Articles avec le tag ‘représentation’

TPE : le premier magazine économique sur la mafia

Dans le cadre d’un TPE, 2 brillantes étudiantes de première au lycée Marie Laurencin de Mennecy (91) ont élaboré un journal économique sur le phénomène mafieux ; très réussi!
Non?
Le pdf du journal :

A l’école de l’Antimafia

Mercoledì 23 février 2011 à Milan

OMICRON

Observatoire Milanais de la criminalité organisée dans le Nord de l’Italie

Une journée à l’école de l’Antimafia

Finalité : former des étudiants à une une pratique antimafia didactique et quotidienne qui puissent « prévenir » la participation des jeunes à des activités illégales.

Objectifs : informer sur la présence des mafias dans l’histoire italienne et en Lombardie ; analyser les élements de la pédagogie mafieuse dans la famille et dans la société, réfléchir sur les caractéristiques et les modalités d’une pédagogie alternative aux mafias.

Ore 8.30 : acceuil de s participants, salut des Institutions et des Associations

Ore 9.15-11.30 : débat modéré par Umberto Ursetta, auteur de  “Mafia et pouvoir à la barre”, Pellegrini 2010

* Le mafie nella storia d’Italia: Nicola Tranfaglia, professeur auteur de « pourquoi la mafia à gagné « 

* Le mafie al Nord : Enzo Ciconte, professeur à l’université de La Sapienza de Rome et spécialiste de la ‘Ndrangheta

11,45-13.30 : débat modéré par Vincenzo Viola, coordonateur de “L’indice della scuola

* Règle et démocratie contre les organisations criminelles : Gherardo Colombo, procureur pendant les enquêtes « mains propres » désormais magistrat près la cour de Cassation et auteur de nombreux ouvrages

* Contro la mafia : Nando Dalla Chiesa, professeur à l’université de Milan et auteurs de nombreux ouvrages (accessoirement cf. 3 septembre : Carlo Alberto Dalla Chiesa)

13.30-14.30 Break et projection de slides sur les mafias préparés par Umberto Rollino, auteur de “Il rumore del male”, Cento Autori 2009

15.00-15.45 : débat modérè par Joel Garuti et Umberto Rollino

* La pédagogie mafieuse comme modèle pour construire un modèle antimafieuxAugusto Cavadi, professeur de philosophie au lycée de Palerme et auteur de nombreus ouvrages

16.00-1 8.00 : travaux pratiques en collaboration avec l’université de Milan Bicocca, département science de l’éducation

Groupes de travail .

1. Femmes et mafia – La pedagogie dans la famille mafieuse (Ombretta Ingrascì, “Donne d’onore”, Mondadori 2007)

2. Mentalité et comportement pré-mafieux : violences scolaires, loi du silence et autres (Jole Garuti, “Il piacere della legalità”, Scheiwiller 2002)

3. Etre citoyens actifs : valeurs constitutionelles et règles : valeurs de la Constitution dans la didactique (Vincenzo Viola, Simone Campanozzi)

4. L’antimafia à l’école et dans la société : utilisation sociale des biens confisqués, Journée de la mémoire et de l’implication, Education à la légalité (Lorenzo Frigerio, coordinatore regionale di Libera, Giuseppe Teri, Libera Formazione)

5. Défendre le territoire et l’environnement en luttant contre la corruption et les mafias (Sergio Cannavò Vicepresidente Legambiente Lombardia e Giuseppe Deiana,” L’etica dell’insegnante”Aìsara 2008)

6. Comment créer et utiliser un spot (Rosario Duonno del Marano Spot Festival e Antonio Risoluto del Timeline di CarateBrianza)

7. Les églises chrétriennes et l’éducation antimafia (Augusto Cavadi, e Giuseppe La Pietra)

8. Mafia et letterature (Umberto Rollino)

Atlas des mafias : la source pour les étudiants

Fabrizio Maccaglia, Marie-Anne Matard-Bonucci, Autrement, 2009, 80p., 17 € :

« Il n’est jamais facile de bien comprendre ce qu’est une mafia. L’expliquer et l’illustrer par des cartes se révèle un moyen particulièrement adapté. Fait de courts textes et encadrés donnant des définitions, détaillant les dix commandements des organisations, décrivant les pratiques d’extorsion, alternant avec des cartes montrant les implantations et les territoires, des organigrammes recensant les grandes familles et leurs chefs, des schémas retraçant les mécanismes de l’emprise mafieuse, par exemple sur la société russe après la dissolution de l’URSS, ce volume accomplit largement sa mission. Outre les cartes des grandes mafias et organisations criminelles du monde, l’ouvrage traite également de leurs principales activités : commerce de drogue, trafic d’armes, traite d’êtres humains, etc. Il s’intéresse également à leur pénétration dans l’économie légale et sa corruption. Le cinéma n’est pas oublié : au-delà de l’objet d’étude, la mafia est aussi un objet de fascination. »

Par Benoît Richard in Sciences Humaines

Les autres sources sur les mafias :

Publication : la mafia vue par les sciences politiques

Le livre pour les étudiants

Un livre sur la mafia calabraise

OGC : la conférence de presse

Jeudi 19 octobre 2010 avait lieu la conférence de presse pour le lancement de l’OGC, en particulier de la revue cliquez : Revue OGC :

« La criminalité comme vous ne l’avez jamais vu »

En présence de nombreux journalistes, magistrats et universitaires, les cadres de l’OGC ont pu présenter ce  réseaux international de chercheurs et d’universitaires de différentes disciplines, d’analystes et d’informateurs de différentes origines et de différentes professions, qui observent et étudient les criminalités internationales de manière indépendante.


Ce soir mercredi sur Arte : histoire de la mafia

Une histoire de la Mafia

« Le développement des mafias en Italie depuis le XIXe siècle : la Pieuvre génèrerait aujourd’hui un chiffre d’affaires d’environ 150 milliards d’euros par an. »

Mercredi 20 octobre 2010 20h40 – 22h25

Rediffusions :
26.10.2010 à 10:30
30.10.2010 à 16:00

cf.  Mafias italiennes et relations internationales

ou Les services de renseignement italien et les mafias

voire 3 septembre : Carlo Alberto Dalla Chiesa

Meudon-Brancaccio : jumelage de la légalité et de l’espoir

« Vous avez libéré une parole »

Le 19 mai, des élèves de 6ème du collège Saint-Exupéry de Meudon ont expérimenté le projet pédagogique BRANCACCIO (cf. Une BD pour comprendre le phénomène mafieux.)

Crée par votre humble serviteur et sponsorisé par FLARE (Freedom Legality and Rights in Europe), ce projet vise à déconstruire les phénomènes mafieux et à promouvoir la légalité.

Face à des problèmes de bande ou de violences scolaires, une équipe pédagogique s’est mise en place :

Le principal du collège, deux assistantes sociales, une psychologue,  une infirmière scolaire, une professeur de Français et un spécialiste de la criminalité organisée.

Les élèves ont tout d’abord étudié le premier épisode de a BD en question. Dans cet épisode, Nino un jeune qui veut étudier et quitter son quartier « difficile » rencontre un « grand » et se laisse embarquer… cela ne finit pas bien.

Puis, en deux groupes de 15, les élèves ont débattu avec le spécialiste de la violence, accompagné de deux autres adultes, dans un exercice de maïeutique qui a libéré leur parole (dixit la professeur de français)

Des élèves dynamiques, bavards et espiègles parfois, ont abordé les concepts de violence, de leadership (meneur, suiveur, victime) et de repères face aux adultes souvent absents dans la bande dessinée (comme dans leur vie?).

Voir "antimafia" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafiaL’intervention a buté sur une idée ; pour ces jeunes pas question de faire appel aux institutions et aux adultes pour régler leur problème de violence au quotidien…

Dans un troisième temps, les élèves ont réinventé la fin de l’histoire de Nino en atelier (sans la présence du spécialiste du crime organisé). Leur implication dans cet exercice démontrerait combien la rencontre avec cet outil pédagogique (BD plus  équipe pédagogique) fut important pour eux.

En conclusion : il ne faut attendre aucun résultat concret et immédiat de ce type d’intervention. Au mieux, des graines germent dans l’esprit de ces gamins ; des graines utiles au cours de leur vie de grand adolescent comme d’adulte.

Peu après mon intervention, des jeunes de la commune d’à-côté ont tiré quatre balles dans la jambe d’un jeune meudonnais pour des dettes impayées liées au trafic de stupéfiant (cf. Etats généraux de l’antimafia 2009). En retour, des jeunes meudonnais ont tabassé un jeune de la commune limitrophe (cf. Article du Parisien)

L’Etat a, à juste de titre, montré sa présence en déployant des forces de l’ordre  sur le territoire de  la Roseraie pendant  plus de deux semaines.

Mais tenez-vous bien : DEUX élèves de 6ème ont cherché la BD Brancaccio et  un d’entre eux l’a trouvée dans une bibliothèque : pas mal à 12 ans!

Ils voulaient lire les deux autres épisodes qui concernent Angelina et Pietro, les parents de Nino…

Si vous êtes intéressés,  n’hésitez pas à me contacter


PS : « Spéciale dédicace » à « Madame » Couffin, professeur au lycée d’Enghien qui sait ce que maïeutique veut dire.

Antimafia à Paris : le 22 mai hommage à Giovanni Falcone

Samedi 22 mai à 10h, le ciné-club Anteprima consacre une séance spéciale sur la Mafia. A l’occasion du dix-huitième anniversaire de l’assassinat du juge Giovanni Falcone (le 23 mai 1992 cf . Bon anniversaire Giovanni) sera projeté « Placido Rizzotto » (syndicaliste assassiné par la mafia) de Pasquale Scimeca (2000, 110’, VO sous-titrée en anglais).

Le film sera suivi d’un débat avec Mario Vaudano, magistrat italien ami et ancien collaborateur de Giovanni Falcone.

Cette séance est organisée en collaboration avec les associations : « Libera / Flare (Freedon Legality and Rights in Europe) », « Collettivo 5.12 (un gruppo di organizzatori del No B Day parigino) » et l’« Associazione Democratici Parigi ».

S’agissant d’un film inédit en France, une enveloppe sera donc à l’entrée pour ceux qui souhaiteraient contribuer aux frais  de transport de la copie importé d’Italie pour l’occasion.

N’ayant pas trouvé d’extrait correct, je vous propose un extrait (en italien) du téléfilm « capo dei capi » avec trois scènes :

1. Les syndicalistes et les payans chassés par les forces de l’ordre

2. Le tête à tête avec les mafieux Michele Navarra (le vieux MEDECIN au chapeau), Luciano Liggio et le jeune Toto Riina

3. L’enlèvement et l’assassinat du syndicaliste Placido Rizzotto :

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Article sur les femmes et la mafia

Les femmes et la mafa, article paru dans FEMMES 3000 mars 2010, numéro 40, sur le net (Femmes 3 000)

Les mafias italiennes sont toutes des sociétés machistes. Et pourtant, les femmes y sont de plus en plus nombreuses à faire parler d’elles. Si certaines se font plus mafieuses que les mafieux, d’autres se rebellent contre le système, faisant montre d’un courage hors du commun. Exploration de ces sociétés glauques avec Fabrice Rizzoli*.

« Une approche des femmes au sein de la mafia,met d’emblée en évidence trois catégories : les épouses traditionnalistes, qui sortent de l’ombre pour accomplir de plus en plus de tâches au profit de la mafia ; les femmes chefs de clan, rares encore ;  les femmes devenues collaboratrices de justice, terme improprement traduit par ‘repenties’, explique Fabrice Rizzoli.

« Tout mafioso se doit d’être marié et d’avoir des enfants, des garçons de préférence. L’épouse traditionnelle parfaite est celle qui ‘sert, obéit, ne voit rien, ne dit rien, mais sait tout’, pour paraphraser Claude Ducouloux-Favard**. Un rôle moins passif qu’il n’y paraît, car, les hommes étant le plus souvent  ‘au-dehors’, elles ont tout pouvoir sur les enfants auxquels elles transmettent les codes culturels mafieux : se défier de l’État et de la Justice, conférer le privilège du pouvoir aux hommes, savoir garder le silence, ne jamais transgresser l’omertà, savoir exercer la vengeance. Bien des femmes de mafieux restent attachées à cette culture qu’elles ont inculquée à leurs enfants. Certaines d’entre elles – appelées les ‘veuves noires’ en Campanie – n’hésitent pas à organiser une ‘vendetta’ pour venger leur homme ou un fils assassiné. Et beaucoup se désolidarisent de leur mari ou de leurs fils quand ils passent dans le camp des collaborateurs de justice. Pour se protéger d’éventuelles représailles, peut-être, mais par fidélité à leur mode de vie aussi, sans doute.

« Car elles sont de plus en plus actives dans le monde criminel. Ainsi, les femmes prennent soin des hommes en cavale, qui sont de plus en plus nombreux, compte tenu de l’amplification de la lutte anti-mafia en Italie. Ce sont elles aussi qui véhiculent la drogue. Il faut savoir que, dans les années 70, jamais un policier américain n’aurait fouillé au corps une Sicilienne, courrier de la Cosa Nostra, toute de noir vêtue. Maintenant, il y a des femmes-policiers, ce qui change la donne… Ce sont elles également qui, à Naples ou à Palerme, transportent les armes lors des règlements de comptes. Souvenez-vous, de cette première scène du film Gomorra, un contrat dans un salon de beauté : les armes des tueurs sont déposées dans le sac de la jeune fille, leur complice, ce qui limite les risques de fouille. Et puis, quand les hommes sont en prison et qu’il s’agit de ‘boss’, ce sont les femmes qui font circuler l’argent, qui prennent les ordres et les répercutent sur leur territoire. Car il faut bien que ‘le business’ continue !

« Comme il y a de plus en plus de mafieux en prison, comme certains boss sont à l’isolement, ces femmes en viennent à prendre des initiatives, y compris celle de donner l’ordre de tuer, comme des écoutes téléphoniques en apportent la preuve. Ces femmes qui prennent le pouvoir sont filles ou sœurs d’un boss, plus rarement une épouse ».

[Les femmes chefs de clan sont rares encore. « Mais terribles ! », rapporte Claude Ducouloux-Favard dans son livre. Ont beaucoup fait parler d’elles : Angela Russo, dite ‘Nonna Eroina’, la mamie de l’héroïne, organisatrice d’un trafic à 80 ans ; Anna Maza, veuve d’un boss, entourée d’un staff entièrement féminin, protégée par des femmes gardes du corps. Le clan d’Anna Maza était plus préoccupé de bien gérer ses « entreprises » que de prendre le pouvoir sur d’autres clans. Mais ses membres ont eu recours au crime quand il leur a fallu se préserver de réseaux concurrents, tous masculins. En 2008, aucune des femmes chefs de clan arrêtées, n’était devenue collaboratrice de justice, contrairement à bien des hommes.]

« Enfin, poursuit Fabrice Rizzoli, il y a des femmes battues par leur mafioso, des femmes trompées, alors que le code de la mafia impose qu’une épouse soit respectée et que sur le territoire où il exerce, on ne doit pas connaître de maîtresse à un mafioso. Il y a des filles qui se sentent dépréciées par rapport à leurs frères parce qu’on ne leur laisse pas accéder à des études supérieures alors qu’on pousse les garçons. Il y a des femmes qui ne supportent plus l’accumulation des deuils autour d’elles. Il y également des épouses amoureuses de leur mafioso et qui ne se détournent pas de lui lorsqu’il passe dans le camp des collaborateurs de justice. En bref, pour des motifs de révolte divers, des femmes sortent de la mafia en se plaçant sous la protection de la Justice avec laquelle elles acceptent de collaborer.

« Une telle démarche représente une rupture totale avec la famille, le milieu, l’obligation de changer de nom, de devenir une autre. Si Margherita Gangemi et son mari, Antonio Calderone, un repenti, ont fini par se rejoindre aux États-Unis pour commencer une vie nouvelle, la jeune Rita Adria s’est suicidée, éperdue de solitude, après l’assassinat du juge Paolo Borsellino, un drame qui a servi de trame au film La Sicilienne. cf. La Sicilienne rebelle


[Rappelant le cas de Margherita Gangemi, Claude Ducouloux-Favard rapporte que le juge Giovanni Falcone se trouvait pour la première fois face à une Sicilienne, épouse d’un mafioso, attachée à son mari auquel elle se montrait soumise, mais également en opposition au monde de la mafia. Et cette universitaire ajoute : « le juge réalisait que 1968 était passé par là et que des femmes pouvaient défier la mafia ».]

« Sans nul doute, la lutte exemplaire de l’Italie contre la criminalité organisée, avec, surtout, confiscation des biens des mafieux, réduit le pouvoir d’intimidation de ces derniers et favorise le développement d’une résistance jusque dans la société civile », tient à souligner Frabrice Rizzoli. Il faut relever à ce propos, l’action de trois femmes, Giovanna Terranova, Caterina Mancusa et Rita Costa, veuves de juges assassinés : elles ont été à l’origine d’une pétition officielle contre Cosa Nostra qui, en 1980, a recueilli environ 30 000 signatures en Sicile. Dans la foulée de ce succès, a émergé la première association de femmes à Palerme : l’Associazione donne contro la mafia. Des femmes qui, dans la société civile, ont su vaincre la peur.

Monique Raikovic

*Fabrice Rizzoli, Docteur en Sciences politiques, a consacré sa thèse à l’étude des mafias italiennes (cf.Mafias italiennes et relations internationale)

**Claude Ducouloux-Favard – « La Mafia italienne – Des vergers d’agrumes aux marchés globalisés »,, éd. Arnaud Franel- avril 2008. (cf. Le livre pour les étudiants)

Pas de femme, pas de mafia

Le 11 juin, les carabiniers de Gioia Tauro ont arrêté Girolamo Mole’, 48 ans, chef mafieux encore liberté de la ‘ndrine (famille mafieuse calabraise) Molé. Girolamo Molé se cachait dans son habitation et semblait être le leader d’une guerre de mafia larvée avec le clan Piromalli ( Hypothèses du policier antimafia ).

Le 12 juin dernier, les carabiniers suivent une femme qui se rend à l’hopital de Polistena en Calabre. Elle vient rendre visite à son mari de 77 ans qui se fait opérer sous un faux nom. Le malade se nomme en réalité Antonio Pelle, un chef mafieux recherché par la police depuis 2000 pour qu’il accomplisse une peine de 26 ans de prison.  Antonio Pelle est le « capo-bastone » (chef d’une famille mafieuse calabraise) du clan Pelle-Vottari qui s’oppose au clan Nirta-Strangio à San Luca (De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta). L’année dernière Antonio Pelle avait échappé à une arrestation alors qu’il se cachait dans un bunker souterrain (Le quotidien de l’Etat contre la ‘Ndrangheta). Il aurait passé sa « latitanza », sa cavale, dans les montagnes de l’Aspromonte sans téléphone mais avec une armée de messagers pour entretenir les liens avec le clan. Il aurait bénéficié de complicités au sein de l’hôpital en question. Le secteur de la santé étant un secteur fortement infiltré par la mafia calabraise (L’assassinat du vice-président de la régio calabraise : un meurtre politico-mafieux )
Dans le même temps, on apprend au cours du procès concernant le meurtre de Maria Strangio ayant eut lieu le 25 décembre 2006, que les hommes du clan Pelle-Vottari (auteurs de l’assassinat en question) se cachaient dans leur coffre de voiture pour se déplacer. A chaque fois, ce sont les femmes du clan qui conduisaient les véhicules pour faire se rencontrer les mafieux dans la clandestinité. En juillet 2007, deux soldats du clan Pelle-Vottari, Sebastiano Vottari et Marco Marmo se seraient rendu à Messine en Sicile. Quelques jours après, l’un deux Marco Marmo sera assassiné à Duisbourg en Allemagne ( De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta )

Ces enquêtes nous amènent à penser que le rôle des femmes dans la mafia calabraise est toujours aussi fondamentale. Elles transmettent le code culturel aux enfants. Par le mariage, elles assurent la reproduction du clan. Elles accomplissent des activités criminelles importantes comme le transport et l’assistance aux membres du clan en « cavale ». « Accessoirement », les femmes sont les premières victimes de la violence mafieuse.
Sur le rôle des femmes dans la mafia, voir aussi : De la mafia calabraise, de la mémoire et des femmes

« Quand je serai grand, je serai Tony Montana! »

Par Stefan Gouzouguec, professeur à Aubervilliers (photo ducollège Rosa Luxembourg à gauche), auteur de l’article « Monsieur Darcos, assumez vos choix éducatifs! » publié sur le journal en ligne Rue 89 et sur le site « changer-d’oeil »
Il y a quelques semaines, j’ai pu voir naître une mafia dans une classe de 5e d’un collège  » ambition réussite  » de Seine-Saint-Denis. L’idée en est venue au délégué, surnommé  » Shrek « , un colosse handicapé d’un bras, capitaine de son équipe de foot, qui menace de tuer tout le monde lorsqu’on le provoque, même pour plaisanter. Cet élève est par ailleurs un très bon orateur, il l’a prouvé lors de l’élection des délégués de classe. Il a recruté deux des plus fidèles clients du bureau de la conseillère d’éducation et recordmen du nombre de rapports dans la classe, bref des petits gars qui n’ont pas froid aux yeux, comme hommes de main. Leur première mission a été d’aller brasser une petite peste bien gentille, oh, pas grand chose, juste la bousculer sans lui faire de mal. C’est par elle que la conseillère d’éducation et moi-même avons appris l’existence de cette mafia.

Lorsque j’ai évoqué le problème en heure de vie de classe, j’ai appris qu’ils avaient proposé à d’autres de rejoindre leur organisation, dont l’autre déléguée, une demoiselle sérieuse, travailleuse au caractère bien trempé, avec la tête sur les épaules, plutôt amusée par l’affaire. Une commission anti-mafia dirigée par la conseillère d’éducation s’est occupée de faire avorter dans l’oeuf cette  » organisation criminelle  » naissante, sans conséquence pour les diverses parties impliquées.

Ces élèves n’ont au bout du compte rien fait d’autre que structurer leur groupe et chaque personnalité a pris le rôle qu’elle jouait en électron libre. Il n’en reste pas moins que les collégiens des quartiers difficiles ont une admiration très forte pour la mafia, dont ils respectent les codes. Ainsi il est très difficile  » d’enquêter  » sur les bêtises qu’ils commettent, car même les bons élèves respectent la loi du silence et répondent lorsqu’on les questionnent qu’ils ne sont pas des  » poucaves  » (des balances).

Nos collégiens ne rêvent plus, comme les générations précédentes, de devenir médecins, pompiers, militaires, infirmière et je dirais même plus Zidane. Non, leur héros, c’est Tony Montana dans Scarface, le type parti de rien qui s’est fait une place de premier choix par la violence, en respectant un système de valeur parallèle à la  » société officielle « . La mafia de ma classe de 5e s’est en réalité autodissoute lorsque je leur ai rappelé qu’ils n’avaient pas encore quitté le collège, qu’ils avaient encore la possibilité de réussir dans la vie autrement que dans le crime organisé. Il faut dire que ce n’est pas une classe de mauvais bougres. Les plus grands qui sont en 3e, n’en font pas un sujet de plaisanterie, certains d’entre eux ont déjà intégré la petite délinquance et le paient très cher. Scarface ne reste malheureusement pour eux que du cinéma grand public américain. Sans le savoir, ces collégiens ont illustré l’explication de la construction d’un ghetto telle que l’explique le sociologue Didier Lapeyronnie dans l’entretien qu’il a accordé au quotidien Le Monde le 30 décembre 2008 à propos de son ouvrage le Ghetto urbain (éd. Robert Laffont, 2008) :  » [...] les ghettos se construisent autant par l’extérieur – cela correspond aux effets de la ségrégation sociale et raciale – que par l’intérieur – l’élaboration d’une organisation sociale qui permet de compenser un peu les blessures infligées par la société. »

PS de Fabrice Rizzoli :

Afin de démystifier la mafia, il est possible d’analyser en classe les films qui font tant fantasmer les jeunes. D’autre outils pédagogiques existent comme la BD Brancaccio (Une BD pour comprendre le phénomène mafieux. ). On pourrait aussi étudier le livre Gomorra au lycée ( Gomorra, le livre ).

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