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Journée de la femme 2014 : le courage de collaborer avec la justice

Voir "femme et mafia" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia

"Femmes d'honneur"

L’Etat italien protègent environ 600 collaborateurs de justice ; des mafieux qui ont abandonné la mafia (cf. Collaborer avec la justice : le choix de vivre). Mais que font les femmes (épouse du mafieux repenti ou femme  impliquée dans les activités mafieuses)?

Le mafieux qui ressent le besoin de rompre avec sa vie de criminel professionnel informe en tout premier lieu son épouse (et non pas son avocat qui risque de faire circuler l’info… si vous voyez ce que cela veut dire pour la profession en question). Avant de pactiser avec le juge, le mari-mafieux recherche l’accord de son épouse. Certaine d’entre elles acquiescent, d’autres incitent leur époux à rester dans le clan. Dans  tous les cas, leur attitude est décisive.

Une femme qui partage la décision de son mari « repenti » lui donne toutes les chances de « tenir bon » surtout si il y a des enfants dans le couple. En effet, collaborer se révèle difficile car il s’agit de changer de vie et d’identité au propre comme au figuré. Le mafieux qui trahit l’omertà n’est plus un homme car garder le silence est synonyme de virilité dans la mafia. Comparé à la femme qui ne peut s’empêcher de parler (d’après les stéréotypes), le mafieux lui sait se taire! En embrassant l’état de droit, l’ex mafieux devient un « infâme». L’épouse peut alors redonner confiance au mari et au père. Si la femme persuade les enfants que « papa » a fait le bon choix, elle restaure le rôle paternel de ce dernier (cf.Joyeux Noël). Le mafieux devenu citoyen vit alors cette transformation non comme une humiliation mais comme une possibilité de changement.

Les femmes accompagnent le choix de leur mari par amour ou par devoir et payent souvent cher ce changement de vie : angoisse et dépression sont le lot quotidien de ses femmes qui ne gagnent pas en émancipation : la subordination qui prévalait avant la collaboration demeure.

Les femmes impliqués (cf. Pas de femme, pas de mafia) dans les activités criminelles collaborent avec la justice soit afin de se venger du clan qui a fait tuer leur mari ou leur enfant mais aussi pour s’émanciper. (cf. La Sicilienne rebelle). On comprend facilement que pour d’autres femmes, collaborer avec la justice soit un vraie occasion de changer de vie, de se soustraire à l’oppression mafieuse. C’est grâce à collaboration de la fille Serraino que la justice a démantelé le clan du même nom. Plus important, sa collaboration a « sauvé » deux enfants promis à une carrière criminelle (cf.De la mafia calabraise, de la mémoire et des femmes).

On aime à répandre l’idée que les femmes ont désormais, dans la mafia, des postes à responsabilité et  on  aime y voir le symbole d’une nouvelle égalité homme-femme. Or, c’est davantage dans la sortie de la femme  de l’univers mafieux qu’il faut chercher un parallèle à l’émancipation moderne des femmes.

Rita Gigante : la fille du « oddfather »

Voir La Cosa Nostra dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia... et de l'antimafia

Vincent Gigante

Rita Gigante est la fille du célèbre parrain, Vincent « The Chin » Gigante, « Parrain » officiel de la famille Genovese (cf. La Cosa aux Etats-Unis). Son règne dura plus de 24 ans, de 1981 à 2005. Pendant cette longue période, le boss de la famille Genovese inventa un stratagème pour éviter toutes poursuites pénales. Il commença à jouer la comédie en 1969, Vincent Gigante risquait une lourde peine de prison pour corruption et il l’évita en feignant la maladie mentale. Les différents psychiatres du gouvernement étaient tous d’accord pour dire que Vincent Gigante était « schizophréne« , qu’il était atteint de « démence », de « psychose« , et d’autres troubles d’ordre psychiatrique. Même quand il n’était pas inculpé, Vincent Gigante préparait ses futurs mise en accusation. Surveillé en permanence par le FBI, il sortait de chez lui et déambulait dans les rues de New-York. Il était habillé en peignoir et d’un pyjama accompagné par ses gardes du corps pour arriver jusqu’à son club social le « Triangle Civic Improvement Association ». Pendant ses réunions, il parlait toujours à voix basse et il avait ordonné aux membres de la famille Genovese de ne jamais prononcer son nom mais seulement de toucher leur menton pour parler de lui. Il utilisa aussi plusieurs fois sa famille (sa mère, sa femme et ses enfants) dans ses différentes sorties.

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Peignoir connection

Sa fille Rita Gigante décida de raconter sa vie au quotidien avec son père, parrain d’une famille de la Cosa Nostra (cf. La Cosa Nostra se porte bien)la plus puissante des États-Unis. Elle écrivit un livre à succès (The Godfather’s Daughter: An Unlikely Story of Love, Healing, and Redemption) et expliqua comment son père feignait sa maladie mentale. « Mon père était un brillant acteur. Et par la force des choses, je fut entrainé dans son univers« . Dans son livre, elle raconta une scène qui s’était déroulé en Septembre 1983. A cette époque, son père logeait dans un petit appartement si sombre qu’elle appelait « le donjon« . Assis sur le canapé dans son salon, Vincent Gigante lui demanda : « Rita, viens marcher avec moi« . « Je savais qu’il voulait que je fasse une promenade avec lui dans le parc. Quand mon père me demandait de marcher avec lui, cela signifiait qu’il voulait aller dans son club social pour parler affaires et surtout pour se montrer devant le FBI« . Avant de partir, il se changeait, retirait son pantalon et sa chemise pour enfiler un vieux peignoir en velours noir qu’il avait gagnait dans un casino à Las Vegas. Il n’oubliait pas non plus de se décoiffer et d’enfiler un vieux béret. La scène était presque surnaturelle, dans les rues de New-York, Vincent Gigante le boss de la famille Genovese se promenait en peignoir de bain aux bras de sa fille. « Une fois dehors, il commençait à traîner des pieds et à tituber. Mon père avait en quelques secondes changé de comportement. Devant moi, mon père qui était si puissant, était devenu un vieillard sénile, il était devenu fragile« . Elle continuait à raconter les détails de sa promenade : « Alors qu’on était en train de marcher, il n’arrivait plus à se tenir debout et il était sur le point de tomber. C’est alors que je devais lui tenir le bras pour faire semblant de le rattraper« . Par moment, il commençait à marmonner un charabia incompréhensible. Vincent Gigante pensait qu’il était enregistré et filmé en permanence par le FBI. Lors de cette sortie, il s’arrêta devant un parcmètre et commença à lui parler. « Nous allons faire une promenade, tu veux venir avec nous parcmètre?« .
En 1990, Vincent Gigante fut accusé par le gouvernement de racket et d’assassinat mais il fallut attendre 1997 avant qu’il ne soit jugé. Pendant cette période, les différents avocats de Vincent Gigante appelèrent plusieurs témoins pour démontrer que leur client était « fou » et « inapte« à être jugé. Mais dans les années 1990, de nombreux membres de La Cosa Nostra avaient décidé de collaborer avec la justice. La plupart avait démontré que Vincent « The Chin » Gigante était totalement sein d’esprit et qu’il contrôlait d’une main de fer la famille Genovese. L’un des mafieux à avoir révélé cette supercherie fut Salvatore Gravano l’ancien underboss de la famille Gambino. Dans son livre « Le Repenti » de Peter Maas, Salvatore Gravano avait assisté à une réunion officielle de la « Commission ». Il raconta : « Vincent Gigante était arrivé en peignoir et en pyjama avec une barbe de 4 à 5 jours. Il avait l’air vraiment crado« . Pendant cette réunion, John Gotti avait prétexté que la famille Genovese n’avait plus initié de membres depuis très longtemps. Vincent Gigante lui répondit calmement « Le moment venu, je procéderai aux changements nécessaires dans ma famille. Je te remercie de te soucier de nous, mais je le ferai quand je serai prêt« . Pour Salvatore Gravano, Vincent « The Chin » Gigante avait bien toute sa tête et la comédie qu’il jouait auprès du FBI marchait parfaitement. En effet, lors du procès de la « Commission » intenté par Rudolph Giuliani, ancien procureur fédéral et futur maire de New-York contre les Boss des cinq familles de La Cosa-Nostra en 1985, Vincent Gigante n’avait pas été inculpé. Ce fût son « underboss » Anthony « Fat Tony » Salerno qui le fut à sa place. Vincent Gigante jouait tellement bien la comédie, que le FBI pensait qu’Anthony « Fat Tony » Salerno était le Boss de la famille Genovese, mais il se trompait.

Voir "La Cosa Nostra" dans le petit dictionnaire énervé de la mafia

Vincent Gigante en peignoir dans New-York

 En 1997, Salvatore Gravano qui était toujours dans le programme de protection des témoins, scella le sort de Vincent Gigante lors de son procès. Son témoignage fut confirmé par Alphonse « Little Al’ D’Arco, l’ancien « acting boss » de la famille Lucchese et par l’ancien underboss de la famille de Philadelphie, Phil Leonetti. Finalement le jury le déclara coupable de racket et le condamna à 12 ans de prison dans un pénitencier fédéral. En 2002, alors qu’il était emprisonné, il fût de nouveau condamné pour racket et obstruction à la justice, après avoir avoué avoir mentit pendant plusieurs années à la justice sur son état mental. En 2005, sa santé commença à décliner et il mourra dans un hôpital fédéral à Springfield dans le Missouri, il avait 77 ans.
Depuis la mort de son père, Rita Giganta avoua publiquement son homosexualité (cf. Mafias et différences) et admit même que son père lui avait donné son consentement de l’au-delà ». Rita Gigante exerce le métier de « guérisseuse » et prétend être contact avec les « morts » dont son père. « Il va bien et il aime ma fiancée (Bobbi Sterchele)« . Rita Gigante confia qu’elle avait jamais parlé ouvertement de son homosexualité avec son père quand il était encore vivant, mais qu’au fond de lui « il avait compris« . « Mon père était quelqu’un de très intelligent, j’ai toujours pensé qu’il aurait pu être PDG d’une grande entreprise« . Rita Gigante à même prévu de se marier et de fêter son mariage avec toute sa famille. « Ma famille est aux anges, elle voit comment je suis heureuse et c’est le principal« .

Par Xavier Blondel + A.S (wiseguy.overblog.com / www.facebook.com/wiseguyblog)

Du même auteur :

- Mafias et téléréalité

- Initiation en Peignoir : la classe

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Mafia et téléréalité

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Mob wives

Anthony « TG » Graziano est connu depuis des années par le FBI comme un membre important de la famille Bonanno (cf. Fête des mères 2004 : le boss fait tuer son fils).  Il occupe depuis 2001 le poste de « consigliere » (cf. Montréal…). Mais depuis quelques temps, Anthony fait fasse à de multiples problèmes. Condamné en 2003 à 20 ans de prison pour racket et complot pour assassinat, il est libéré en 2011 pour raison de santé.
Pendant son incarcération, sa fille Renée Graziano fut l’héroine d’une série tv « Wives Mob » qui suit la vie de femmes dont leur famille ont des liens avec la Cosa Nostra américiane. Son ex petit ami Hector Pagan apparu d’ailleurs plusieurs fois à l’écran. Hector était un « associé » de la famille Bonanno. Attrapé pour trafic de drogue, il devient informateur pour la DEA afin d’éviter une peine de 50 ans de prison. C’est donc pour alléger sa peine, qu’il porta un micro et enregistra son beau-père et d’autres hauts responsables de la famille Bonanno lors de plusieurs réunions ou Anthony essayait de récupérer une dette de jeu de plus de 150 000 $ ce qui le renvoya en prison pour 19 mois en Avril 2012. Il provoqua aussi l’arrestation de plusieurs autres membres comme Vincent « Vinny Tv » Badalamenti et Nicholas « Nicky Mouth » Santora considérés respectivement comme l’acting boss et underboss des Bonanno.

Anthony « TG » Graziano a tout fait pour être distant de sa fille et de la série. Sa fille Renée disait même qu’elle n’avait plus de contact avec son père depuis le lancement de l’émission… Mais cela en était trop pour la famille Bonanno qui décida de « dépouiller » Anthony Graziano de toutes ses responsabilités et de tous ses droits. « Cela ne veut pas dire non plus qu’il ne sera plus actif, par contre cela veut dire que certains membres ne traiteront plus avec lui » dit un officier de police. Mais une perte de responsabilité signifie automatiquement une baisse non négligeable de revenu. Un procureur fédéral spécialisé dans les affaires sur la mafia allant même jusqu’à dire que cela était une sanction terrible pour un « affranchi »et que parfois un tel coup pouvait donner raison a un mafieux de « retourner sa veste », de collaborer avec la justice…

Par Xavier Blondel

Du même auteur : Initiation en peignoir : la classe

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Et vous trouverez des infos intéressante dans « femme et mafia »…

Contre la violence programmée : la collaboration de Monica

Spéciale dédicace aux femmes (cf. Pas de femme, pas de mafia), en particulier aux Monica …

Monica Vitale, femme de l’homme d’honneur Gaspare Parisi du quartier de Borgo Vecchio de Palerme (carte à gauche), prélevait le pizzo pour le mandamento de Porta Nuova (cf. Sicile 2 : « Discipliner le territoire »).

Mais la machine mafieuse se grippe. Les capi-decine (chef de groupe de soldats) accusent Monica de ne pas avoir rapporté l’intégralité des sommes provenant du racket à l’échelle du canton mafieux (mandamento). Elle est sommée de rendre de l’argent. Elle peut devenir à tout moment un cadavre ambulant.. Elle le sait… La  violence programmée est là, à chaque coin de rue. Elle la sent qui rode. Contrairement à une idée reçue, la mafia n’hésite pas à tuer les femmes (cf. Quitter le programme de protection : mauvaise idée!). La grande faucheuse rationnelle de la mafia se balade dans son quatrier. Sa vie dépend désormais des arbitrages que feront les chefs dans son dos.

Peut-être accusée à tort et face au risque élevé de mort, elle se rend chez les carabiniers en remplissant des dizaine de procès verbaux (cf. Histoires de femmes dans la mafia). Elle fait la lumière sur le monde clandestin de Cosa nostra (cf.Journée de la femme 2011 : le courage de collaborer avec la justice). Ici, sur la mort de l’avocat pénaliste ancien député d’extrême-droite Enzo Fragala, battu à mort le 23 février 2010 à la sortie de son cabinet dans le quartier Kalsa du Palais de justice (carte à droite). Grâce à Monica, on apprend Il s’agirait en fait d’un avertissement qui aurait mal tourné. L’avocat aurait manqué de respect à la femme d’un boss incarcéré et ce dernier, depuis la prison, aurait organisé ce pestaggio qui à la base ne devait être qu’une leçon.

Ce qui est drôle c’est que les journalistes passent d’une piste mafieuse (l’avocat en  savait trop) à une piste « passionnelle » (La Repubbica). Le fait qu’un boss corrige un avocat pour manque de respect envers sa femme serait un mobile passionnel ! Il n’est n’est rien.  Il s’agit de l’application de la violence programmée dans son expression la plus classique : le contrôle du territoire. Selon une typologie d’Umberto Santino, la mafia utilise, entre autre, la violence sytsémique pour défendre son ordre social  animé par l’honneur et la vengeance. Que resterai-il du pouvoir d’un chef mafieux qui n’aurait pas vengé l’affront fait à son épouse?

Par ailleurs, le cabinet de l’avocat se situant dans un autre territoire que celui du mafieux concerné, le demande de passage à tabac a suivi la voie hiérarchique. Le mafieux déshonoré par l’avocat s’est plaint  au capomandamento de Porta Nuova (carte à gauche), Tommaso Di Giovanni et l’a convaincu de procéder à  l’application de la violence programmée. Seulement après accord du mandamento, les soldats ont donné une leçon à l’avocat.

Rien de passionnel ! Que du rationnel!

Notons que le boss Lo Presti (voulant remplacer le big boss Lo Piccolo après son arrestation en 2007), arrêté en 2008 et suicidé en prison (cf. Opération Persée, le dieu qui décapita la méduse… ), avait conseillé à Monica de quitter l’univers mafieux : « un milieux pas fait pour les femmes » cit.

Conclusion, on ne quitte la mafia vivant que d’une manière : en collaborant avec la justice (cf. (cf. MafiaS et trahisonS au regard des sciences sociales).


Histoires de femmes dans la mafia

Tout commence en jour d’avril 1981 quand la famille mafieuse se réunit. Il y a un problème : Annuziata sort avec un carabinier et cela ne se fait pas : la réputation de la ‘ndrine est en jeu. Annuziata est un cadavre qui marche et c’est sa propre famille de sang qui va l’assassiner.

30 ans aprés, Giuseppina Pesce, sa cousine, va réparer l’irréparable en collaborant avec la justice. En avril 2011, elle permet l’arrestation à Milan de sa soeur Marina Pesce, 29 ans, et sa mère Angela Ferraro, 48 ans. Les deux femmes sont accusées d’association mafieuse, blanchiment et racket. Elles sont soupçonnées d’avoir servi d’intermédiaires entre leur mari et père, Salvatore Pesce incarcéré et le reste du clan homonyme de Rosarno.

1. Rosarno se trouve dans Hinterland de Gioia Tauro où se trouve Le port-conteneur de la ‘Ndrangheta

2. Là où se trouve le plus grand supermarché du Sud de l’Italie mais c’est un hasard (cf. Vengeance transversale ou conséquence de la mondialisation?

3. Les arrestations ont lieu dans le Nord de l’Italie (cf. Le sommet mafieux dans le Nord de l’Italie : la vidéo

4. La collaboration avec la justice est une superbe trahison (cf. MafiaS et trahisonS au regard des sciences sociales

5. Toute société est matriarcale, même dans la mafia (cf.Journée de la femme 2011 : le courage de collaborer avec la justice)

 

C dans mafias.fr

Tous à vos postes pour l’émission pour C’est Dans l’Air sur Berlusconi et la place des femmes dans la société italienne. En complément de cette émission, les articles de mafias.fr sur les femmes face à la mafia (cf. Journée de la femme 2011 : le courage de collaborer avec la justice).

Enfin, il convient de rappeler que le président du Conseil n’est que l’émanation d’une criminalité systémique dont les femmes sont les objets. Dans le cas des filles mises a disposition (plus d’une dizaine qui auraient pratiqué des relations sexuelles contre de l’argent ou des avantages), on notera que:

- Les jumelles Eleonora et Imma De Vivo qui bénéficient d’un appartement dans le complexe immobilier Milano 2, construit par Fininvest, la société de Berlusconi mais vit à Naples avec Massimo Grasso. Ce dernier, entrepreneur et ancien conseiller municipal de Forza Italia, est mis en examen ’association mafieuse et entendu par un tribunal dans une affaire de machines à sous illicites, placées par la société de de son frères sous le contrôle des clans napolitains. Accessoirement, l’immeuble où habite le couple appartient à la société « Le Mimose », placée sous séquestre dans le cadre d’une autre enquête.

-  Noémi Letizia qui a invité le président du Conseil pour ses  18 ans est la fille d’ Elio Letizia mis en examen pour extortion en lien avec le clan du Secondigliano de la Camorra (cf. Camorra Murder : number 26 )

- Barbara Montereale, 23 ans en 2008, est liée au clan parisi de figure de la mafia de Bari et à  la députée Elvira Savino, également lise en examen pour blanchiment( cf. article 4Italie : état de droit!)

- Sabina Began est la compagne de Bashkim Neziri, proche de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo), était recherché pour trafic international de drogue.

-  Perla Genovesi et Nadia Macri servaient de « mules » pour un réseau de trafic de cocaïne dirigé par des clans siciliens. Perla, ancienne assistante parlementaire d’un sénateur, a admis avoir participé à des fêtes avec des hommes politiques, avec son amie Nadia, escort girl. C’est durant ces fêtes (avec sexe, alcool et stupéfiants) qu’elles auraient rencontré Silvio Berlusconi.

Bonne émission

De l’égalité homme-femme

femmes dans la mafiaA la fin du mois de décembre, la magistrature a mis en examen Rosalia Di Trapani, pour extorsion aggravée (car l’extorsion s’est faite au profit de l’organisation mafieuse sicilienne).  Rosalia Di Trapni est la femme de Salvatore Lo Piccolo, un parrain de Cosa nostra arrêté avec son fils Sandro en 2007 (cf. Cosa nostra sicilienne : la succession du  » capo dei capi «). Cette dame de 65 ans, est accusée d’avoir rempli le rôle traditionnel dévoué aux femmes dans la mafia à savoir, entre autres, de récolter l’argent du racket ou de faire passer les messages à son mari incarcéré.

Mais le parquet de Palerme l’accuse aussi de décider de manière autonome de la stratégie du clan et envisage de la juger pour association mafieuse (cf. De la mafia calabraise, de la mémoire et des femmes)

Pour en savoir plus : Article sur les femmes et la mafia

Article sur les femmes et la mafia

Les femmes et la mafa, article paru dans FEMMES 3000 mars 2010, numéro 40, sur le net (Femmes 3 000)

Les mafias italiennes sont toutes des sociétés machistes. Et pourtant, les femmes y sont de plus en plus nombreuses à faire parler d’elles. Si certaines se font plus mafieuses que les mafieux, d’autres se rebellent contre le système, faisant montre d’un courage hors du commun. Exploration de ces sociétés glauques avec Fabrice Rizzoli*.

« Une approche des femmes au sein de la mafia,met d’emblée en évidence trois catégories : les épouses traditionnalistes, qui sortent de l’ombre pour accomplir de plus en plus de tâches au profit de la mafia ; les femmes chefs de clan, rares encore ;  les femmes devenues collaboratrices de justice, terme improprement traduit par ‘repenties’, explique Fabrice Rizzoli.

« Tout mafioso se doit d’être marié et d’avoir des enfants, des garçons de préférence. L’épouse traditionnelle parfaite est celle qui ‘sert, obéit, ne voit rien, ne dit rien, mais sait tout’, pour paraphraser Claude Ducouloux-Favard**. Un rôle moins passif qu’il n’y paraît, car, les hommes étant le plus souvent  ‘au-dehors’, elles ont tout pouvoir sur les enfants auxquels elles transmettent les codes culturels mafieux : se défier de l’État et de la Justice, conférer le privilège du pouvoir aux hommes, savoir garder le silence, ne jamais transgresser l’omertà, savoir exercer la vengeance. Bien des femmes de mafieux restent attachées à cette culture qu’elles ont inculquée à leurs enfants. Certaines d’entre elles – appelées les ‘veuves noires’ en Campanie – n’hésitent pas à organiser une ‘vendetta’ pour venger leur homme ou un fils assassiné. Et beaucoup se désolidarisent de leur mari ou de leurs fils quand ils passent dans le camp des collaborateurs de justice. Pour se protéger d’éventuelles représailles, peut-être, mais par fidélité à leur mode de vie aussi, sans doute.

« Car elles sont de plus en plus actives dans le monde criminel. Ainsi, les femmes prennent soin des hommes en cavale, qui sont de plus en plus nombreux, compte tenu de l’amplification de la lutte anti-mafia en Italie. Ce sont elles aussi qui véhiculent la drogue. Il faut savoir que, dans les années 70, jamais un policier américain n’aurait fouillé au corps une Sicilienne, courrier de la Cosa Nostra, toute de noir vêtue. Maintenant, il y a des femmes-policiers, ce qui change la donne… Ce sont elles également qui, à Naples ou à Palerme, transportent les armes lors des règlements de comptes. Souvenez-vous, de cette première scène du film Gomorra, un contrat dans un salon de beauté : les armes des tueurs sont déposées dans le sac de la jeune fille, leur complice, ce qui limite les risques de fouille. Et puis, quand les hommes sont en prison et qu’il s’agit de ‘boss’, ce sont les femmes qui font circuler l’argent, qui prennent les ordres et les répercutent sur leur territoire. Car il faut bien que ‘le business’ continue !

« Comme il y a de plus en plus de mafieux en prison, comme certains boss sont à l’isolement, ces femmes en viennent à prendre des initiatives, y compris celle de donner l’ordre de tuer, comme des écoutes téléphoniques en apportent la preuve. Ces femmes qui prennent le pouvoir sont filles ou sœurs d’un boss, plus rarement une épouse ».

[Les femmes chefs de clan sont rares encore. « Mais terribles ! », rapporte Claude Ducouloux-Favard dans son livre. Ont beaucoup fait parler d’elles : Angela Russo, dite ‘Nonna Eroina’, la mamie de l’héroïne, organisatrice d’un trafic à 80 ans ; Anna Maza, veuve d’un boss, entourée d’un staff entièrement féminin, protégée par des femmes gardes du corps. Le clan d’Anna Maza était plus préoccupé de bien gérer ses « entreprises » que de prendre le pouvoir sur d’autres clans. Mais ses membres ont eu recours au crime quand il leur a fallu se préserver de réseaux concurrents, tous masculins. En 2008, aucune des femmes chefs de clan arrêtées, n’était devenue collaboratrice de justice, contrairement à bien des hommes.]

« Enfin, poursuit Fabrice Rizzoli, il y a des femmes battues par leur mafioso, des femmes trompées, alors que le code de la mafia impose qu’une épouse soit respectée et que sur le territoire où il exerce, on ne doit pas connaître de maîtresse à un mafioso. Il y a des filles qui se sentent dépréciées par rapport à leurs frères parce qu’on ne leur laisse pas accéder à des études supérieures alors qu’on pousse les garçons. Il y a des femmes qui ne supportent plus l’accumulation des deuils autour d’elles. Il y également des épouses amoureuses de leur mafioso et qui ne se détournent pas de lui lorsqu’il passe dans le camp des collaborateurs de justice. En bref, pour des motifs de révolte divers, des femmes sortent de la mafia en se plaçant sous la protection de la Justice avec laquelle elles acceptent de collaborer.

« Une telle démarche représente une rupture totale avec la famille, le milieu, l’obligation de changer de nom, de devenir une autre. Si Margherita Gangemi et son mari, Antonio Calderone, un repenti, ont fini par se rejoindre aux États-Unis pour commencer une vie nouvelle, la jeune Rita Adria s’est suicidée, éperdue de solitude, après l’assassinat du juge Paolo Borsellino, un drame qui a servi de trame au film La Sicilienne. cf. La Sicilienne rebelle


[Rappelant le cas de Margherita Gangemi, Claude Ducouloux-Favard rapporte que le juge Giovanni Falcone se trouvait pour la première fois face à une Sicilienne, épouse d’un mafioso, attachée à son mari auquel elle se montrait soumise, mais également en opposition au monde de la mafia. Et cette universitaire ajoute : « le juge réalisait que 1968 était passé par là et que des femmes pouvaient défier la mafia ».]

« Sans nul doute, la lutte exemplaire de l’Italie contre la criminalité organisée, avec, surtout, confiscation des biens des mafieux, réduit le pouvoir d’intimidation de ces derniers et favorise le développement d’une résistance jusque dans la société civile », tient à souligner Frabrice Rizzoli. Il faut relever à ce propos, l’action de trois femmes, Giovanna Terranova, Caterina Mancusa et Rita Costa, veuves de juges assassinés : elles ont été à l’origine d’une pétition officielle contre Cosa Nostra qui, en 1980, a recueilli environ 30 000 signatures en Sicile. Dans la foulée de ce succès, a émergé la première association de femmes à Palerme : l’Associazione donne contro la mafia. Des femmes qui, dans la société civile, ont su vaincre la peur.

Monique Raikovic

*Fabrice Rizzoli, Docteur en Sciences politiques, a consacré sa thèse à l’étude des mafias italiennes (cf.Mafias italiennes et relations internationale)

**Claude Ducouloux-Favard – « La Mafia italienne – Des vergers d’agrumes aux marchés globalisés »,, éd. Arnaud Franel- avril 2008. (cf. Le livre pour les étudiants)

Un nouveau collaborateur de justice pour l’Etat italien

Au mois de septembre dernier, les policiers ont débarqué nombreux dans la petite ville de Sambuca di Sicilia dans la province d’Agrigento. Il s’agissait de protéger les parents d’un chef mafieux. En effet, Calogero Rizzuto, 49 ans, arrêté l’année dernière a décidé de collaborer avec la justice de son pays (de devenir un « repenti »). Ses parents, en danger de mort parce que risquant les représailles de la part du clan, ont été transférés dans une commune italienne. Les parents du collaborateur de justice (« repenti ») vivent désormais sous la protection de l’Etat et sous une autre identité… Seule une de ses filles majeure a refusé la protection de l’état et a décidé de rester vivre en Sicile (cf.Pas de femme, pas de mafia).

Avec Calogero Rizzuto, l’état de droit italien vient de gagner une bataille contre la mafia (cf.Le “repenti” rétablit l’Etat de droit en Italie). En effet, Calogero Rizzuto est un « capo mandamento ». Il est donc le chef d’une unité territoriale mafieuse, le « mandamento » une sorte de canton au sein duquel au moins trois familles mafieuses se répartissent l’exploitation abusive des richesses (appel d’offre, racket, trafics…). D’après les enquêteurs, il a déjà fait des aveux circonstanciés qui vont se révéler très précieux dans la lutte antimafia notamment du point de vue des complicités (cf.Arrestation au sein de la bourgeoisie mafieuse).

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Pas de femme, pas de mafia

Le 11 juin, les carabiniers de Gioia Tauro ont arrêté Girolamo Mole’, 48 ans, chef mafieux encore liberté de la ‘ndrine (famille mafieuse calabraise) Molé. Girolamo Molé se cachait dans son habitation et semblait être le leader d’une guerre de mafia larvée avec le clan Piromalli ( Hypothèses du policier antimafia ).

Le 12 juin dernier, les carabiniers suivent une femme qui se rend à l’hopital de Polistena en Calabre. Elle vient rendre visite à son mari de 77 ans qui se fait opérer sous un faux nom. Le malade se nomme en réalité Antonio Pelle, un chef mafieux recherché par la police depuis 2000 pour qu’il accomplisse une peine de 26 ans de prison.  Antonio Pelle est le « capo-bastone » (chef d’une famille mafieuse calabraise) du clan Pelle-Vottari qui s’oppose au clan Nirta-Strangio à San Luca (De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta). L’année dernière Antonio Pelle avait échappé à une arrestation alors qu’il se cachait dans un bunker souterrain (Le quotidien de l’Etat contre la ‘Ndrangheta). Il aurait passé sa « latitanza », sa cavale, dans les montagnes de l’Aspromonte sans téléphone mais avec une armée de messagers pour entretenir les liens avec le clan. Il aurait bénéficié de complicités au sein de l’hôpital en question. Le secteur de la santé étant un secteur fortement infiltré par la mafia calabraise (L’assassinat du vice-président de la régio calabraise : un meurtre politico-mafieux )
Dans le même temps, on apprend au cours du procès concernant le meurtre de Maria Strangio ayant eut lieu le 25 décembre 2006, que les hommes du clan Pelle-Vottari (auteurs de l’assassinat en question) se cachaient dans leur coffre de voiture pour se déplacer. A chaque fois, ce sont les femmes du clan qui conduisaient les véhicules pour faire se rencontrer les mafieux dans la clandestinité. En juillet 2007, deux soldats du clan Pelle-Vottari, Sebastiano Vottari et Marco Marmo se seraient rendu à Messine en Sicile. Quelques jours après, l’un deux Marco Marmo sera assassiné à Duisbourg en Allemagne ( De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta )

Ces enquêtes nous amènent à penser que le rôle des femmes dans la mafia calabraise est toujours aussi fondamentale. Elles transmettent le code culturel aux enfants. Par le mariage, elles assurent la reproduction du clan. Elles accomplissent des activités criminelles importantes comme le transport et l’assistance aux membres du clan en « cavale ». « Accessoirement », les femmes sont les premières victimes de la violence mafieuse.
Sur le rôle des femmes dans la mafia, voir aussi : De la mafia calabraise, de la mémoire et des femmes

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