Articles avec le tag ‘Cosa nostra’
Cosca del sol 2. Espagne : lieu de repli
La « cosca » est le nom donné à une famille mafieuse sicilienne. (voir DICO). Le mot cosca est souvent utilisé par extension pour désigner les familles mafieuses calabraises et napolitaines. Une nouvelle cosca est née en Espagne : Cosca del Sole
Le 18 avril 2011, les carabiniers de la cellule investigation de Trapani, après un an d’enquête, ont arrêté prés de Barcellone, le latitante (voir (voir DICO).) Claudio Giusto, originaire d’Alcamo et membre de Cosa nostra sicilienne : mafia la mieux connue et la plus étudiée. Ce boss doit purger une peine de 28 ans de prison pour avoir assassiner en 1988 Giuseppe Maggaddino, boss de la célèbre famille de Castellammare del Golfo du mandamento d’Alcamo, La famille Maggaddino est trés liée à des familles de La Cosa Nostra américaine en particulier les “Bonanno Bonventre” de New York (voir DICO). Le père Giuseppe, Gaspare Maggaddino était le lien entre les deux Cosa nostra, avait déjà été assassiné à Brooklyn en 1970. Les carabiniers sont arrivés au bout d’une longue filature concernant une personne proche du boss. La filature a débuté en Sicile, est passée par la France… pour arriver en Espagne. La coopération joué à plein tube dans cette arrestation : Interpol, la police française, le mandat européen.
Séminaire de recherche : l’Italie et l’Europe
Groupe de recherche sur l’Italie contemporaine (GRIC)
Marc Lazar, Professeur d’ Histoire et de sociologie politique à SciencesPo
Marie-Anne Matard-Bonucci, Professeur d’Histoire à Grenoble, CRHIPA et Centre d’histoire SciencesPo
Dominique Rivière, Professeur de Géographie à Paris Diderot (UMR, Géographie-Cités)
Jeudi 16 février 18h à 20h
La mémoire du juge Falcone dans la lutte contre la mafia
Intervenante : Charlotte Moge (Université de Grenoble)
Centre d’Histoire de Sciences-Po
Sujet de thèse de la discutante:
La construction d’une mémoire publique de la lutte contre la mafia de 1982 à 2002 autour d’un martyrologe : Pio La Torre, Carlo Alberto Dalla Chiesa, Giovanni Falcone e Paolo Bordellino. Entrer la fin des années 1970 et le début des années 1980, la mafia sicilienne voit sa puissance financière s’accroître énormément grâce au trafic de drogue. Dans ce contexte, le clan des Corléonais provoqua la deuxième guerre de mafia visant à redéfinir les équilibres internes. Cosa nostra décide également de déclarer la guerre à l’Etat en s’attaquant à des figures essentielles de l’antimafia : policiers, juges, hommes politiques…. L’année 1982 constitue le pic de cette crise de violence mafieuse : l’assassinat de Pio Latorre et du général Dalla Chiesa.
Une partie de la société exprime son rejet des institutions et provoque la naissance d’une conscience civile et républicaine. Ce nouveau souffle antimafia se répercute au niveau judiciaire, les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino sont les symboles de la première offensive qui se solde par la première victoire pénale contre la mafia.. Mais en 1992 les deux juges sont assassinés. Les protestations sont nombreuses et par conséquent le mouvement antimafia connaît un grand essor.
Cependant l’antimafia est encore un secteur inexploré par les historiens et les chercheurs en sciences sociales. Ce sujet de thèse se situe à la croisée de trois chantiers historiographiques : l’histoire de Mezzogiorno, l’histoire de la violence politique et sociale et l’histoire de la construction d’une ou de plusieurs mémoire(s) nationale(s) de l’Italie républicaine.
« Bourgeoisie mafieuse » : définition
Les mafieux (appartenant à l’organisation par affiliation) ne sont rien sans leurs complices. Le pouvoir de la mafia réside dans ce corps social composé de mafieux et de complices. Umberto Santino du Centre Impastato parle depuis le début des années 70 de « bourgeoisie mafieuse », seul concept capable d’expliquer la pérennité du phénomène mafieux, définition :
« Le système relationnel mafieux est composé de rapports de parenté, d’amitié, d’intérêt, de contiguïté et de complicité. Ce réseau s’affirme dans des conditions de développement comme de sous-développement économique. Ces relations composent un corps social hiérarchiquement organisé. Les catégories sociales les plus pauvres représentent le bassin de recrutement de la main-d’œuvre pour les mafias. Les sommets de l’organisation mafieuse sont capables de sceller un pacte scélérat avec les plus hautes sphères du pouvoir politique et économique, la haute société».
Le tout forme un corps social, un club « privé », que le sociologue Umberto Santino qualifie de « bourgeoisie mafieuse » in Dalla mafia alle mafie. Scienze sociali e crimine organizzato, Rubbettino, Soveria Mannelli 2006.
Pour plus d’information en français Umberto Santino
Dans la vidéo en français, le collaborateur de justice (appelé à tort « repenti ») utilise aussi ce concept
Terre brûlée autour du boss Matteo Messina Denaro
« tu vois, depuis deux ans qu’il est maire combien on a économisé? Aprés les élections, il [le maire nda] m’a dit : chère madame, tant que vous allez voir l’oncle Nunzio [le boss incacéré dans le Nord de l'Italie nda], vous ne payez plus les billets. Je lui téléphone, je commande les billets et je passe les prendre ». La femme du boss au téléphone avec son mari en prison
Le 16 décembre 2011, les magistrats antimafias siciliens ont arrêté 11 personnes dont le capo famiglia de Campobello di Mazarà Leonardo Bonafede et Filippo Greco, un entrepreneur installé Gallarate dans la province de Varese (dans le Nord) considéré comme le financier de la cosca (famille mafieuse sicilienne).
Plus énervant, la magistrature a aussi arrêté le maire de centre gauche dont les écoutes téléphoniques révèlent de manière évidente la complicité envers la famille mafieuse de la zone. Les magistrats considèrent le premier des élus comme « l’expression politique locale de la coterie mafieuse« ! Ciro Caravà est un digne représentant du « ransformisme » typiquement sicilien. Ancien communiste, il passe au Parti socialiste trés affairiste puis à Forza Italia le parti de Marcello Dell ‘Utri, bras droit du président du Conseil condamné en appel, avant de rejoindre le Parti Démocrate de gauche).
Plus intéressant, Ciro Caravà mène une politique de duplicité. D’un côté, il se porte partie civile pendant les procès de mafia ou bien il inaugure des restitutions à la société de biens confisqués aux mfieux. (cf. L’arme qui peut tuer la mafia : la réutilisation des biens confisqués). De l’autre, il fournit les appels d’offre aux entreprises du clan. Pus mesquin, il offrait des billets d’avions pour que les proches du chef mafieux puissent visiter ce dernier incarcéré dans le Nord de l’Italie. Enfin, un messager du boss fait référence à cette duplicité somme tout bien jouée et classique (le président de la région Sicile disait que la mafia le dégoutait mais Vasa Vasa est en prison). Dans une écoute, le soldat dit au chef : « Je lui ai apporté un sac de voix. L’autre soir à la télé, je l’ai entendu le maire. Minchia, si je le connaissais pas… »
Tout cela se passe dans la région de Matteo Messina Denaro qui n’a plus trés longtemps à tenir face aux Catturandi (reportage). Le cercle se ressère autour de Matteo Messina Denaro mais cela fait un an que je le dis… je commence sérieusement à me tromper
Contre la violence programmée : la collaboration de Monica
Spéciale dédicace aux femmes (cf. Pas de femme, pas de mafia), en particulier aux Monica …
Monica Vitale, femme de l’homme d’honneur Gaspare Parisi du quartier de Borgo Vecchio de Palerme (carte à gauche), prélevait le pizzo pour le mandamento de Porta Nuova (cf. Sicile 2 : « Discipliner le territoire »).
Mais la machine mafieuse se grippe. Les capi-decine (chef de groupe de soldats) accusent Monica de ne pas avoir rapporté l’intégralité des sommes provenant du racket à l’échelle du canton mafieux (mandamento). Elle est sommée de rendre de l’argent. Elle peut devenir à tout moment un cadavre ambulant.. Elle le sait… La violence programmée est là, à chaque coin de rue. Elle la sent qui rode. Contrairement à une idée reçue, la mafia n’hésite pas à tuer les femmes (cf. Quitter le programme de protection : mauvaise idée!). La grande faucheuse rationnelle de la mafia se balade dans son quatrier. Sa vie dépend désormais des arbitrages que feront les chefs dans son dos.
Peut-être accusée à tort et face au risque élevé de mort, elle se rend chez les carabiniers en remplissant des dizaine de procès verbaux (cf. Histoires de femmes dans la mafia). Elle fait la lumière sur le monde clandestin de Cosa nostra (cf.Journée de la femme 2011 : le courage de collaborer avec la justice). Ici, sur la mort de l’avocat pénaliste ancien député d’extrême-droite Enzo Fragala, battu à mort le 23 février 2010 à la sortie de son cabinet dans le quartier Kalsa du Palais de justice (carte à droite)
. Grâce à Monica, on apprend Il s’agirait en fait d’un avertissement qui aurait mal tourné. L’avocat aurait manqué de respect à la femme d’un boss incarcéré et ce dernier, depuis la prison, aurait organisé ce pestaggio qui à la base ne devait être qu’une leçon.
Ce qui est drôle c’est que les journalistes passent d’une piste mafieuse (l’avocat en savait trop) à une piste « passionnelle » (La Repubbica). Le fait qu’un boss corrige un avocat pour manque de respect envers sa femme serait un mobile passionnel ! Il n’est n’est rien. Il s’agit de l’application de la violence programmée dans son expression la plus classique : le contrôle du territoire. Selon une typologie d’Umberto Santino, la mafia utilise, entre autre, la violence sytsémique pour défendre son ordre social animé par l’honneur et la vengeance. Que resterai-il du pouvoir d’un chef mafieux qui n’aurait pas vengé l’affront fait à son épouse?
Par ailleurs, le cabinet de l’avocat se situant dans un autre territoire que celui du mafieux concerné, le demande de passage à tabac a suivi la voie hiérarchique. Le mafieux déshonoré par l’avocat s’est plaint au capomandamento de Porta Nuova (carte à gauche), Tommaso Di Giovanni et l’a convaincu de procéder à l’application de la violence programmée. Seulement après accord du mandamento, les soldats ont donné une leçon à l’avocat.
Rien de passionnel ! Que du rationnel!
Notons que le boss Lo Presti (voulant remplacer le big boss Lo Piccolo après son arrestation en 2007), arrêté en 2008 et suicidé en prison (cf. Opération Persée, le dieu qui décapita la méduse… ), avait conseillé à Monica de quitter l’univers mafieux : « un milieux pas fait pour les femmes » cit.
Conclusion, on ne quitte la mafia vivant que d’une manière : en collaborant avec la justice (cf. (cf. MafiaS et trahisonS au regard des sciences sociales).
Arrestation mafieuse : la force tranquille
Le 26 octobre, la police transalpine procède à l’arrestion de Giovanni Arena, 56 ans le boss de la cosca Santapaola de Catania aprés 18 ans de cavale. Accusé d’association mafieuse, trafic de stupéfiants et détention d’armes, le capo cosca a déjà été condamné par contumace en mai 2003 pour le meurtre du boss du clan rival. Arena est également soupçonné de l’incendie ayant touché le siège local des magasins Standa (appartenant alors à Silvio Berlusconi) le 18 janvier 1990, le jour même de l’arrivée à Catane de la Commission parlementaire antimafia. Figurant dans la liste des 30 latitanti les plus recherchés, il a été arrêté dans un appartement du quartier Librino de Catane. Cela permet de contrôler le territoire et d’assurer sa cavale ; la latitanza étant utilisée par les mafieux comme une écharde dans l’état de droit (cf. Catturandi contre latitanza : état de droit contre impunité ). On notera son attitude devant les caméras, calme et souriant : la force tranquille. Les affaires contrinuent (cf. Le mafieux, ce grand communicant).
Conférence : Sicile, mafia et antimafia en miroir

Le Télégramme du 27 octobre : cliquez
« Le comité de jumelage Plougastel-Ciminna a proposé une conférence «Un autre regard sur la Sicile», vendredi, à l’espace Avel-Vor. «Je veux aider à faire évoluer les mentalités. Je veux casser l’image des Siciliens, tous mafieux», explique le président du comité, Antonio Ciminna.
Le point sur la Cosa Nostra
«Les choses changent aujourd’hui dans le bon sens et notamment chez les jeunes, qui en ont ras-le-bol». Véritable référence en matière de crimes organisés, Fabrice Rizzoli a détaillé, point par point, les différents rouages d’une mécanique mafieuse bien huilée. Grâce à de nombreux documents, il a expliqué au public captivé les implications de la Cosa Nostra dans les différentes strates de la société jusqu’aux plus hautes instances politiques. Le docteur en science politique a aussi mis en avant les procès et les jugements qui montrent que la situation bouge dans le bon sens. 
«Sentiment de rejet»
Selon le président du comité de jumelage, «l’omertà n’a plus d’existence. C’est la mort du juge Falcone, engagé dans la lutte anti-mafia et assassiné en 1992, qui a déclenché ce sentiment de rejet». Le comité de jumelage propose deux autres rendez-vous. Le19novembre, une soirée photo retracera le déplacement deplusieurs Plougastel en Sicile au printemps. Pour les nostalgiques, le célèbre film «Le guépard», de Luchino Visconti, sera projeté à la fin de cette année. La date reste encore à confirmer. »
Ps : notez que le journaliste du Télégramme n’a pu s’empêcher de prendre comme fond de photo le slide avec le Parrain… il y avait une trentaine de slide… les représentations ont la vie dure même quand on les démonte
Violence programmée à Palerme et à Veracruz
En ce 19 septembre, Giuseppe Calascibetta, 60 ans sort de chez lui dans le quartier Oreto à Palerme. Il s’agit du boss régent du mandamento de Santa Maria di Gesu (cf.Un nouveau collaborateur de justice pour l’Etat italien). Condamné à une peine de 10 ans d’emprisonnement pour association mafieuse. et libéré, il fut impliqué dans le procès concernant le massacre de la via d’Amelio où a été assassiné le magistrat Paolo Borsellino (cf. Sicile 1 : Spatuzza est un collaborateur de justice fiable). Le magistrat connut un attentat à la bombe tant en raison de son imposante escorte qui le protégeait qu’en raison d’un message envoyé par la mafia à l’Etat : le terrorisme étant le stade ultime de la violence politique. Avec les bombes la mafia parle à l’Etat.
Giuseppe Calascibetta a pour sa part reçu 4 ou 5 balles dans la tête avec semble-t-il un coup de grâce,. Du travail propre sauf que son assassinat intervient trois jours après la réouverture d’un procès pour les faits de la via d’Amelio….
La violence programmée sicilienne reste cependant mesurée comparée à celle des cartels mexicains. La police a retrouvé 35 corps sous un pont de Boca del Rio, banlieue de Veracruz (photo à droite). Les victimes 23 hommes et 12 femmes sont liés au cartel des Zetas. Le cartel du Golf a semble-t-il laissé un message explicite. Comme si la violence utilisée comme un langage ne suffisait pas (cf. Leçon de communication mafieuse par Toto Riina). Les cartels manqueraient-ils de confiance en eux comparés aux mafias italiennes?
Metromafia
A la fin du mois de juin, la magistrature antimafia a annoncé enquêter les conditions d’attribution des appels d’offre pour la construction du métro à Palerme, un marché qui représente 623 millions d’euros (cf. Piratage d’appels d’offre). Comme souvent, il s’agit pour les entreprises de la mafia de s’imposer dans les marchés de la sous-traitance (terrassement…) et de fourniture de matériaux (béton…) cf.Un chantier de travaux publics saisi en Calabre. Au cœur du dispositif se trouveraient un entrepreneur de Cinisi, des d’élus locaux et des fonctionnaires dont le président de régionSicile et des conseillers régionaux (cf.Bourgeoisie politico-mafieuse) confirmant le rôle centrale de la politique dans la pérennité du phénomène mafieux (cf. Article mafia et politique). Validant une fois de plus que la « Bourgeoise mafieuse » est le concept qui permet de comprendre le phénomène mafieux dans sa complexité.
Enfin, l’entrepreneur de Cinisi se nomme Andrea Impastato (cf. Coupe du monde : mafia 1 – Etat italien 0)…. un nom symbole de mafia à Cinisi mais surtout d’antimafia (cf. Sicile 5 : contre la mafia le Centre Impastato), preuve que mafia et antimafia ne cessent de se refléter en miroir sur une terre aux contradictions exacerbées.
Sicile 6 : le cinéma antimafia
En ce jeudi 13 juillet 2011, alors qu’en France on assiste à des feux d’artifices, à Siculiana, petite ville côtière du sud de la Sicile, l’équipe de Cinemovel déployait leur armes celle du cinéma, le cinéma antimafia. Pourquoi ?
Parce que de Siculiana, un bourg de 5 000 habitants, sont partis les fondateurs d’un des plus grand cartel de la drogue : les Caruana-Cuntrera.
Parce que Siculiana n’avait pas, il y a encore un an ,de maire puisque le conseil municipal avait été dissous pour infiltration mafieuse (cf.Tir aux pigeons ou violence programmée? La rencontre avec le nouveau maire fut passionnante (article)
Parce qu’au mois de juin 2011 s’est tenue une messe rassemblant une centaine de personne pour commémorer la mort du boss tué au Canada (cf. Montréal : opération « extermination »).
La fondation Cinemovel est une association de cinéma itinérant. Il s’agit d’un groupe de saltimbanques modernes qui apporte le cinéma et sa magie là où il n’y en a pas ; où il n’y en a jamais eu comme en Afrique par exemple. Cinemovel, dans le cadre du programme « Libre cénéma sur une terre de liberté » a projeté des films sur territoire où se trouvent des biens confisqués aux mafias (cf. L’arme qui peut tuer la mafia : la réutilisation des biens confisqués). Dans le cadre d’une voyage privé en Sicile, le représentant de FLARE en France a rencontré l’équipe de Cinemovel à Siculiana et expliqué lors d’une petite interview en italien l’expérience de FLARE en France :


