le

Le souverain pontife l’a dit en juin : les mafieux n’ont pas leur place à l’Eglise. Des propos forts en Italie, où les liens entre religion et crime organisé restent étroits, et n’ont pas toujours été dénoncés avec la même virulence par le Vatican.

« Ceux qui, dans leur vie, ont choisi cette voie du mal, comme les mafieux, ne sont pas en communion avec Dieu, ils sont excommuniés. » Ces propos prononcés le 21 juin par le pape sont sans doute les plus durs jamais tenus par l’Eglise à l’adresse des mafias. 

Pour la messe finale de sa première visite en Calabre, une région du sud de l’Italie, François s’est adressé à une foule de 100 000 personnes, en plein cœur du fief de la plus puissante mafia d’Italie, et de façon très offensive :  »La ‘Ndrangheta est adoration du mal et mépris du bien commun. Ce mal doit être combattu, chassé. »

Une rupture dans un pays où l’existence même du crime organisé a été un tabou pour le Vatican jusqu’aux années 90 ; ans un pays où les actes de résistance des mafieux, après ce discours du souverain pontife, ont scandalisé l’opinion publique et rappelé l’ampleur de la tâche.

Eglise et mafia, un siècle et demi d’histoire commune

Le péché originel de l’Eglise italienne remonte à l’unification de l’Italie. Les Etats pontificaux, qui s’étendaient de Rome à Bologne, sont progressivement réduits au simple Vatican. En représailles, le pape Pie IX interdit, en 1870, aux catholiques italiens de voter et de participer à la vie politique, coupant le clergé du pouvoir – l’interdiction prend fin en 1904.

Comme le raconte le journaliste spécialiste de la mafia John Dickie dans son livre Mafia Republic : Italy’s Criminal Curse, les prêtres et les évêques du sud de l’Italie se tournent alors vers d’autres sources d’autorité, qui partagent leurs principes conservateurs : les mafias émergentes que sont la Camorra à Naples, la Cosa Nostra en Sicile ou la ’Ndrangheta en Calabre.

Les boss des mafias locales prennent l’habitude de défiler en tête des processions qui célèbrent les saints patrons de chaque village, une coutume qui perdure aujourd’hui. La complicité de l’Eglise leur permet d’afficher leur pouvoir au grand jour tout en se drapant dans les habits d’hommes pieux et respectables. Après la seconde guerre mondiale, la mafia devient également l’appui du parti La Démocratie chrétienne, au pouvoir : ils sont unis dans leur rejet des communistes. Pendant un siècle et demi, le Vatican ne mentionne pas une fois la mafia.

Une omerta brisée par Jean-Paul II

« La fin de la menace communiste est le point de bascule« , note Fabrice Rizzoli, spécialiste des mafias et auteur du Petit Dictionnaire énervé de la mafia, contacté par francetvinfo. Au début des années 90, les mafias sont mises en cause par l’opération mains propres, une série d’enquêtes sur le financement illicite des partis politiques qui fait disparaître plusieurs formations historiques, dont La Démocratie chrétienne. En retour, la violence des actions des mafias s’intensifie, culminant en 1992 avec le spectaculaire attentat qui tue le juge Falcone, leur plus grand adversaire parmi les magistrats.

Le pape Jean-Paul II se rend alors en Sicile, et prononce, le 9 juin 1993, un discours resté dans les mémoires pour sa violente dénonciation des mafias. « Ses mots étaient durs, mais surtout la manière dont il l’a dit était très forte, et a marqué », se rappelle Renaud Bernard, le correspondant de France 2 à Rome. « Je pense qu’il ne se sent plus lié à la mafia par la lutte contre les communistes, et se sent pousser des ailes, analyse Fabrice Rizzoli. Donc il dit : ’Mafieux, vous êtes la culture de la mort, repentissez-vous.’ » Sur les images, sa passion est palpable.

Ce changement de position de l’Eglise provoque des représailles des Siciliens de la Cosa Nostra. Des bombes explosent – sans faire de victimes – devant deux églises romaines, dont la basilique Saint-Jean-de-Latran, fief de l’évêque de Rome, c’est-à-dire le pape. A Palerme, un prêtre engagé contre le recrutement des jeunes par les mafias, Don Giuseppe Puglisi, est assassiné en pleine rue. Il sera béatifié en 2013, sur demande de Benoît XVI. A l’exception d’un autre assassinat de prêtre en 1994, les attaques directes contre l’Eglise et ses représentants se sont fait rares depuis.

Dans le Sud, les mafieux résistent déjà

Le dernier discours du pape François n’est donc pas un choc : il s’inscrit « dans la ligne de ses prédécesseurs » et a moins fait parler en Italie que celui de Jean-Paul II, observe Renaud Bernard, même si François est le premier à évoquer l’idée d’excommunication.

Mais quel effet concret peut avoir la parole du pape sur les activités d’organisations criminelles, aussi pieux soient leurs membres ? Le 2 juillet, une procession religieuse d’un petit village calabrais se prosterne devant la maison du boss de la mafia locale, provoquant l’indignation du ministre de l’Intérieur italien, et une enquête au sein de l’Eglise. Le dimanche suivant, 200 détenus ‘ndranghetistes boudent la messe en prison pour protester contre l’interdiction qui leur est faite de communier.

Pour Fabrice Rizzoli, le discours du pape a des limites. « Je n’entends pas encore : ‘Mafieux, je vous invite à faire repentance, mais aussi, dans un deuxième temps, à collaborer avec l’Etat.’ » Pour le spécialiste de la mafia, passer devant un juge pour avouer ses crimes, comme l’ont fait 3 000 mafieux en Italie depuis les années 90, est le seul moyen de sortir réellement de la spirale du crime organisé.

Pour l’instant, le discours du Vatican se limite aux questions religieuses. En revanche, les mots du pape sont aussi un encouragement pour « ces prêtres sociaux » qui luttent sur le terrain contre les mafias « et subissent constamment des menaces ». Dans les régions très pieuses du sud de l’Italie, la voix de ces hommes d’église est un atout indispensable.

La transparence, l’arme secrète du Vatican

Mais selon Fabrice Rizzoli, le geste le plus fort du pape François dans sa lutte contre le crime organisé reste son effort de transparence sans précédent dans les finances du Vatican. Les nombreuses banques de la Cité-Etat sont en effet soupçonnées de servir à blanchir l’argent des mafias. L’Institut pour les œuvres de religion, principale institution financière du Saint-Siège, était notamment le premier actionnaire de la banque Ambrosiano, dont la faillite fit scandale en 1982, quand il fut révélé qu’une grande partie des sommes d’argent envolées appartenaient à des mafias. Son principal responsable fut retrouvé pendu à un pont de Londres, un « suicide » qui reste suspect. 

« Il y a beaucoup de fantasmes, peut-être, dans les rumeurs sur les finances du Vatican, mais elles persistent aussi parce que l’opacité est totale », explique Fabrice Rizzoli. Un peu moins depuis 2013, quand le souverain pontife a chargé le cabinet Ernst & Young de réaliser un audit financier de l’institution. Pour la première fois, des étrangers au Saint-Siège mettaient leur nez dans les comptes. Objectif déclaré : mettre les institutions administratives et financières du Vatican aux normes internationales anticorruption et antiblanchiment. Ce qui pourrait porter un grand coup aux mafias et marquer une vraie rupture entre l’Eglise et le crime organisé.

Faut-il, dans ce cas, craindre des représailles ? Le procureur de Reggio, la plus grande ville de Calabre, avertissait d’un « grand danger » que la ‘Ndrangheta ferait peser sur le pape. Pour Fabrice Rizzoli, il n’a pas à s’inquiéter pour sa vie. Les mafias « ne tuent plus » ou presque. Et le spécialiste d’avancer le chiffre de « 8 personnes par an en Sicile » contre « 3 000 entre 1978 et 1982″. Et elles ne seraient pas en position d’assassiner des hommes d’Eglise ou de poser des bombes devant des lieux de culte. 

En revanche, il juge plus crédible la possibilité que les mafias tentent de « faire un croche-patte » au pape. « Lancer des rumeurs, des campagnes de diffamation, sortir des dossiers pour atteindre des personnes à la périphérie du pape. Cela, les mafias savent bien le faire. » Le Vatican est prévenu : on ne tourne pas si facilement le dos aux mafias.

Itv JOL Press : le pape et la mafia

Le pape excommunie la mafia italienne

Propos recueillis par Valérie Choplin pour JOL Press

Depuis le début de son pontificat, le pape François s’est lancé dans une vaste opération afin de restaurer la transparence au sein du Vatican et de l’Eglise catholique. Le 21 juin, il était en visite en Calabre, précisément là où sévit la clan mafieux ‘Ndrangheta. Au cours de son homélie, il a déclaré que la mafia n’était pas «en communion» avec Dieu. Le pape François a déclaré aussi que la mafia la ‘Ndrangheta était «l’adoration du mal et mépris du bien commun. Ce mal doit être combattu, chassé». Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias, revient sur les relations entre l’Eglise italienne et les mafias.

JOL Press: Quelles sont les relations traditionnelles entre la mafia italienne et l’Eglise catholique ?

Fabrice Rizzoli : Longtemps, l’Église, comme les autres institutions, a sous-estimé le phénomène mafieux. On comprend mal le silence des autorités ecclésiastiques puisqu’une dizaine de prêtres sont tombés sous les balles de la mafia. Pino Puglisi en 1993 et Don Diana en 1994 sont morts parce qu’ils combattaient le consensus social mafieux sur le terrain et au contact des jeunes.

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Si les condamnations de la part du clergé sont rares, elles entraînent à chaque fois la réaction des mafieux – preuve de l’importance du silence de l’Église pour ces derniers. En 1982, le cardinal Pappalardo qui dénonce la mafia et ses complices au sein de la bourgeoisie mafieuse après l’assassinat du préfet Dalla Chiesa voit déserter la messe dans la prison de Palerme. Le 9 mai 1993 lors d’une messe à Agrigente, le pape Jean-Paul II condamne pour la première fois et sans équivoque la mafia et invite les mafieux à se « convertir à la loi du Christ », et cela au moment même où les mafieux devenaient en masse des « repentis » (des collaborateurs de justice). De convertir à repentir, il n’y avait qu’un pas sémantique que les mafieux ne pouvaient accepter. La Cosa nostra sicilienne répond par le terrorisme.

Le 28 juillet 1993, deux bombes explosent devant des églises à Rome et détruisent en particulier la basilique Saint-Jean de Latran, le siège ecclésiastique officiel du pape et considérée comme la « mère de toutes les églises du monde ». En 2010, le pape Benoît XVI en visite en Sicile utilise le terme de « crime organisé » à la place de « mafia » et relativise ainsi l’importance du phénomène mafieux. Les mafieux, sensibles au langage, se contentent de déposer une bonbonne de gaz devant le centre Padre Nostro à Palerme en représailles de ce timide discours.

JOL Press: Comment expliquer que la mafia se tourne autant vers l’Eglise ?

Fabrice Rizzoli : De manière constante, les religions sont un instrument de légitimation des actes criminels, surtout sur des terres où l’on risque sa vie au quotidien et où le secret est érigé en «religion». Alimenter les peurs permet aux mafieux d’assurer la cohésion du groupe et de renforcer le lien associatif. Ainsi, la Madone du sanctuaire de Polsi est la protectrice de la ‘Ndrangheta calabraise et les néo-mafieux de Cosa nostra sicilienne subissent un rite à l’aide de l’image de sainte Annunziata, protectrice de l’organisation mafieuse. Enfin, le caractère religieux de la Sacra Corona Unita est évident : les mafieux déclarent leur foi pour mieux mener une vie de criminel.

En réalité, le mafieux fait la démonstration de sa religiosité afin de légitimer, autant que faire se peut, ses conduites criminelles, gérant ainsi les contradictions qui le tiraillent. Le mafieux admet que Dieu existe, ce qui lui évite de le chercher et lui permet de fonder le pouvoir social et militaire sur la base de la religion. En épousant la religion, les mafieux utilisent les nombreux rites catholiques qui renforcent le lien associatif entre les membres.

Les analogies entre rites mafieux et rites religieux sont très marquantes : baptême, parrainage, épreuve du feu, importance du sang… « Poussière tu es poussière tu finiras » sied bien aux mafieux qui vivent dans la culture de la mort. Le sacré permet aussi aux mafieux de trouver un sens à la vie qu’ils mènent, en particulier celui de « donner » la mort. En s’octroyant le droit de tuer, le mafieux ne cherche pas à contredire Dieu en dépit du premier commandement « Tu ne tueras point », mais bien à se mettre à son niveau.

À cela s’ajoute la dimension collective qui fait du mafieux non plus un individu mais la partie d’un groupe au service d’une justice privée. Convaincu d’appartenir à un ordre supérieur qui rend la justice, le mafieux tue l’autre parce qu’il se comporte mal ou tel autre parce qu’il n’est pas à l hauteur. Dans ce quotidien morbide, les différences entre les valeurs de la religion, de l’État de droit et de la mafia deviennent floues. Ce brouillage anéantit le sentiment déculpabilisé à la racine puisque c’est l’organisation qui décide de la mort et non plus le tueur. Le mafieux a donc bien un dieu pour qui il fait le bien, mais qu’il ne nomme pas ! Si le mafieux devait donner un nom à son dieu, il s’appellerait « mafia ». « S’il y a un dieu, c’est moi, j’ai le pouvoir de prendre et de donner la vie. » 1988, Leoluca Bagarella, chef mafieux corléonais.

JOL Press : Les Français ont tendance à avoir une image désuète de la Mafia italienne. A quoi ressemble-t-elle ?

Fabrice Rizzol i: Elle n’est en aucun cas désuète. Les mafieux calabrais ont fait le terrassement d’immeubles standing à Menton qui abritent la maison de la justice et la Communauté d’agglomérations de la Riviera Française.

Les Français ont aussi une image fausse de toute puissante (l’image de la pieuvre…) alors que la réalité se situe entre les deux. Les Français ne savent pas que les biens des mafieux en Italie deviennent des biens d’intérêt général. A quand une loi identique en France?

JOL Press : La mafia italienne ronge le sud de l’Italie depuis plusieurs années. Pensez-vous que seul le développement du Mezzogiorno en viendra à bout ?

Fabrice Rizzoli : Non, le gouvernement de centre gauche de Romano Prodi en 2000 avait obtenu des progrès économiques dans le Sud et cela n’a pas affaibli la mafia. Il faut créer les conditions économiques et sociales pour que les citoyens ne croient pas qu’il est de son avantage de suivre le mafieux. Tout dépend du politique donc.

Or, la politique est pro mafieuse lorsqu’elle est guidée par une idéologie néolibérale; celle d’une économie sans règles, sans transparence et régie par les seuls rapports de force. Or, l’idée du marché prônée par certains gouvernements est la même que celle des mafias. C’est le monde dans lequel nous vivons qui produits de la mafia.

JOL Press: On a accusé l’Eglise catholique d’Italie d’avoir été silencieuse sur les mafias pendant des années. Comment expliquer le temps qu’a mis la plus haute autorité de l’Eglise Catholique pour les excommunier ?

Fabrice Rizzoli : Pendant la Guerre froide, la menace communiste rendant la mafia respectable, le Cardinal Ruffini déclare « la mafia est une invention des communistes ». Aujourd’hui encore, un prêtre a donné sa bénédiction à un mafieux notoire pour son mariage, mais il n’était pas en cavale. Enfin, des scandales financiers liant les banques du Vatican à des agents mafieux sont récurrents. Mais avec la chute du mur de Berlin, le pape Jean Paul II a pu pour la première fois lancer l’offensive.

JOL Press: Est-ce seulement à la personnalité du Pape François que tient l’excommunication des mafieux ? Ou ce positionnement était-il à prévoir tôt ou tard ?

Fabrice Rizzoli : Le Pape va loin dans sa lutte pour la transparence du Vatican et pour aider les prêtres au quotidien. Jusqu’ici les messages antimafias du clergé étaient ambigus puisqu’ils reposaient sur la repentance individuelle et non sur la lutte territoriale en phase avec l’État de droit. Contre la mafia, le clergé proposait la privatisation du salut là où l’État prône la collaboration citoyenne.

La difficulté de divulguer un tel message venait du fait que l’Église et la mafia partageaient une valeur commune : celle de croire à un ordre supérieur, c’est- à-dire au-dessus de celle véhiculée par la démocratie. Ainsi, de nombreux prêtres acceptent les confessions des mafieux sans les inciter à changer de vie, alors que quitter la mafia veut dire collaborer avec la justice et devenir un citoyen à part entière.

En excommuniant, le pape a une position antimafia claire et efficace en disant aux mafieux : «La mafia est contraire aux lois du Christ et à celles de l’État de droit, repentissez-vous puis collaborez avec la justice ».

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Fabrice Rizzoli est docteur en science politique et spécialiste de la criminalité organisée et des mafias. Il est également l’auteur du Petit Dictionnaire énervé de la mafia.

Contre la mafia : le Centre Impastato

Voir "impastato" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia

M& Madame Santino

Pour commémorer la mort de Giuseppe Impastato le 9 mai 1978, nous publions à nouveau ce post

Pour lutter contre la criminalité la plus aboutie, il faut l’étudier !

Depuis plus de 30 ans, le « must » en matière d’étude du phénomène mafieux c’est le « Centre Sicilien de Documentation Giuseppe Impastato », une organisation reconnue d’utilité publique. Et pour cause :

De 1977 à 2011 : 34 années d’activités contre la mafia et pour la paix par le biais de la mémoire de la recherche et de l’engagement dans la société civile

Introduction :

Rappelons que le nom du centre est dédié à Giuseppe Impastato, jeune homme issu d’une famille mafieuse qui s’en détache, milite au sein des forces de gauche, crée une radio libre en 1976. Au cours de ses émissions,  Peppino dénonce la mafia de Cinisi avec autant de précision et de dérision (et les mafieux n’aiment pas la dérision cf. Giulio Cavalli : acteur menacé par la mafia napolitaine). C’est ce qui lui vaut d’être assassiné en 1978 alors que tout est fait pour faire croire à un suicide (une vie qui sera assez bien  incarnée dans le film « I cento passi« .)

Rappelons que c’est grâce à l’obstination de la famille d’Impastato (sa mère et son fils  cf. le site) et des ses amis que les meurtriers Gaetano Badalamneti et Vito palazzolo (cf. Coupe du monde : mafia 1 – Etat italien 0) seront condamnés en 2001.

On comprend dés lors la colère des proches d’Impastato contre Roberto Saviano qui dans son dernier ouvrage « La parola contro la camorra » raconte que c’est grâce au film « Les cent pas » sorti en 2000 que les procès contre les meurtriers ont été réouverts.

En réalité, il n’en est rien.  En 1998, la commission parlementaire antimafia enquêtait déjà sur  les « dépistage » qui avaient jusqu’ici empêché la tenue d’un procès contre des mafieux et en 2000, le procès contre Vito Palazzolo et Gaetano Badalamenti était déjà en cours. Roberto : (cf. « Pauvre » Saviano) :  « ta vie est déjà assez difficile, il te suffit de faire amende honorable comme moi cf.Restons « ZEN » :-)

L’apport scientifique du Centre

Du point de vue de la connaissance, Umberto Santino et Anna Puglisi offrent une multitude de sources riches et denses. Umberto Santino est l’inventeur du concept de la « Bourgeoise mafieuse », seule définition qui permet de comprendre la longévité du phénomène mafieux.

Cliquez pour des informations en français

Les livres lus par l’auteur de mafias.fr :

- F. Bartolotta Impastato, La mafia in casa mia. Intervista di A. Puglisi e U. Santino. La Luna, Palermo, 1986. Ristampa 2000, 2003. 69 pagine. Eu. 9.

- G. Chinnici, U. Santino, La violenza programmata. Omicidi e guerre di mafia a Palermo dagli anni ’60 ad oggi. F. Angeli, Milano, 1989. 410 pagine. Esaurito.

- U. Santino, La democrazia bloccata. La strage di Portella della Ginestra e l’emarginazione delle sinistre, Rubbettino, Soveria Mannelli, 1997. 234 pagine. Eu. 13,43.

- Santino (Umberto), L’alleanza e il compromesso (mafia e politica dai tempi di Lima e d’Andreotti ai nostri giorni), éditions Rubbettino, Soveria Manelli, 324 pages, 1997,

- Santino (Umberto), Mafia e Globalizzazzione (mafia, antimafia e dintorni), éditions Di Girolamo, Trapani, 241, 2007,

- Santino (Umberto), Don Vito a Gomorra (mafia e antimafia, tra papelli, pizzini e bestseller), edionts Riuniti, Roma, 247 pages, 2011,

Tous les autres : Index

PS : en ce mardi 12 juillet, après m’être perdu deux heures  en voiture dans Palerme, je ne regrette pas la rencontre avec Umberto et Anna :-)

Don Vito a Gomorra
Mafia e antimafia tra papelli, pizzini e bestsellerD

ITV le Petit Nicois

La pègre n’a plus de secret pour lui. Fabrice Rizzoli, docteur en science politique et représentant de FLARE, réseau européen de la société civile contre le crime organisé transnational, est aujourd’hui l’un des plus grands experts en la matière. Du Mexique en passant par l’Italie, le monde entier s’arrache ses conseils avisés.

Le Petit Niçois : Quelle est votre propre définition du mot mafia ?
Fabrice Rizzoli : La mafia est une entité politique qui exerce une souveraineté sur un territoire. S’adaptant aux changements socio-économiques, elle structure et perpétue à partir de cette « seigneurie territoriale » un système fondé sur une violence systémique qui lui permet de contrôler le territoire. La mafia gère un réseau vaste et ramifié de complicités au point de former un corps social : la bourgeoisie mafieuse. Elle anime un code culturel enraciné mais souple et jouit d’un relatif consensus social de la part de la population….

L.P.N. : Avez-vous été surpris en apprenant l’arrestation, la semaine dernière, de camorristes à Nice et d’un membre de la ‘Ndrangheta à Menton ?
F.R. : Non. Tous les ans, des chefs mafieux sont arrêtés en France et en particulier sur la Côte d’Azur, lieu d’implantation historique des mafias italiennes. Si la France accepte de livrer les mafieux italiens, en revanche, que fait-elle contre le blanchiment ?
Pour mémoire, il aura fallu attendre 10 ans de procédure avant que la justice italienne ne puisse saisir la villa au Cap d’Antibes ( en photo sur la version papier ) du trafiquant de drogue, Biagio Crisafulli ! Ce puissant soldat de la mafia sicilienne avait été arrêté à Nice en 1995.

L.P.N. : Qu’est devenu ce bien immobilier ?
F.R. : Je m’y suis rendu l’été dernier pour le voir de mes propres yeux. La maison a été revendue. La question que je me pose est donc la suivante : pourquoi aucun journaliste n’a daigné faire un papier sur cette villa qui aurait pu devenir un centre contre la corruption ?

La suite : Petit Niçois


"Le clan des calabrais" (EDR – 24.05.2013) par france3cotedazur

1er mai 1947 : Portella della Ginestra, 11 morts

Voir "antimafia", "Libera" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia

Niccolo Mignemi

 Afin de commémorer cette date, nous publions à nouveau

L’héritage de Placido Rizzotto : les luttes pour la « roba »

Niccolò Mignemi

Docteur en histoire, ami du Centre Impastato et militant de Libera (voir Libération « Saisonniers : l’Europe des exploités agricoles ») et « La réutilisation à des fins sociales des biens mal acquis en Italie : de l’informel mafieux au formel citoyen«  avec Fabrice RIZZOLI, docteur en sciences politiques.

Le deuil a enfin commencé

Voir "antimafia", "Libera" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafiaJeudi 24 mai 2012, soixante-quatre ans après sa mort, les funérailles de Placido Rizzotto ont finalement eu lieu. Placido est un syndicaliste tué par la mafia le 10 mars 1948, en raison de son engagement aux côtés des paysans pauvres luttant pour obtenir le droit de travailler la terre.

Pour lui rendre officiellement hommage, le président de la République et les représentants du gouvernement, de la politique et des syndicats se sont rendus dans sa ville natale de Corleone, universellement connue en tant que capitale de la mafia, mais aussi comme un haut lieu de l‘antimafia. Assassiné, le corps de Rizzotto avait été jeté dans une crevasse parmi d’autres cadavres d’hommes et d’animaux. Déjà en 1948, le capitaine des carabiniers Carlo Alberto Dalla Chiesa dont nous commémorons l’assassinat par la mafia en 1982 en tant que préfet de Palerme – avait localisé le lieu de la « sépulture », mais les analyses de l’ADN n’ont permis que récemment l’identification du corps.

Voir "antimafia", "Libera" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafiaDans les années soixante, Danilo Dolci avait publié le récit de son père dans Gaspillage. Plusieurs livres racontaient sa vie et depuis 2000, un film de homonyme de Pasquale Scimeca popularise un peu cette figure du syndicaliste et dont mafias.fr a déjà fait la promotion cf.Antimafia à Paris : le 22 mai hommage à Giovanni Falcone et Le cinéma antimafia arrive à Paris). A chaque fois, l’engagement politique à côté des faibles, payé de sa vie, et l’injustice de l’acquittement des responsables du meurtre par manque de preuve deumeure au centre des récits. Mais sa vie est exemplaire pour bien d’autres raisons

Une vie exemplaire

Fils de paysan, après l’armistice de septembre 1943, Placido Rizzotto intègre la Résistance au sein des brigades garibaldiennes dans le nord-est du pays. Revenu en Sicile à la fin de la guerre, il milite au Parti Socialiste. En tant que secrétaire du syndicat local, il est à la tête des paysans qui occupent les latifundia, qui revendiquent une réforme agraire, ainsi que meilleures conditions de vie et de travail, en opposition aux grands propriétaires et à leurs contremaîtres. Il lutte donc contre la mafia dans un moment historique où celle-ci devient le bras armé des forces conservatrices en premier lieu les, propriétaires terriers. Or, lutter contre la mafia en 1948 n’est pas simple. D’après les notables et l’église, la mafia n’est qu’une « invention des communistes », alors qu’une bourgeoisie mafieuse puissante règne sur la transition de l’après-guerre. Pensez que le jeune berger qui avait assisté par hasard à l’assassinat de Placido Rizzotto sera lui aussi assassiné par Michele Navarra, médecin et chef mafieux local.

La vie de Rizzotto est donc symbole d’émancipation individuelle et humaine qui devient expérience de libération sociale par le biais de l’engagement politique dans les luttes du mouvement paysan. Il n’est, en fait, qu’un des trente-six (36!) syndicalistes tombés sous les coups de la mafia en Sicile dans l’immédiat après-guerre, plus précisément entre juin 1945 et le 18 avril 1948, date des premières élections législatives, largement remportées par la Démocratie chrétienne. La géographie, la temporalité de ces meurtres ainsi que les cibles choisis ne sont pas fortuites. Au contraire, les 36 assassinats de syndicalistes sont le fruit d’une stratégie de violence programmée, destinée à briser la mobilisation des paysans pauvres qui aspirent à mettre fin à un système séculaire de pouvoir et d’exploitation.

D’ailleurs, moins d’une année plus tôt, le 1er mais 1947, avait eu lieu le massacre de Portella della Ginestra, dont les responsabilités n’ont jamais vraiment été éclairées et qui reste encore aujourd’hui un des « grands mystères » de l’histoire italienne. Réunis dans un lieu traditionnel du socialisme sicilien, les paysans fêtaient les occupations des latifundia et la récente victoire de la coalition des partis de gauche aux élections régionales siciliennes du 20 avril 1947, quand les hommes de la bande de Salvatore Giuliano aux mains de la mafia et avec au moins l’appui d’éléments conservateurs, leur tiraient dessous, tuant onze personnes, pour la plupart femmes et des enfants.

Le président de la République a aussi rendu hommage à ces victimes après les funérailles de Rizzotto en visitant au mémorial construit sur le lieu du massacre. Mais cette mémoire partagée ne ressoude pas tous les problèmes.

Une vie riche d’enseignement présent

Voir "antimafia", "Libera" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafiaEn Italie, comme ailleurs peut-être, on adore commémorer les martyrs. Leur sacrifice nous rassure davantage que la complexité des témoignages inscrits dans leurs parcours de vie. Si le rituel officiel a une valeur indiscutable, il faudrait aussi prendre en compte ce que les expériences du passé pourraient enseigner au présent. L’histoire de ces hommes, leur engagement dans les luttes du mouvement paysan nous parle d’une lutte acharnée contre la mafia : un engagement concret et quotidien autant fondé sur des principes qu’un attaque frontale au système de pouvoir et aux intérêts matériels qui l’alimentent. C’est d’abord la manifestation d’une volonté et d’une action directe pour se réapproprier de la roba – c’est-à-dire des patrimoines, selon l’expression de Giovanni Verga – soustraite à la collectivité et destinée à l’enrichissement privé des mafieux.

Aujourd’hui, dans la lutte contre la criminalité organisée, cet enjeu demeure central, mais il faut dûment le doter des instruments nécessaires à garantir son efficacité. Certaines personnalités – je pense notamment au ministre de l’intérieur Cancellieri – en plus d’être présent dans ces occasions, devraient, dans ces actes, respecter la mémoire de Rizzotto et celle des victimes de Portella. Madame la Ministre pourrait par exemple reconsidérer sa proposition de vendre les biens confisqués aux mafieux (cf. La confiscation : enjeu politique majeur). On ne parle pas ici des biens meubles (voitures de luxes et autres yacht) qui sont revendus car ils sont trop chers à entretenir et n’ont pas de portée sociale). Nous parlons ici des immeubles tels que les terrains agricoles ou les villas de boss, qui constituent une source potentielle de revenus. (cf.L’arme qui peut tuer la mafia : la réutilisation des biens confisqués)

Il y a 82.000 biens confisqués et tous ne sont pas réutilisés, loin de là. Mais les vendre reviendrait à les remettre dans les mains de la bourgeoisie mafieuse. Il serait, encore une fois, la réaffirmation de l’ancien principe de socialisation des pertes et de privatisation des profits.

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Cooperative Placido Rizzotto

Refuser de vendre les biens immobiliers confisqués à la mafia n’est pas une position idéologique contre ce qui ressemble à du pragmatisme d’experts. Il s’agit davantage de la reconnaissance d’un principe de justice et de dédommagement qui aujourd’hui ne peut pas s’incarner autrement que par la réutilisation à des fins sociales.

Comme l’expérience des coopératives du projet Libera Terra le démontre, la confiscation et la redistribution sociale de ces patrimoines ne sont pas simplement un acte pour réaffirmer la souveraineté de l’État, là où elle a été écornée. Redonner ces biens à l’intérêt général constitue avec force une occasion de croissance économique pour ces territoires, fondée sur un projet « autre », inspiré aux principes de l’économie sociale et solidaire (en photo à gauche).

PS : Tous les mots en gras sont dans le Petit Dictionnaire Enervé de la mafia

2 articles : l’organisation de la transgression : formaliser l’informel ?

mafia rizzoli antimafiaLes actes de la journée d’étude du 29 mars 2013 au CNAM le vendredi 29 mars, est sorti. Vous pouvez l’acheter ICI

Cette journée traitait de l’organisation de la transgression : formaliser l’informel ?

The organisation of transgression: formalising the informal?

Mafias.fr participa à deux communications :

La réutilisation à des fins sociales des biens mal acquis en Italie : de l’informel mafieux au formel citoyen avec Fabrice RIZZOLI, docteur en sciences politiques et Niccolò MIGNEMI, docteurs de l’EHESS (CRH – ERHIMOR).

- Le cannabis social club (club privé de consommateurs : un exemple intelligible de régulation de l’informel ? avec Fabrice RIZZOLI,  docteur en sciences politiques et Laurent APPEL, membre de l’Observatoire Géopolitique des Criminalités, coordinateur pour la réforme de la politique des drogues de l’association 2013 ASUD mais aussi avec la précieuse contribution de Sonny Perseil.

Antonello Mangano auteur de « Zenobia » à Paris

Jeudi 5 décembre 2013

19h

MARCOVALDO LIBRERIA-CAFFE

au 61, rue Charlot – 75003 – Paris

Antonello Mangano, journaliste et fondateur du site terrelibere.org, présente son dernier livre :

Zenobia

Dalla Salerno-Reggio Calabria ai cantieri del Nord. Il laboratorio dei rapporti tra ‘ndrangheta e imprese

Rencontre en italien modérée par Silvia Caccia de Libera France

Le mémoire sur la confiscation en Italie et en France : 18/20

Sebastian Stella, a suivi les enseignements du Master II « Lutte contre la criminalité financière et organisée » au Centre d’Etudes des Techniques Financières et d’Ingénierie (www.cetfi.org). Il a récemment écrit un mémoire sur la confiscation en Italie et en France qui a obtenu la note de 18 sur 20. Il a aussi effectué un stage au Parquet de Turin, dans le groupe « blanchiment et affaires connexes » (Riciclaggio e materie affini).

Faculté d’Economie et de Gestion & Faculté de Droit
         Centre d’Etudes des Techniques Financières et d’Ingénierie – CETFI
               Centre de Recherche en Matière Pénale Fernand Boulan
Groupe Européen de Recherche sur la Délinquance Financière et la Criminalité Organisée

Ce travail découle d’une grande admiration pour le Juge Giovanni Falcone (cf. 23 mai 1992 : la mafia tue Giovanni Falcone)  ainsi que de l’aide précieuse de spécialistes dont notamment Alberto Perduca, procureur adjoint au parquet de Turin, Claude Ducouloux-Favard (d’une trés grande gentillesse cf. Le livre pour les étudiants ) et de l’aide de Fabrice Rizzoli.

Vous pouvez consulter ce mémoire : « l’essor des instruments de saisie et de confiscation face à l’extension des mafias italiennes en France »

Le décret sur les « coopérateurs de justice » enfin signé?

Le gouvernement va signer le décret sur les « coopérateurs » de justice. Libération
Attention, ne pas employer terme « repentis ».
Les repentis n’existent pa
s
. On est pas à l’Eglise! 
Attention à ne pas utiliser le terme de « collaborateur » de justice car l’emploi du mot « collaboration » en France fait perdre la bataille des idées. 
Il faudra dire « coopérateur » de justice si on veut faire accepter ce dispositif qui comporte trois avantages majeurs : 

1. Une meilleure connaissance d’un phénomène clandestin. Or, ne ne combat que ce qu’on connaît. 

2. La réduction de l’impunité face au crime de sang commis par des professionnel. Pas de témoignages de sicaires : pas de règlements de compte résolus. 

3. Le renforcement de l’Etat de droit qui va protéger des criminels professionnels en rupture avec leur milieu et promis à une mort certaine. Si la vie d’un homme à de la valeur. l’Etat de droit se doit de protéger tout citoyen (et sa famille) qui décide de respecter les règles communes sous certaines conditions. 

En Italie, la mise en place d’un statut de « collaborateur de justice » a donné des résultats exceptionnels avec 3 000 mafieux sorti du système de 1991 à nos jours.

Il faudra aussi créer un statut pour les témoins innocents et la réutilisation sociale des biens confisqués. Sans l’implication de la société civile, la lutte contre le crime organisé est voué à l’échec

Dans cette vidéo : pas de collaborateur de justice italien : pas de résolution du meurtre en France :

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