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Les narco-comptoirs des mafias italiennes en Amérique latine

Les narco-comptoirs des mafias italiennes en Amérique latine

Quelques éléments historiques de géopolitique

Par Fabrice Rizzoli

Les acteurs criminalisés qui  prospèrent  dans certains territoires précis dérogent totalement aux règles du système légal. Pour contrôler le secteur concerné, ils imposent mêmes leurs règles à la collectivité.

Cependant leurs réseaux et les flux de diverses natures qu’ils véhiculent s’articulent, et sont relayés, bien au-delà des frontières de ces espaces de non-droit, capables même de se projeter et d’opérer à l’échelle transnationale. C’est ce qu’illustre l’article de Fabrice Rizzoli sur les « narco- comptoirs » latino-américains des mafias italiennes.

La série de visuels de cette enquête principalement historique met en évidence la persistance dans le temps entre organisations mafieuses des deux côtés de l’Atlantique, et l’étendue des liens tissés depuis des dizaines d’années. Cliquez : Revue OGC

Naples : les boss de la Camorra acclamé

Mafias.fr publishing adore les « récidivistes »

Guillaume Origoni remet ça (cf « La plage »)

L’article ci-dessous est une traduction/résumé du compte rendu de cette fête locale, paru dans « Il fatto quotidiano ». Mafias.fr a jugé bon de vous le faire partager car il illustre parfaitement le contrôle mafieux du territoire.

Fête des « Gigli »(Lys) dans le quartier Barra : les boss de la criminalité organisée arrivent à bord d’une Excalibur blanche dans une marée de ballons, de musique (the godfather version jazzy) et d’applaudissements. Par la suite les parrains invitent à une minute de silence pour « nos morts ». Les festivités se termineront par la bénédiction du prêtre (cf.Eglise et mafia)

C’est à 11 heures du matin que commence cette mémorable journée. La foule bat la mesure sur la musique du chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola qui relate la saga des Corléonais. La marée humaine se fend au passage de l’Excalibur blanche sur laquelle se déplacent les parrains. Liesse et applaudissements, calicots dégringolant des fenêtres, lâchés de ballons bleus et rouges. Nombreux sont ceux qui immortalisent le moment grâce aux Smartphones dernière génération. Les deux parrains descendent de l’auto et saluent les organisateurs des festivités qui appartiennent à la même famille. Une poignée de main, un baiser sur la bouche, l’aspect théâtral de la scène peut faire penser à un film hollywoodien, alors que c’est la réalité dans sa forme la plus crue.

Tout ceci a bien eu lieu le dimanche 18 septembre à Naples au cours de la cérémonie d’ouverture de l’une des fêtes les plus populaires et les plus anciennes : la fête des « Gigli » de Barra dans la zone orientale de la ville. L’Espresso, avait fait état il y a un an, du pacte passé, toujours au cour de cette fête de quartier, entre le clan de Rione et les sécessionnistes sanguinaires de Secondigliano, entre Angelo Cuccaro et Arcangelo Abete. La direction du District Antimafia de Naples a lancé une enquête, mais rien n’a vraiment changé. Bien au contraire. Le symbole est fort et marque la prédominance du « Capo » et de ses hommes sur le territoire (…)

A Barra, la fête a duré jusqu’au cœur de la nuit. Personne n’oublia cependant « la minute de silence pour l’honneur de nos morts ». Peu après retentirent les notes d’une chanson qui ratifia le pacte de sang scellé entre Angelo Cuccaro et Andrea Andolfi, autre boss de la zone. Le titre est éloquent « Tu es grand » et laisse peu de place aux doutes « Je fus grand et maintenant je suis encore plus grand… »

Ainsi, une fête destinée avant tout au divertissement devient un vecteur de communication mafieuse, un message lancé aux rivaux. Pas de pizzini ( NDLR : messages écrits ou dactylographiés sur papier et pliés de façon à attirer le moins d’attention possible.Il capo di tutti i Capi Bernardo Provenzano communiqua de cette façon avec son entourage au cours de ses décennies de cavale cf.L’arrestation du chef de la mafia : une victoire à point nommé), tout se déroule à la lumière du jour. Le Boss prétend à ce qu’il y a de mieux : les hommes les plus forts, les meilleurs musiciens, la fête doit être la manifestation esthétique de sa domination totale du territoire. Car c’est lui, et lui seulement, qui a la possibilité matérielle d’apporter travail et bien-être, mais aussi de semer la mort et la désolation. Il peut doser les joies et les douleurs, autoriser ou interdire la fête à la manière d’un empereur. Tout le monde sait cela, et tout le monde sait aussi qu’aucun des prêtres du quartier ne s’est soustrait à la bénédiction de l’obélisque du clan sur la place principale. Voilà ce qu’il est possible de voir en pleine journée à Naples sans que personne ne juge nécessaire de devoir intervenir.
La vidéo :

« La plage » : un film de Guillaume Origoni avec Antonino Agostino…

… Emanuele Piazza, Giovanni Falcone, Toto Riina… ect

Le 5 août 1989, la mafia assassinait le policier Antonino Agostino mais ce crime est toujours frappé du sceau de l’impunité. La famille demande justice et nous lui dédions ce billet. En effet, la maison d’édition mafias.fr remet le couvert avec un article de Guillaume Orgoni qui traite de l’attentat manqué , en 1989, contre le juge  Giovanni Falcone et donc de l’assassinat de ce policier et de son collègue.

  • Guillaume Origoni, d’origine italienne (nul n’est parfait :) ) et diplômé de sciences politiques, a travaillé en Sicile et en Calabre. Il s’interesse à la stratégie de la tension et  aux années de plombs et, dans le cadre de ses recherches, il lui arrive donc de rencontrer un autre sujet : la mafia.

En ce 11 juin 1989 sur une « plage » de Palerme, Giovanni Falcone en discussion avec des magistrats suisses fait l’objet d’un attentat à la dynamite qui n’explose pas. S’agit-t-il d’un avertissment ou d’un « raté ». Les magistrats suisses sont-ils visés? En effet, dans les banques hélvétiques il n’y a pas que l’argent des mafieux… D’aprés l’auteur, les services de renseignement italien ne sont pas loins de la scène ; ce qui  aliment une thèse, celle d’un rapport entre Mafias italiennes et relations internationales, et du rôle du terrorisme mafieux dans la crise du système politique italie (cf.12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993).

Bonne lecture :-)

 

 

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2011, toujours la crise des déchets à Naples : le dossier

Les Napolitains pas si fous, vient d’élire Luigi de Magistris ancien magistrat, à la tête de la mairie. Ils savent que les promesses de Berlusconi en 2008 n’étaient des « balle » (cf.Berlusconi : lapsus contre référundum). Ils croulent toujours sous les déchets. Voici, le résumé en français d’un dossier écrit par Céline Torrisi (cf. Mafias : ancrage local, pouvoir transnational)

La crise des déchets à Naples.

Le Cavaliere et « l’emergenza rifiuti » : analyse du travail de légitimation et de résolution des conflits.

Qui ne se rappelle pas des images diffusées par les médias du monde entier montrant Naples et sa Région enfouies sous des tonnes de déchets? Nous sommes en 2007-2008 sous prétexte d’une grève des éboueurs les ordures s’empilent dans les rues de Naples et de la Campanie. L’incompréhension gagne les esprits des européens qui se demandent comment une des plus grandes métropoles européennes peut se retrouver dans une telle situation.
Une nouvelle fois la crise des déchets touche Naples. Cette situation n’est pas nouvelle puisque la situation d’urgence est déclarée depuis 1994! 1994? (cf. 12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993). N’est-ce pas la période à laquelle M. Berlusconi entre en politique? (cf. Biographie Berlusconi). Ainsi, comme Silvio Berlusconi, cette crise apparait comme un leitmotiv dans l’histoire récente de l’Italie. En jetant un rapide regard sur la carrière politique du Cavaliere et sur l’histoire de la crise, on pourrait presque affirmer que Silvio et la « Crisi dei rifiuti »1 sont deux « compagnons de route ». C’est en remportant les élections législatives du 27 mars 1994 que Silvio Berlusconi apparaît véritablement sur la scène politique italienne. C’est la « la discesa in campo », « la descente ». Un mois plus tôt, la même année, est déclaré l’état d’urgence pour la ville de Naples qui ne parvient plus à évacuer ses déchets. Certes le premier gouvernement Berlusconi tombe en janvier 1995 et résoudre la crise en un an est chose particulièrement difficile. En juin 2001 le Cavaliere reconquit le pouvoir. C’est le gouvernement « Berlusconi bis », connu en Italie pour avoir été le plus long gouvernement de l’après-guerre. Le Président du Conseil se trouve une fois de plus confronté à la « crisi dei rifiuti » de Naples. En effet, au début de l’année 2001, on assiste de nouveau à une lourde crise à Naples. Pour y faire face, on procède à la réouverture des décharges de Serre et de Castelvolturno, et on envoie des milliers de tonnes de déchets vers d’autres régions italiennes, telles que la Toscane, l’Emilie-Romagne, ou à l’étranger vers des pays comme l’Allemagne. Au cours des deux années successives, 2002 et 2003, entrent en fonction sept appareils de production de combustibles dérivés des déchets. Cependant ces mesures sont largement insuffisantes et la Campanie ne parvient pas à traiter de manière efficace les milliers de tonnes annuels de déchets. En 2006 le gouvernement « Berlusconi bis » tombe et Naples est toujours en état d’urgence. En 2007 la crise connaît un nouveau pic. Le gouvernement Prodi est contraint à intervenir sans plus attendre. Il définit alors de nouveaux sites destinés à accueillir des décharges et propose comme solution la régionalisation du traitement des déchets. Cependant le 6 février 2008, le gouvernement tombe pour la deuxième fois en 650 jours alors même que la situation à Naples tend à s’accentuer. Comme chacun le sait, les élections des 13 et 14 avril 2008 portent au pouvoir Silvio Berlusconi. Une fois n’est pas coutume, le Cavaliere entame son troisième mandat avec pour fidèle « compagnon » la crisi dei rifiuti di Napoli. Si nous avons retracé très brièvement le parcours politique de Silvio Berlusconi c’est pour souligner le fait que, la crise existe à Naples depuis que Berlusconi existe sur la scène politique italienne. Bien évidemment ceci est une simple observation vide de tout lien de causalité.
C’est donc ce constat qui nous a conduits à orienter notre analyse de la crise des déchets à Naples, non sur la crise en soi mais bien sur l’existence d’un lien entre la crise et le retour du Cavaliere. Il s’agit alors de nous pencher de plus près sur la nature même du lien que l’on suppose exister entre le nouvel épisode de la crise des déchets à Naples et le retour de Silvio Berlusconi sur la scène politique italienne. Dans quelle mesure peut-on dire que, dans le contexte électoral de 2008, la crise des déchets à Naples a servi le travail de légitimation du Cavaliere, à la fois dans sa conquête du pouvoir et dans ses prises de décision?
Le travail de légitimation pré-électoral s’est effectué par une véritable instrumentalisation de la crise des déchets (I), qui a été définie comme un enjeu électoral (Section 1) autour duquel S. Berlusconi a construit son discours et son programme politique ( §1) et grâce auquel il a su réaffirmer et reconstruire sa position de leadership (§2).
Cependant une fois l’élection remportée, le travail de légitimation s’est révélé être d’un tout autre aspect. C’est autour de la capacité à résoudre la crise qu’il devait se réaliser. La résolution de la crise se présentait alors comment un enjeu à la fois national et local (Section 2). Malgré des décisions effectives mais hautement symboliques (§1), le Cavaliere a finalement été contraint de suivre le chemin tracé par son prédécesseur (la notion de path dependancy) (§2). On peut expliquer ceci en partie par l’analyse du rôle des mouvements sociaux. Ainsi,l’épisode 2008 de la crise des déchets à Naples illustre bien l’idée selon laquelle une légitimité obtenue par le vote n’induit pas forcément une légitimité dans l’action (II). Les mouvements sociaux se sont ainsi posés en frein au travail de légitimation du Cavaliere (Section1). Malgré une mobilisation immédiate (§1) des faiblesses propre à la nature de ces mouvements viennent en limiter la portée de l’action (§2). On est alors amené à s’interroger sur la pertinence, voir sur l’existence effective d’une société civile napolitaine/italienne (Section 2). On observe alors que la crise des déchets « version 2008 » ne serait autre que « l’explication globale d’une réalité » (§1) où l’intérêt général n’existe plus que dans de lointains écrits et où guette la menace du triomphe de la microsociété que constitue la mafia (§2).

Le dossier :

Expo Camorra : « voci dentro »

Expo photos et débat avec l’auteur

Semaine italienne – mardi 21 juin – 18H – mairie du 13ème

noir et blanc, carabinier au prmier plan avec mitraillette et jeune derrièreLa settimana italiana ospita la mostra “Camorra. Le voci dentro” del fotografo napoletano Stefano Renna. Questo reporter, titolare dell’agenzia AGN Foto ha lavorato a lungo negli ambienti della camorra catturando momenti significativi della lotta a questo male che attanaglia il nostro paese e dilaga anche all’estero. Ne è scaturita una mostra multimediale composta da poesie, immagini, un video e un libro. Tutto questo dovrebbe e vorrebbe servire per far conoscere le persone più che i fatti perché “i fatti sono conseguenza di un modo di pensare e di essere ancora lontano dalla realtà condivisa. – spiega l’autore – Se non conosceremo meglio queste persone, la loro realtà e il loro modo di pensare, non potremo mai venire a capo di questi problemi”…. la suite

TPE : le premier magazine économique sur la mafia

Dans le cadre d’un TPE, 2 brillantes étudiantes de première au lycée Marie Laurencin de Mennecy (91) ont élaboré un journal économique sur le phénomène mafieux ; très réussi!
Non?
Le pdf du journal :

Violence programmée chez La Cosa Nostra

Mafias.fr, le site, open source et gratuit, d’information sur les mafias n’en finit pas de publier :-)

L’auteur du texte La Cosa Nostra se porte bien remet le couvert et c’est toujours aussi réussi. Avec un soucis du détail qui nous plonge dans l’univers des mafieux italo-américains, Antoine Diaz enrichit la pauvre prodution de ce site en matière de mafia itlalo-américaine ; un seul article (cf. Un boss de La Cosa Nostra se livre au FBI).

Il faut dire qu’avec 4 mafias en Italie, il y a déjà faire… mais surtout, il est difficile de « maîtriser » une mafia quand on ne lit pas avec aisance les sources dans la langue du pays d’origine. Ici, le texte transpire le terrain racconté par des acteurs américains. J’adore apprendre que le mafieux de la rue est nommé « chat de goutière ». Enfin, l’auteur du texte a toujours ce petit regard moral qui me sied (cf. Mafia et différences) mais il ne conditione pas l’analyse comme en témoigne l’élaboration d’une typologie de la violence mafieuse outre-atlantique (photo en hommage au film Donnie Brasco)

Click and enjoy :

Mafias : ancrage local, pouvoir transnational

Mafias.fr devient une bibliothèque universitaire :-)

L’étude du phénomène mafieux amène à penser les notions de territoire et d’expansion. On constate souvent qu’une mafia ne peut se démunir du contrôle d’un territoire donné (cf. ‘Ndrines, armes et contrôle du territoire) mais tire aussi profit de la mondialisation  (cf. Vengeance transversale ou conséquence de la mondialisation?) au point  d’être une force transnationales (cf. ‘Ndrines transnationales).

Nous publions ici un mémoire universitaire (résumé et texte intégral en PDF) qui traite de cette dualité. Il est écrit par Céline Torrisi, diplômé de l’IEP de Grenoble et actuellement en master 2 recherche « Administration, Droit et Développement Territorial »  à la faculté de droit de Grenoble. Celine Torrisi prépare un doctorat (quelle idée! cf. Mafias italiennes et relations internationales) en co-tutelle avec l’université Federico II de Naples sur un des deux thèmes suivants: « Etat, mafia et territoire: la structuration territoriale de l’Etat à l’épreuve du crime organisé, l’exemple de l’Italie » ou sur « le phénomène des infiltrations mafieuses au sein des administrations locales. » Sur le plus long terme, Céline pourrait préparer les concours de la magistrature en Italie (elle doit être subversive puisque d’après le président du Conseil, les magistrats sont dans la logique du coup d’état). Celine  Torrisi est retournée vivre en Italie depuis 4 ans, ( aucun avenir pour elle donc :-) ), ce qui n’a fait que confirmer sa passion pour la vie politico-institutionnelle de ce pays (irrécupérable!).

Résumé :

paridis fiscaux carteDepuis le 11 septembre 2001, les démocraties occidentales n’ont de cesse de focaliser leur attention sur un élément qu’elles considèrent comme leur plus grande menace : le terrorisme. De cette façon elles semblent laisser de côté un autre danger : la criminalité organisée. Le choix des mots n’est pas anodin. L’effet que l’on désire susciter est altéré selon que l’on parle de criminalité organisée ou de mafia. En effet parler de la criminalité organisée confère davantage de pesanteur au discours et peut être davantage de crédit. Cependant parler de la mafia fait souvent sourire, ou suscite une certaine fascination chez les individus. Pourtant ces deux expressions désignent un même phénomène, bien plus redoutable qu’on ne se l’imagine et ce pour plusieurs raisons. D’une part parce que la mafia n’apparaît que comme un mythe pour la grande majorité des individus. D’autre part parce que la lutte contre la criminalité organisée est devenue un objectif secondaire tant au sein des Etats occidentaux qu’au sein des organisations internationales. Enfin parce que contrairement à ce qu’on pourrait nous laisser croire les mafias ont su parfaitement s’adapter au processus de la mondialisation. Ce dernier a même accentué le danger qu’elles représentent. Si la criminalité organisée n’a jamais été un phénomène purement et uniquement sicilien, il n’empêche que le processus de mondialisation, compris comme un processus neutre de diffusion de certaines normes traduites au niveau local par l‘ Etat, a largement favorisé la criminalité organisée lorsqu’il ne l’a pas renforcé. La facilitation des communications et des déplacements, la déréglementation de l’économie, la création d’un espace mondial ouvert ont eu des conséquences néfastes dont le renforcement et l’expansion des mafias.
Affirmer que le processus de mondialisation a eu des effets négatifs ne doit pas être interprété comme relevant d’un dialogue altermondialiste. Notre but n’est pas d’expliquer exhaustivement le processus de mondialisation de la criminalité organisée mais d’essayer de voir en quoi la mondialisation a fait des mafias des puissances capables de contrôler un territoire local tout en rayonnant sur la scène de l’illégalité transnationale. Ainsi nous partirons d’un constat : la criminalité organisée est aujourd’hui un phénomène transnational. Mais les mafias présentent une caractéristique particulière : pour exister elles ont besoin d’un ancrage local sans lequel elles sont comme la pieuvre sans la tête, vide de toute capacité d’action. Ce n’est que par souci d’étendre leur puissance qu’elles se sont mondialisées. On se demandera alors comment il est possible qu’une organisation transnationale, illégale, menace d’envergure pour les démocraties les plus solides, organisation à l’origine de nombreux détournements de fond, de catastrophe sanitaire telle la crise des déchets à Naples, retienne si peu l’attention des organisations internationales, des Etats, et des individus ? Selon nous, les mafias sont aujourd’hui des réalités qui ont su tirer profit de la mondialisation mais dont la nature réelle est voilée par la persistance d’un mythe au sein de l’imaginaire collectif. Aussi nous semble-t-il que les mafias opèrent un va et vient constant entre mondialisation et ancrage territorial. Or les Etats et les organisations internationales sont impuissants face à au nouveau visage de la
criminalité organisée.
En s’appuyant sur l’exemple de la crise des déchets à Naples, symbole de la puissance de la Camorra et de la faiblesse de l’Etat italien on s’attachera à démontrer que la mondialisation permet à la mafia de s’ériger en puissance transnationale en intégrant illégalement l’activité légale(I). Mais elle lui permet également de renforcer sa territorialisation par le contournement discret des normes internationales et nationales (II). Ce contournement est d’autant plus dangereux que les Etats et les individus ne semblent s’attacher qu’aux phénomènes visibles et exceptionnels et non aux phénomènes invisibles et constants comme la criminalité organisée (III).

Le mémoire :

 

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