Archive pour la catégorie ‘Antimafia’

Fraude, corruption, blanchiment. L’Europe braquée en permanence.

Compte rendu du colloque de l’année : Journées d’étude : citoyens contre criminalité économique

15 juillet 2014 | Par Bernard LeonMediapart.fr

mafia rizzoli antimafiaLa situation en matière d’évasion fiscale, de fraude et de criminalité financière en Europe, des mots qui recouvrent une réalité à plusieurs facettes, vous semblait, bien que lointaine, alarmante. Elle est en fait catastrophique. C’est l’avis des nombreux spécialistes  qui se sont réunis à Paris à l’invitation d’Alternatives Européennes, une association qui travaille pour l’innovation des pratiques démocratiques, dans le cadre du projet « Tackling Illegal Economy ».

Les risques sont sérieux pour la démocratie, la santé des Etats, l’avenir des échanges économiques.

Cela tient, comme l’a rappelé le Magistrat Jean de Maillard, Vice-président du TGI de Paris et auteur de « L’arnaque », publié chez Gallimard, au fait qu’une criminalité différente des maffias est désormais ancrée au coeur du système économique mondialisé, dont elle est devenue la variable d’ajustement et de régulation. Et ceci, il ne faut pas se le cacher, avec la complicité, ou au mieux l’indifférence, des gouvernements.

Plus l’économie va mal, moins les gouvernements ont les moyens d’agir. « Quand le système devient compliqué, le politique se retire et la finance prend le relais. Et plus la finance s’étend, plus la fraude prospère. Mais si la fraude devient systémique les institutions ne peuvent plus réagir. Et on en arrive à ce que les banques soient au dessus des normes, au dessus de la loi ». Trop grandes pour faire faillite, comme on dit. Trop grandes pour aller en prison également. Too big to jail.

Ce n’est pas une raison a dit Fabrice Rizzoli, (FLARE France), auteur du « Dictionnaire énervé des mafias », de parler du problème de manière fataliste, car il est possible, les italiens nous l’ont prouvé ces dernières années, de réagir.

Il prône donc au niveau européen ce qui a été réussi en Italie, la confiscation des patrimoines criminels au bénéfice de la communauté. (cf. Mucchielli)

Le voyage du Pape en Calabre a d’ailleurs mis en lumière la chose, puisque sa dénonciation de la maffia a permis de mettre les projecteurs sur Don Panizza, un prêtre qui a osé reprendre en 2002, à la demande du préfet, un immeuble de 3 étages confisqué par l’Etat à un clan familial de la maffia. Il en a fait un centre d’accueil pour mineurs en difficulté et adultes handicapés.

Voir reportage ci-dessous :

Mais il y a bien d’autres exemples, comme ces coopératives agricoles en Sicile exploitant les biens confisqués à la maffia dans le cadre de la loi de 1996.

Voir reportage ci-dessous

Une confiscation qui s’applique également aux complices des condamnés, ou encore à des personnes en possession de biens dont le caractère illicite des processus d’acquisition est avéré.

Voir reportage ci-dessous :

Fabrice Rizzoli rêve d’ailleurs tout haut de tenir une conférence sur le sujet dans la maison de Cahuzac en corse ou dans la villa de Ziad Takieddine. (Oui, celle avec la piscine là où se baignait J.F. Copé).

Un cancer au cœur de l’Europe.

Mais en amont des poursuites et des saisies il faut pouvoir enquêter en Europe. « Sauf qu’il manque toujours un parquet européen », dit Vittorio Agnoletto (Ancien membre du parlement européen). D’où la difficulté à poursuivre ceux qui fraudent ou qui sont complices de ces fraudes. Ce peut être un fonctionnaire européen, un fonctionnaire d’un des 27 pays membres gérant un fond structurel, ou encore une organisation criminelle de fraude. Sur la TVA ou les cotas de CO2 par exemple. Le trésor Français aurait perdu sur ces derniers 1,6 milliards d’euros, et l’Europe verrait s’envoler 100 milliards d’euros par an pour cause de fraude à la TVA.

Il existe bien depuis 1999 un Office européen de lutte antifraude, l’OLAF, pour enquêter. Mais le manque de coopération que cet office rencontre dans ses enquêtes, au sein des 27, et les failles juridiques nationales, constituent une entrave à son travail. Il ne lui est pas possible d’enquêter en Allemagne sur les fraudes à la TVA, par exemple.

Comme l’a dit Fabrice Rizzoli,  on est aussi face à un flou sémantique ou administratif sur les notions de « légal » et « illégal ». D’ou parfois une difficulté à poursuivre efficacement.

Un rapport du Sénateur Eric Bocquet de 2012 n’a-t-il pas pointé que « la fraude fiscale des entreprises françaises était principalement sanctionnée chez de petits entrepreneurs, alors que les enjeux financiers étaient plutôt du coté des grandes entreprises ». Mais ces dernières, entourées de cabinets conseils, jouent sur toutes les failles que leur offrent les réglementations des Etats, et échappent facilement aux taxes et à l’impôt.

Une voie pour la réutilisation sociale : l’ESS.

Relayant l’intervention de Darina Zalmova, de l’université de Thrace (Roumanie), qui a montré que la corruption devait être combattue par la reconstruction d’une pensée collective et des pratiques sociales, Marcel Hipszman, ancien adjoint au Délégué interministériel à l’économie sociale, a mis en lumière, tout comme elle, la possibilité pour l’économie Sociale et Solidaire d’être un outil anti corruption en se voyant confié la gestion des biens saisis à la criminalité financière. Un vrai recyclage au profit de la population, sous forme de musées, coopératives, centres d’apprentissage, établissements de soins, accueils des immigrés, etc.

Voir reportage suivant :

Il a rappelé les opportunités ouvertes par la récente directive européenne du mois d’avril sur le gel et la confiscation des produits de la criminalité transfrontière organisée. Tout en regrettant que les applications de cette directive en matière d’utilisation sociale des biens confisqués  ne soient pas obligatoires et laissées à la volonté des Etats.

A l’heure où la loi sur l’économie sociale est votée en France, l’idée est à creuser.

Il a également rappelé que la France possède une « Agence de gestion et recouvrement des avoirs saisis », regrettant aussi que le gouvernement ait annoncé que la question de la réutilisation à but social des biens confisqués serait discutée ultérieurement. Comme quoi on peut être un gouvernement de gauche et timide sur l’innovation juridique et sociale en matière de lutte contre la criminalité financière.

Un combat politique, social et culturel.

En fait, les intervenants l’ont tous dit, c’est bien là, sur le terrain politique, que doit être menée la vraie lutte citoyenne d’innovation démocratique. Un combat également culturel.

Ce qu’a bien montré le débat sur la presse d’investigation, réunissant plusieurs journalistes européens, dont Dan Israel de Médiapart.

Si les choses semblent  évoluer positivement, notamment grâce à la presse sur internet, les journalistes, s’ils sont confrontés à plusieurs difficultés, dont celles consistant à faire le tri des acteurs et des documents, doivent aussi faire face à la difficulté à vendre leur sujet contre la criminalité financière. En dehors de quelques affaires phares, il est plus facile pour un media de dramatiser un fait divers que de dérouler dans ses colonnes ou ses journaux télévisés les cheminements tortueux d’une fraude à la TVA, dont les montants sont pourtant vertigineux et lèsent les citoyens directement. Il faut donner du temps aux journalistes d’investigation. Les enquêtes sont longues, le recoupement des témoignages et la consultation d’experts nécessaires chronophages.

Mais la première difficulté vient, il ne faut pas avoir peur de le dire, des institutions, notamment bancaires. C’est par les banques que passe l’argent de la criminalité maffieuse, rapporte  Marius Frunza (Université Paris 1).

L’exemple de la banque anglaise HSBC qui a payé près de 2 milliards de dollars afin d’échapper à des poursuites aux Etats-Unis pour avoir blanchi l’argent des cartels de la drogue entre 2003 et 2010 en témoigne. En notant au passage que le patron de la banque pour la période incriminée est devenu en 2010 ministre de David Cameron. Humour anglais. Isn’t it ?

Alors que faire ? Les réponses ne peuvent être qu’internationales. Mais que fera l’Europe, présidée sous peu par l’ancien premier ministre d’un paradis fiscal, le Luxembourg ?  Que fera le Parlement européen ?

Restent aux citoyens à faire pression. Au travers d’associations comme Euroalter, ou Libera en Italie, dont le but est clairement de s’insurger et d’agir contre les maffieux, et qui regroupe 1600 associations  locales et internationales.

Itv Francetv : Eglise et mafia

Eglise et mafias : le pape François face à 150 ans de liaisons dangereuses

Par Louis Boy, mis à jour le , publié le

Le souverain pontife l’a dit en juin : les mafieux n’ont pas leur place à l’Eglise. Des propos forts en Italie, où les liens entre religion et crime organisé restent étroits, et n’ont pas toujours été dénoncés avec la même virulence par le Vatican.

« Ceux qui, dans leur vie, ont choisi cette voie du mal, comme les mafieux, ne sont pas en communion avec Dieu, ils sont excommuniés. » Ces propos prononcés le 21 juin par le pape sont sans doute les plus durs jamais tenus par l’Eglise à l’adresse des mafias. 

Pour la messe finale de sa première visite en Calabre, une région du sud de l’Italie, François s’est adressé à une foule de 100 000 personnes, en plein cœur du fief de la plus puissante mafia d’Italie, et de façon très offensive :  »La ‘Ndrangheta est adoration du mal et mépris du bien commun. Ce mal doit être combattu, chassé. »

Une rupture dans un pays où l’existence même du crime organisé a été un tabou pour le Vatican jusqu’aux années 90 ; ans un pays où les actes de résistance des mafieux, après ce discours du souverain pontife, ont scandalisé l’opinion publique et rappelé l’ampleur de la tâche.

Eglise et mafia, un siècle et demi d’histoire commune

Le péché originel de l’Eglise italienne remonte à l’unification de l’Italie. Les Etats pontificaux, qui s’étendaient de Rome à Bologne, sont progressivement réduits au simple Vatican. En représailles, le pape Pie IX interdit, en 1870, aux catholiques italiens de voter et de participer à la vie politique, coupant le clergé du pouvoir – l’interdiction prend fin en 1904.

Comme le raconte le journaliste spécialiste de la mafia John Dickie dans son livre Mafia Republic : Italy’s Criminal Curse, les prêtres et les évêques du sud de l’Italie se tournent alors vers d’autres sources d’autorité, qui partagent leurs principes conservateurs : les mafias émergentes que sont la Camorra à Naples, la Cosa Nostra en Sicile ou la ’Ndrangheta en Calabre.

Les boss des mafias locales prennent l’habitude de défiler en tête des processions qui célèbrent les saints patrons de chaque village, une coutume qui perdure aujourd’hui. La complicité de l’Eglise leur permet d’afficher leur pouvoir au grand jour tout en se drapant dans les habits d’hommes pieux et respectables. Après la seconde guerre mondiale, la mafia devient également l’appui du parti La Démocratie chrétienne, au pouvoir : ils sont unis dans leur rejet des communistes. Pendant un siècle et demi, le Vatican ne mentionne pas une fois la mafia.

Une omerta brisée par Jean-Paul II

« La fin de la menace communiste est le point de bascule« , note Fabrice Rizzoli, spécialiste des mafias et auteur du Petit Dictionnaire énervé de la mafia, contacté par francetvinfo. Au début des années 90, les mafias sont mises en cause par l’opération mains propres, une série d’enquêtes sur le financement illicite des partis politiques qui fait disparaître plusieurs formations historiques, dont La Démocratie chrétienne. En retour, la violence des actions des mafias s’intensifie, culminant en 1992 avec le spectaculaire attentat qui tue le juge Falcone, leur plus grand adversaire parmi les magistrats.

Le pape Jean-Paul II se rend alors en Sicile, et prononce, le 9 juin 1993, un discours resté dans les mémoires pour sa violente dénonciation des mafias. « Ses mots étaient durs, mais surtout la manière dont il l’a dit était très forte, et a marqué », se rappelle Renaud Bernard, le correspondant de France 2 à Rome. « Je pense qu’il ne se sent plus lié à la mafia par la lutte contre les communistes, et se sent pousser des ailes, analyse Fabrice Rizzoli. Donc il dit : ’Mafieux, vous êtes la culture de la mort, repentissez-vous.’ » Sur les images, sa passion est palpable.

Ce changement de position de l’Eglise provoque des représailles des Siciliens de la Cosa Nostra. Des bombes explosent – sans faire de victimes – devant deux églises romaines, dont la basilique Saint-Jean-de-Latran, fief de l’évêque de Rome, c’est-à-dire le pape. A Palerme, un prêtre engagé contre le recrutement des jeunes par les mafias, Don Giuseppe Puglisi, est assassiné en pleine rue. Il sera béatifié en 2013, sur demande de Benoît XVI. A l’exception d’un autre assassinat de prêtre en 1994, les attaques directes contre l’Eglise et ses représentants se sont fait rares depuis.

Dans le Sud, les mafieux résistent déjà

Le dernier discours du pape François n’est donc pas un choc : il s’inscrit « dans la ligne de ses prédécesseurs » et a moins fait parler en Italie que celui de Jean-Paul II, observe Renaud Bernard, même si François est le premier à évoquer l’idée d’excommunication.

Mais quel effet concret peut avoir la parole du pape sur les activités d’organisations criminelles, aussi pieux soient leurs membres ? Le 2 juillet, une procession religieuse d’un petit village calabrais se prosterne devant la maison du boss de la mafia locale, provoquant l’indignation du ministre de l’Intérieur italien, et une enquête au sein de l’Eglise. Le dimanche suivant, 200 détenus ‘ndranghetistes boudent la messe en prison pour protester contre l’interdiction qui leur est faite de communier.

Pour Fabrice Rizzoli, le discours du pape a des limites. « Je n’entends pas encore : ‘Mafieux, je vous invite à faire repentance, mais aussi, dans un deuxième temps, à collaborer avec l’Etat.’ » Pour le spécialiste de la mafia, passer devant un juge pour avouer ses crimes, comme l’ont fait 3 000 mafieux en Italie depuis les années 90, est le seul moyen de sortir réellement de la spirale du crime organisé.

Pour l’instant, le discours du Vatican se limite aux questions religieuses. En revanche, les mots du pape sont aussi un encouragement pour « ces prêtres sociaux » qui luttent sur le terrain contre les mafias « et subissent constamment des menaces ». Dans les régions très pieuses du sud de l’Italie, la voix de ces hommes d’église est un atout indispensable.

La transparence, l’arme secrète du Vatican

Mais selon Fabrice Rizzoli, le geste le plus fort du pape François dans sa lutte contre le crime organisé reste son effort de transparence sans précédent dans les finances du Vatican. Les nombreuses banques de la Cité-Etat sont en effet soupçonnées de servir à blanchir l’argent des mafias. L’Institut pour les œuvres de religion, principale institution financière du Saint-Siège, était notamment le premier actionnaire de la banque Ambrosiano, dont la faillite fit scandale en 1982, quand il fut révélé qu’une grande partie des sommes d’argent envolées appartenaient à des mafias. Son principal responsable fut retrouvé pendu à un pont de Londres, un « suicide » qui reste suspect. 

« Il y a beaucoup de fantasmes, peut-être, dans les rumeurs sur les finances du Vatican, mais elles persistent aussi parce que l’opacité est totale », explique Fabrice Rizzoli. Un peu moins depuis 2013, quand le souverain pontife a chargé le cabinet Ernst & Young de réaliser un audit financier de l’institution. Pour la première fois, des étrangers au Saint-Siège mettaient leur nez dans les comptes. Objectif déclaré : mettre les institutions administratives et financières du Vatican aux normes internationales anticorruption et antiblanchiment. Ce qui pourrait porter un grand coup aux mafias et marquer une vraie rupture entre l’Eglise et le crime organisé.

Faut-il, dans ce cas, craindre des représailles ? Le procureur de Reggio, la plus grande ville de Calabre, avertissait d’un « grand danger » que la ‘Ndrangheta ferait peser sur le pape. Pour Fabrice Rizzoli, il n’a pas à s’inquiéter pour sa vie. Les mafias « ne tuent plus » ou presque. Et le spécialiste d’avancer le chiffre de « 8 personnes par an en Sicile » contre « 3 000 entre 1978 et 1982″. Et elles ne seraient pas en position d’assassiner des hommes d’Eglise ou de poser des bombes devant des lieux de culte. 

En revanche, il juge plus crédible la possibilité que les mafias tentent de « faire un croche-patte » au pape. « Lancer des rumeurs, des campagnes de diffamation, sortir des dossiers pour atteindre des personnes à la périphérie du pape. Cela, les mafias savent bien le faire. » Le Vatican est prévenu : on ne tourne pas si facilement le dos aux mafias.

Journées d’étude : citoyens contre criminalité économique

mafia rizzoli antimafia Communications en français et anglais avec traduction
        

09-10 Juillet 2014

MAS, Paris, 10/18 rue des terres au curé

75013 Paris (Porte d’Ivry / Olympiades)

Évasion fiscale et criminalité financière en Europe
Nouvelles formes de fraude, nouvelles luttes sociales

L’évasion fiscale est estimée en France entre 30 et 50 milliards d’euros de coût par an pour la France (rapport du Sénat 2014). Alors que M. Juncker, ancien premier Ministre d’un paradis fiscal prospère, le Luxembourg, est entré dans la course pour la présidence de la Commission européenne, l’Union européenne pèche par son retrait sur les questions de lutte contre l’évasion fiscale et plus globalement de lutte contre la criminalité financière.

Les réponses doivent impliquer la société civile et de manière transnationales pour être réellement efficaces.

. « La réutilisation à des fins sociales des biens mal acquis en Italie : de l’informel mafieux au formel citoyen« 
Engligh version : Social redistribution of confiscated mafia assets in Italy: from mafia informal to civil formal

Les 9 et 10 juillet, des experts de toute l’Europe, académiques, praticiens et militants, se réuniront à Paris pour discuter de l’évasion fiscale et de la criminalité financière en Europe, mais surtout des moyens d’actions à explorer et à mettre en place pour mieux s’y opposer.

FLARE France2 : Confiscopolis à Menton contre la mafia

Cet événement fait partie du projet « Tackling Illegal Economy (TIE) » dont le but est de promouvoir la confiscation et le recouvrement des produits du crime, un des outils transnationaux les plus importants pour la lutte contre le crime financier et économique.

Tribune Le Monde : Avec la confiscation, le crime ne paie(rait) plus en Corse

Le projet rassemble des organisations de la société civile afin d’identifier, promouvoir et disséminer les meilleures pratiques sur la réutilisation des avoirs illicites.

Syndicat de la magistrature : Des armes à l’italienne contre le crime organisé et plus si affinités

                                               JOUR 1 – mercredi 9 juillet

13.00 – 14.00 Inscription des participants et rafraîchissements de bienvenue.
14.00 – 15.30 Introduction. Nouvelles étapes du développement de la criminalité financière
Modération : Rosen Dimov (Alternatives Européennes)

- Marco Genovese (LIBERA)
- Vittorio Agnoletto (ancien membre du Parlement européen)
- Mario Vaudano (Observatoire Géopolitique des Criminalités, ancien membre de l’OLAF et magistrat)

15.30 – 16.00 Pause café
16.00 – 17.15 Criminalité financière en Europe
Modération : Elena Dalibot (Alternatives Européennes)

- Fabrice Rizzoli (FLARE France) : « Légal / Illégal » : la fin d’une distinction. Comment lutter contre la criminalité financière en Europe
- Marius Frunza (Schwarzthal Kapital, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : la fraude à la TVA en Europe

17.15 – 18.45 Les formes particulières de criminalité financière – ateliers :
Méthode du “World Café” – 2 sessions de 45 minutes

   1.   Évasion fiscale par le biais des paradis fiscaux et des multinationales, avec Lucie Watrinet (CCFD)
   2.   Fraude sur la taxe carbone, avec Aline Robert (EurActiv.fr)
   3.   TAFTA et ses effets sur l’évasion fiscale, avec Paulina Petrova (BIBO)
   4.   Le blanchiment de capitaux en Russie, Allemagne, Italie et Espagne, avec Sarah Mazzenzana (Mafia? Nein Danke!)
   5.   Aide au développement comme véhicule pour les biens non imposables et blanchiment de capitaux, avec Dotun Oloko (lanceur d’alerte)

18.45 – 19.00 Présentations des résultats et fin du premier jour

JOUR 2 – jeudi 10 juillet

9.30-10.30 Jean de Maillard (magistrat) Comment la fraude financière est-elle devenue un outil de gestion de la finance, de l’économie et des crises ?

10.30 – 11.00 : Pause café
11:00 – 12:30 : Prévention de la criminalité financière et la réutilisation sociale de biens illégaux.
Modération : Maria Chiara Prodi (LIBERA France)

- Noel Hatch (Alternatives Européennes) : Impliquer les citoyens dans la réutilisation des biens des communautés

- Ass. Prof. Dr. Darina Zaimova (Université Thrakia) : Créer l’état d’esprit pour l’entreprenariat social : d’une vision globale à une compréhension et action locales
- Marcel Hipszman (ex adjoint au délégué interministériel à l’économie sociale) : le role de l’économie sociale dans la lutte contre la criminalité organisée et la réutilisation sociale

12.30 – 13.30 Déjeuner – buffet et nourriture produite dans des lieux confisqués à la mafia réutilisés à but social (LIBERA Terra)
13.30 – 15.30 L’investigation de la fraude fiscale
Modération : Sandro Mattioli (Mafia? Nein Danke!)

- Alessia Cerantola (Projet de rapport d’enquête, Italie) : l’investigation de la corruption et du crime in Italie. Le projet « Expoleaks »
- Aline Robert (EurActiv.fr) : Les tabous de la TVA, première ressource des Etats européens : quand l’impôt finance le crime organisé
- Bo Elkjær (Journalisten.dk) : coopération internationale dans le travail d’investigation concernant le crime financier
- Dan Israel (Mediapart) : Sources et lanceurs d’alerte dans l’univers bancaire : Qui croire ? Comment vérifier ?

15.30 – 16.00 Pause café
16.00-17.00 Discussion ouverte et échanges des meilleures pratiques entre participants.
Modération : Rosen Dimov (Alternatives Européennes)

17.00 – 17.30 Prochaines étapes et conclusion.

INSCRIPTIONS
Le séminaire est ouvert à tous et gratuit. Les places sont limitées et nous vous recommandons vivement de réserver avant le 8 juillet. Pour vous inscrire, veuillez écrire à paris@euroalter.com (précisez-nous si vous parler anglais, français ou les deux).

Itv JOL Press : le pape et la mafia

Le pape excommunie la mafia italienne

Propos recueillis par Valérie Choplin pour JOL Press

Depuis le début de son pontificat, le pape François s’est lancé dans une vaste opération afin de restaurer la transparence au sein du Vatican et de l’Eglise catholique. Le 21 juin, il était en visite en Calabre, précisément là où sévit la clan mafieux ‘Ndrangheta. Au cours de son homélie, il a déclaré que la mafia n’était pas «en communion» avec Dieu. Le pape François a déclaré aussi que la mafia la ‘Ndrangheta était «l’adoration du mal et mépris du bien commun. Ce mal doit être combattu, chassé». Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias, revient sur les relations entre l’Eglise italienne et les mafias.

JOL Press: Quelles sont les relations traditionnelles entre la mafia italienne et l’Eglise catholique ?

Fabrice Rizzoli : Longtemps, l’Église, comme les autres institutions, a sous-estimé le phénomène mafieux. On comprend mal le silence des autorités ecclésiastiques puisqu’une dizaine de prêtres sont tombés sous les balles de la mafia. Pino Puglisi en 1993 et Don Diana en 1994 sont morts parce qu’ils combattaient le consensus social mafieux sur le terrain et au contact des jeunes.

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Si les condamnations de la part du clergé sont rares, elles entraînent à chaque fois la réaction des mafieux – preuve de l’importance du silence de l’Église pour ces derniers. En 1982, le cardinal Pappalardo qui dénonce la mafia et ses complices au sein de la bourgeoisie mafieuse après l’assassinat du préfet Dalla Chiesa voit déserter la messe dans la prison de Palerme. Le 9 mai 1993 lors d’une messe à Agrigente, le pape Jean-Paul II condamne pour la première fois et sans équivoque la mafia et invite les mafieux à se « convertir à la loi du Christ », et cela au moment même où les mafieux devenaient en masse des « repentis » (des collaborateurs de justice). De convertir à repentir, il n’y avait qu’un pas sémantique que les mafieux ne pouvaient accepter. La Cosa nostra sicilienne répond par le terrorisme.

Le 28 juillet 1993, deux bombes explosent devant des églises à Rome et détruisent en particulier la basilique Saint-Jean de Latran, le siège ecclésiastique officiel du pape et considérée comme la « mère de toutes les églises du monde ». En 2010, le pape Benoît XVI en visite en Sicile utilise le terme de « crime organisé » à la place de « mafia » et relativise ainsi l’importance du phénomène mafieux. Les mafieux, sensibles au langage, se contentent de déposer une bonbonne de gaz devant le centre Padre Nostro à Palerme en représailles de ce timide discours.

JOL Press: Comment expliquer que la mafia se tourne autant vers l’Eglise ?

Fabrice Rizzoli : De manière constante, les religions sont un instrument de légitimation des actes criminels, surtout sur des terres où l’on risque sa vie au quotidien et où le secret est érigé en «religion». Alimenter les peurs permet aux mafieux d’assurer la cohésion du groupe et de renforcer le lien associatif. Ainsi, la Madone du sanctuaire de Polsi est la protectrice de la ‘Ndrangheta calabraise et les néo-mafieux de Cosa nostra sicilienne subissent un rite à l’aide de l’image de sainte Annunziata, protectrice de l’organisation mafieuse. Enfin, le caractère religieux de la Sacra Corona Unita est évident : les mafieux déclarent leur foi pour mieux mener une vie de criminel.

En réalité, le mafieux fait la démonstration de sa religiosité afin de légitimer, autant que faire se peut, ses conduites criminelles, gérant ainsi les contradictions qui le tiraillent. Le mafieux admet que Dieu existe, ce qui lui évite de le chercher et lui permet de fonder le pouvoir social et militaire sur la base de la religion. En épousant la religion, les mafieux utilisent les nombreux rites catholiques qui renforcent le lien associatif entre les membres.

Les analogies entre rites mafieux et rites religieux sont très marquantes : baptême, parrainage, épreuve du feu, importance du sang… « Poussière tu es poussière tu finiras » sied bien aux mafieux qui vivent dans la culture de la mort. Le sacré permet aussi aux mafieux de trouver un sens à la vie qu’ils mènent, en particulier celui de « donner » la mort. En s’octroyant le droit de tuer, le mafieux ne cherche pas à contredire Dieu en dépit du premier commandement « Tu ne tueras point », mais bien à se mettre à son niveau.

À cela s’ajoute la dimension collective qui fait du mafieux non plus un individu mais la partie d’un groupe au service d’une justice privée. Convaincu d’appartenir à un ordre supérieur qui rend la justice, le mafieux tue l’autre parce qu’il se comporte mal ou tel autre parce qu’il n’est pas à l hauteur. Dans ce quotidien morbide, les différences entre les valeurs de la religion, de l’État de droit et de la mafia deviennent floues. Ce brouillage anéantit le sentiment déculpabilisé à la racine puisque c’est l’organisation qui décide de la mort et non plus le tueur. Le mafieux a donc bien un dieu pour qui il fait le bien, mais qu’il ne nomme pas ! Si le mafieux devait donner un nom à son dieu, il s’appellerait « mafia ». « S’il y a un dieu, c’est moi, j’ai le pouvoir de prendre et de donner la vie. » 1988, Leoluca Bagarella, chef mafieux corléonais.

JOL Press : Les Français ont tendance à avoir une image désuète de la Mafia italienne. A quoi ressemble-t-elle ?

Fabrice Rizzol i: Elle n’est en aucun cas désuète. Les mafieux calabrais ont fait le terrassement d’immeubles standing à Menton qui abritent la maison de la justice et la Communauté d’agglomérations de la Riviera Française.

Les Français ont aussi une image fausse de toute puissante (l’image de la pieuvre…) alors que la réalité se situe entre les deux. Les Français ne savent pas que les biens des mafieux en Italie deviennent des biens d’intérêt général. A quand une loi identique en France?

JOL Press : La mafia italienne ronge le sud de l’Italie depuis plusieurs années. Pensez-vous que seul le développement du Mezzogiorno en viendra à bout ?

Fabrice Rizzoli : Non, le gouvernement de centre gauche de Romano Prodi en 2000 avait obtenu des progrès économiques dans le Sud et cela n’a pas affaibli la mafia. Il faut créer les conditions économiques et sociales pour que les citoyens ne croient pas qu’il est de son avantage de suivre le mafieux. Tout dépend du politique donc.

Or, la politique est pro mafieuse lorsqu’elle est guidée par une idéologie néolibérale; celle d’une économie sans règles, sans transparence et régie par les seuls rapports de force. Or, l’idée du marché prônée par certains gouvernements est la même que celle des mafias. C’est le monde dans lequel nous vivons qui produits de la mafia.

JOL Press: On a accusé l’Eglise catholique d’Italie d’avoir été silencieuse sur les mafias pendant des années. Comment expliquer le temps qu’a mis la plus haute autorité de l’Eglise Catholique pour les excommunier ?

Fabrice Rizzoli : Pendant la Guerre froide, la menace communiste rendant la mafia respectable, le Cardinal Ruffini déclare « la mafia est une invention des communistes ». Aujourd’hui encore, un prêtre a donné sa bénédiction à un mafieux notoire pour son mariage, mais il n’était pas en cavale. Enfin, des scandales financiers liant les banques du Vatican à des agents mafieux sont récurrents. Mais avec la chute du mur de Berlin, le pape Jean Paul II a pu pour la première fois lancer l’offensive.

JOL Press: Est-ce seulement à la personnalité du Pape François que tient l’excommunication des mafieux ? Ou ce positionnement était-il à prévoir tôt ou tard ?

Fabrice Rizzoli : Le Pape va loin dans sa lutte pour la transparence du Vatican et pour aider les prêtres au quotidien. Jusqu’ici les messages antimafias du clergé étaient ambigus puisqu’ils reposaient sur la repentance individuelle et non sur la lutte territoriale en phase avec l’État de droit. Contre la mafia, le clergé proposait la privatisation du salut là où l’État prône la collaboration citoyenne.

La difficulté de divulguer un tel message venait du fait que l’Église et la mafia partageaient une valeur commune : celle de croire à un ordre supérieur, c’est- à-dire au-dessus de celle véhiculée par la démocratie. Ainsi, de nombreux prêtres acceptent les confessions des mafieux sans les inciter à changer de vie, alors que quitter la mafia veut dire collaborer avec la justice et devenir un citoyen à part entière.

En excommuniant, le pape a une position antimafia claire et efficace en disant aux mafieux : «La mafia est contraire aux lois du Christ et à celles de l’État de droit, repentissez-vous puis collaborez avec la justice ».

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Fabrice Rizzoli est docteur en science politique et spécialiste de la criminalité organisée et des mafias. Il est également l’auteur du Petit Dictionnaire énervé de la mafia.

Mafias.fr dans Le Nouvel Obs Rue 98

Affaire Hélène Pastor : tueur à gages, est-ce un vrai métier ?

Camille Polloni | Journaliste

La justice soupçonne un « contrat familial » dans l’affaire Pastor. Membres polyvalents d’organisations criminelles ou pieds-nickelés de l’assassinat, les tueurs à gages ne ressemblent pas (trop) à ceux du ciné.

Rizzoli mafia antimafia

Si les meurtres d’Hélène Pastor et son chauffeur ressemblent autant à un polar, c’est entre autres grâce aux bons offices de personnages fort cinématographiques : les tueurs à gages.

Dès la semaine dernière, une « source proche de l’enquête » parle de « contrat ». Et lundi, parmi une vingtaine de personnes interpellées figurent « deux hommes d’origine comorienne », soupçonnés d’être les exécutants de ce pacte…  La suite

Mafias.fr à C’est dans l’air… la vidéo vient d’arriver

Le pape contre la mafia

Fabrice Rizzoli, Stéphane Quéré, Isabelle de Gaulmyn, Eva Morletto

Le pape François dans le collimateur de la criminalité organisée ? D’après un magistrat italien, ses condamnations de la corruption et son opération transparence à la banque du Vatican dérangeraient beaucoup la mafia, au point d’en faire une cible potentielle.

 

Itv JOL Presse : antimafia

Propos recueillis par Louise Michel D. pour JOL Press

Selon les chiffres d’un insitut statistique italien, la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, aurait engrangé 53 milliards de chiffres d’affaires sur l’année 2013: des entrées d’argent équivalentes à celles générés par la Deutsche Bank et McDonald’s réunis. Quelles sont les activités criminelles les plus fructueuses de cette puissante mafia? Quels sont les moyens développés par l’Italie pour la combattre? Explications de Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias, auteur du «Petit dictionnaire énervé de la mafia».

JOL Press : Selon les chiffres diffusé par institut, la‘Ndrangheta aurait engrangé 53 milliards de chiffres d’affaires sur l’année 2013. Quelles sont les activités criminelles les plus juteuses pour la mafia calabraise ?

Fabrice Rizzoli : La mafia calabraise engrange des milliards. Le trafic drogue est le premier facteur d’accumulation du capital : cela représente environ 40% des fonds engrangés par la mafia calabraise qui a fait du trafic de cocaïne sa spécialité. L’un des plus grands ports européens de transit de marchandises se trouve en Calabre : un atout majeur pour son trafic. Au-delà de la cocaïne, il y a des cultures de cannabis énormes en Calabre. Concernant les autres trafics, figurent la contrebande, le racket, et surtout les revenus de l’économie légale, puisque la mafia calabraise, comme la plupart des autres mafias blanchit son argent dans  l’économie légale, et gagne de l’argent. Rappelons que la mafia calabraise est aujourd’hui la plus puissante des quatre mafias italiennes : elle génère plus d’argent car elle a plus de membres et moins de collaborateurs de justice, ces  mafieux qui sortent du clan et qui témoignent devant la justice. Jusqu’en 1990, l’Etat italien a également concentré ses efforts sur la mafia sicilienne et moins sur la mafia calabraise.

JOL Press : En quoi la mafia calabraise freine-t-elle le développement économique de la région ?

Fabrice Rizzoli : Si l’on croit à l’économie de marché, et que l’on estime que l’un des points cardinaux de cette économie de marché repose sur la concurrence – qui permet de faire baisser les prix et de donner sa chance à tout le monde – on s’aperçoit que la mafia « tue » la concurrence. Un honnête entrepreneur qui veut créer un magasin de chaussures, n’a pas commencé à mettre la première pierre qu’il devra déjà verser de l’argent à la mafia. Les personnes ou entreprises qui refusent de payer, voient leur tracteur volé ou leur hangar brûlé. Ce climat-là ne peut pas être propice au développement économique de la région défavorisée.  Un énorme flux d’argent sale circule mais le niveau industriel et le niveau de service sont extrêmement faibles. L’état des routes est pitoyable, sans parler de celui des hôpitaux… Dans un pays riche –  cinquième puissance industrielle au monde et la troisième en Europe –  l’Italie du Sud affiche pourtant un développement extrêmement bas : la mafia y restreint les initiatives individuelles, freine l’esprit d’entreprendre, fait souffrir les entrepreneurs, et rend complice les comptables, les banquiers, les avocats…

JOL Press : Combien la mafia calabraise compte-t-elle aujourd’hui d’affiliés ? Est-il facile de l’infiltrer ?

Fabrice Rizzoli : Selon mes sources, la mafia calabraise regrouperait aujourd’hui 7500 affiliés. La mafia calabraise comporte une spécificité par rapport aux autres mafias : pour y entrer il faut avoir un lien de sang : il faut être fils de, frère de, ou marié à la fille ou encore à la soeur d’un mafieux.  Par les enfants communs, les sangs des deux familles –celle qui n’était pas de la mafia et celle qui en faisait partie – se mélange et on accepte la filiation.

Il faut savoir que l’on n’ « infiltre » pas les mafias. Il existe cependant des méthodes qui permettent de connaître la mafia : le témoignage de l’intérieur. Ceux qui ont une carrière professionnelle de mafieux pendant dix, quinze ans, sont protégés par la police, mais témoigner sur tous leurs avoirs, déclarer tous leurs biens, sinon ils perdent leur protection. Environ 3000 mafieux sont sortis du système depuis 1991 : ils témoignent à tous les procès, répondent aux journalistes et aux chercheurs. On connaît très bien le phénomène mafieux, mais un peu moins, la mafia calabraise, car nous avons moins de collaborateurs de justice.

JOL Press: Le Pape François s’est lancé dans une véritable lutte anti-mafia, en appelant à la mobilisation de la population. Comment l’Etat italien combat-il concrètement la mafia ?

Fabrice Rizzoli : L’Italie a les meilleurs outils juridiques au monde pour lutter contre la mafia, de telle sorte qu’une commission parlementaire européenne a travaillé pendant 18 mois et a demandé aux Etats membres de s’inspirer de l’Italie. On parle de la mafia italienne, mais on ne parle pas beaucoup des autres mafias en Europe. La mesure phare mise en place par le gouvernement italien vise à confisquer des biens et les redonner à la société civile. En Calabre, le terrain agricole d’un mafieux est ainsi transformé en une coopérative qui produit des olives. Il faut savoir que les mafieux préfèreraient être jetés en prison plutôt qu’on leur confisque leurs biens. Pour eux, la prison est une épreuve de virilité. « Quel homme d’honneur serais-je si je ne jamais fait un jour de prison ? » disent-ils. Ils détestent qu’on leur confisque leur bien, mais encore plus lorsque ceux-ci ont été transformés en associations, centres culturels, coopératives : car l’Etat arrive à montrer qu’il est plus fort que le pouvoir mafieux. La confiscation sans condamnation pénale du propriétaire est la clé de la lutte anti-mafia.

JOL Press: Les mafieux arrivent-ils vraiment à se repentir ou bien le risque de rechute est-il élevé ?

Fabrice Rizzoli : Il y a extrêmement peu de rechute en Italie, puisque c’est de l’ordre de 5%. Il arrive que certains mafieux craquent psychologiquement sur leur nouvelle vie - à force d’être isolés dans le nord de l’Italie, dans une petite commune, à gagner 1200 euros par mois alors qu’ils brassaient des centaines milliers – et qu’ils rechutent en faisant un trafic par exemple. Mais lorsqu’un mafieux a quitté son clan, témoigné contre lui, c’est extrêmement dangereux pour lui de retourner dans sa ville d’origine de tenter de reprendre le pouvoir mafieux. Certains l’ont payé de leur vie.

JOL Press: Comment expliquer l’implantation de la mafia italienne en France : est-ce juste un lieu de repli ou est-ce également un lieu de blanchiment ?

Fabrice Rizzoli : La France est effectivement un lieu de refuge pour la mafia italienne. Dans les années 80, lorsqu’il y avait des guerres de mafias calabraises qui ont fait des milliers de morts, des mafieux venaient se réfugier en France pour ne pas être assassinés, ni se faire arrêter par la police italienne. Ils profitaient ainsi de la diaspora puisqu’il y a une très grande communauté calabraise sur la Côte d’Azur. Ils peuvent faire du trafic : l’année dernière, un laboratoire de cocaïne a par exemple été démantelé sur les hauteurs de Nice. Les mafieux italo-français ont donc le monopole de l’approvisionnement de la cocaïne sur la Côte d’Azur et dealent avec les cités françaises. La France est également une terre de blanchiment.


Mafias italiennes et grandes surfaces… par fabricerizzoli

Propos recueillis par Louise Michel D. pour JOL Press

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Fabrice Rizzoli est docteur en science politique, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias. Il a été secrétaire général de l’Observatoire géopolitique des criminalités de 2008 à 2012 et est responsable du bureau FLARE Network France. Il intervient régulièrement comme conférencier sur ces thèmes et a écrit Le petit dictionnaire énervé de la mafia, Les Editions de l’Opportun, 2012.

23 mai 1992 : la mafia tue Giovanni Falcone

Giovanni Falcone mafiaJe crois que c’était un vendredi… Le 23 mai 1992 à 17h, Cosa nostra fait assassiner le magistrat Giovanni Falcone (10 ans aprés Carlo Alberto Dalla Chiesa . Les soldats de Salvatore Riina, le chef de la mafia sicilienne de l’époque, ont utilisé des planches à roulettes pour disposer 500 kilos d’explosifs dans un tunnel creusé sous l’autoroute (cf. Leçon de communication mafieuse par Toto Riina .
Sans Giovanni Falcone, il n’y aurait pas eu de maxiprocès en 1986. La mafia sicilienne serait peut-être encore une organisation mystérieuse. Giovanni Falcone a donc été puni pour avoir révélé les arcanes de Cosa nostra. De nombreux spécialistes continuent de penser que Zu Toto Riina (oncle Toto) n’a pas agi seul (cf. Italie, l’omertà d’État au secours de Cosa Nostra). Il y aurait donc des commanditaires externes à la mafia. Mais qui a eu intérêt à détruire la mémoire de l‘Antimafia, sinon les complices de la mafia (cf. Les derniers mots de Falcone et Borsellino)
Vous pouvez voir un trés bon documentaire en français qui explique le maxi-procés et l’importance de la décision su 31 janvier 1922 de la Cour de cassation qui a fait l’objet d’une thèse (cf. Mafias italiennes et relations internationales et d’articles (cf. Le terrorisme mafieux dans la crise du système politique italien et 12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993
Tous les mots en gras sont dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia en vente sur Amazon.

Rap Antimafia

Mafias.fr récidive sur Radio Canada

mafia rizzoli antimafiaRadio Canada interroge Mafias.fr sur les actions antimafias du nouveau pape. (cf. Radio Canada s’intéresse à l’Antimafia, Mafias.fr sur Radio Canada )

Le 13 mars, le pape François célébrait son premier anniversaire de pontificat. Ce pape qui ne semble rien faire comme les autres pourrait devenir un joueur majeur dans la lutte antimafia. Le politologue Fabrice Rizzoli, l’un des plus grands spécialistes de la criminalité et représentant en France l’ONG Flare, porte un regard historique et politique sur les relations entre le Vatican et la mafia.  

D’abord faire le ménage dans ses propres rangs : le pape François participe activement à la lutte antimafia d’une part en imposant une transparence aux institutions financières du Vatican, et d’autre part en se rapprochant des prêtres qui luttent contre le consensus social qu’exercent les mafieux sur le territoire.
AUDIO FIL : Entrevue avec Fabrice Rizzoli : Le pape François et la mafia 

Revoir une partie de l’émission « C dans l’air sur le sujet » :

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