Articles avec le tag ‘terrorisme’

Sensibilité mafieuse… et série télévisée

paolo borsellino mafiaRisquons nous à un billet original. Je suis en train de lire le compte rendu de la déposition du collaborateur de justice Gaspare Mutolo au procès Mori (cadre des Carabiniers accusé d’avoir favorisé la mafia). Mutolo est un collaborateur de justice de la première heure qui a expliqué Cosa nostra et la politique (cf. Mafias italiennes et relations internationales).

Gaspare Mutolo rapporte une scène des premiers jours de juillet 1992. Le juge antimafia Borsellino l’interroge à Rome depuis des heures, décontracté, quand le téléphone sonne. C’est le Ministre de l’intérieur. Le magistrat se rend alors au ministère et revient blême et très nerveux. Le mafieux collaborateur de justice lui fait remarquer qu’il fume deux cigarettes en même temps : une dans la bouche, une dans la main. Rires partagés. Le magistrat explique alors l’effroyable message qu’il vient de recevoir :

Bruno Contrada, le responsable des services de renseignement civiles (SISDE) vient de lui dire (au magistrat) : « si Mutolo a besoin de quelque chose, je suis à disposition« 

Vous comprenez le problème?

L’interrogatoire du mafieux normalement ultra secret est en fait connu dans tout Rome…

Problème? Le contexte de 1992 ou le tournant du siècle (cf. Le terrorisme mafieux dans la crise du système politique italien) 

Bruno contrada mafiaLe 30 janvier 1992, la Cour de cassation vient de confirmer le verdict du maxi-procès de 1987 et la condamnation de 300 mafieux de Cosa nostra. La mafia sicilienne dirigée par les Corléonnais déclare la guerre à l’Etat (cf.  colloque sur les attentats de 1992-1993), tue Salvo Lima et Ignazio Salvo référents politiques de la DC en Sicile, puis le juge Giovanni Falcone le 23 mai (cf. Bon anniversaire Giovanni).

Paolo Borseillino est le prochain. il est un cadavre ambulant. Il le sait. Mais ce qu’il découvre c’est que des fonctionnaires des plus hautes sphères de l’Etat joue contre lui. Le magistrat Borsellino est contre une négociation avec la mafia, d’autres fonctionnaires si… ‘Pour plus d’info voir « N ». Négociation dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia en vente chez Ethicando – 6 rue de la Grange aux Belles 75010 Paris- ou sur Amazon.

Imaginez la scène. le chef paolo borsellino mafiades services secrets qui lui balance en langage codé : « je sais que tu interroges le repenti Mutolo« . C’est une menace à peine déguisée. C’est une scène digne de série télévisée quand l’inspecteur met le suspect en position de coupable. Un peu comme les scènes finales de Columbo ou de NY section criminelle. Vous savez, avec une musique… sauf que là c’est le gentil qui se subit un « stress position« .

Oui, ce jour là, le sol s’est dérobé sous les pieds de Paolo Borsellino. La phrase de Bruno Contrada lui a sectionné les jambes et elle annonce les bombes de juillet contre Paolo Borseillino (en photos cf. Sicile 4 : bon anniversaire Paolo)

PS : Bruno Contrada a été condamné à 10 ans pour complicité avec la mafia :-)

Lundi 5 mars 18h : conférence société civile contre raison d’état

Les Amis de Beppe Grillo à Paris et NewropeMag en collaboration avec la Maison de l’Italie vous invitent à une

Conférence – Débat avec

Cadavres exquis, morts pour raison d’Etat, terrorisme

Les influences externes et internes sur la politique nationale. Politiciens, services secrets, crime organisé. Qui est au service de qui ?

Et quel rôle pour les citoyens?

Aldo Giannuli – Professeur d’Histoire du Monde Contemporaine Université de Milan, Expert Commissions parlementaires italiennes

Annie Lacroix-Riz – Professeur Emérite d’Histoire Paris VII

Simonetta Greggio – Journaliste et écrivain

Fabrice Rizzoli – FLARE, 1er Réseau Européen Associatif contre le Crime Organisé Transnational et auteur du Petit Dictionnaire énervé de la mafia

photos rizzoli

En présence de Fabienne Boulin (fille de Robert Boulin et auteur du livre « Le dormeur du val, Ed. Don Quichotte)

Paris, le 5 Mars 2012, 18H00 – 21H00

Maison de L’Italie Cité Universitaire de Paris

7A rue Boulevard Jourdan, 75014 PARIS (RER Cité Universitaire)

L’histoire récente de nos pays européens est parsemée de morts qui demeurent toujours non élucidées. Les enquêtes judiciairesse sont heurtés aux services secrets et autres structures de renseignement intérieur et extérieur, à la criminalité organisée,aux intérêts d’Etat. Il s’agit de relire notre histoire à la lumière de récents travaux journalistiques et historiques. Clarifier qui a fait quoi, comment et pourquoi est nécessaire pour comprendre notre passé, et ainsi affronter pleinement la réalité actuelle.

Ethicando sera présent avec ses produits antimafia, qui redonnent dignité aux citoyens face à la prédation organisée en système.

Pour informations et inscriptions : Meet Up « Les Amis de Beppe Grillo à Paris » : meetupparis@gmail.com

« La plage » : un film de Guillaume Origoni avec Antonino Agostino…

… Emanuele Piazza, Giovanni Falcone, Toto Riina… ect

Le 5 août 1989, la mafia assassinait le policier Antonino Agostino mais ce crime est toujours frappé du sceau de l’impunité. La famille demande justice et nous lui dédions ce billet. En effet, la maison d’édition mafias.fr remet le couvert avec un article de Guillaume Orgoni qui traite de l’attentat manqué , en 1989, contre le juge  Giovanni Falcone et donc de l’assassinat de ce policier et de son collègue.

  • Guillaume Origoni, d’origine italienne (nul n’est parfait :) ) et diplômé de sciences politiques, a travaillé en Sicile et en Calabre. Il s’interesse à la stratégie de la tension et  aux années de plombs et, dans le cadre de ses recherches, il lui arrive donc de rencontrer un autre sujet : la mafia.

En ce 11 juin 1989 sur une « plage » de Palerme, Giovanni Falcone en discussion avec des magistrats suisses fait l’objet d’un attentat à la dynamite qui n’explose pas. S’agit-t-il d’un avertissment ou d’un « raté ». Les magistrats suisses sont-ils visés? En effet, dans les banques hélvétiques il n’y a pas que l’argent des mafieux… D’aprés l’auteur, les services de renseignement italien ne sont pas loins de la scène ; ce qui  aliment une thèse, celle d’un rapport entre Mafias italiennes et relations internationales, et du rôle du terrorisme mafieux dans la crise du système politique italie (cf.12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993).

Bonne lecture :-)

 

 

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Sicile 4 : bon anniversaire Paolo

L’homme qui tua Paolo Borsellino

de Lirio Abbate in  L’espresso, 14.07.2011, traduction et notes: Olivier Manchion, aglioecipolla.com

« L’homme qui tua Paolo Borsellino est Giuseppe Graviano, boss de Cosa nostra. Le mobile du crime? le magistrat en savait trop sur les discussions en cours entre la mafia et l’État. 19 ans après le massacre de via d’Amelio, les enquêtes menées par la Dia (Direzione Investigativa Antimafia, qui dépend du ministère de l’interieur, ndr) de Caltanissetta sont arrivées à un tournant, décisif.

Le bourreau de Paolo Borsellino et son escorte s’appelle Giuseppe Graviano. C’est un boss du Brancaccio (quartier palermitain, Une BD pour comprendre le phénomène mafieux.). Et selon le collaborateur de justice Gaspare Spatuzza, il aurait négocié directement avec Silvio Berlusconi et Marcello Dell’Utri, après l’attentat de via d’Amelio… » la Suite

Je pense sincèrement qu’on s’approche de la vérité quand à l’assassinat de Paolo Borsellino (après celle de Falcone cf. Bon anniversaire Giovanni). Cette vérité judiciaire devrait aider à faire triompher celle des attentats de 1993 commis sur le continent. En attendant la vérité judiciaire impliquant des commanditaires externes à la mafia (Dell’Utri and co?) sur les bombes de Florence, Milan et Rome, un travail universitaire en langue française existe depuis 2002 : (cf.  colloque sur les attentats de 1992-1993) et depuis 2009 (cf. Le terrorisme mafieux dans la crise du système politique italien) : le fruit des analyses, entre autres, des commissions parlementaires antimafias de 1992 à 1996.

Ben Laden mort : le 11 septembre va t-il continuer à profiter aux mafieux?

Ben Laden est mort, les Etats-Unis vont pouvoir concentrer leur efforts sur le crime organisé, la corruption, le blanchiment et la fraude…

Retour sur ce 11 septembre qui profitent aux mafieux. Dans un billet précédent (cf. La Cosa Nostra se porte bien), on pouvait noter que la mafia italo-américaine était une mafia dynamique. Une des raisons de son pouvoir serait la focalisation (excessive?) des services de sécurité américains sur le terrorisme au détriment de la lutte contre le crime organisé. Dans un autre billet, (cf. Mafias : ancrage local, pouvoir transnational), une chercheuse faisait aussi le même constat notamment depuis le 11 septembre (une théorie soutenue aussi par Jean François Gayraud). Effectivement, depuis le 11 septembre 2001, les effectifs destinés à la lutte contre le crime organisé au profit de la lutte anti-terrrorisme ont fondu comme neige au soleil.

Le pire serait de se rendre compte que la menace terroriste, en particulier celle d’Al Quaida ne serait celle qu’on croit. Je ne peux résister à vous proposer cette vidéo de 8 minutes montrant l’expert Alain Chouet (ancien de la DGSE et spécialiste du Moyen Orient) exprimer avec verve sa version des faits devant le Sénat : un bijou.


Ex-chef de la DGSE: "Al Qaida est mort en 2002"… par ReOpen911

Interview RFI : le crime organisé menace l’ordre mondial

Mardi 29 mars, dans le cadre de l’émission Allô Bruxelles Jean-François Cadet interviewait votre serviteur car le Parlement européen organisait mardi 29 et mercredi 30 mars 2011 un séminaire consacré aux crimes organisés. Selon l’Organisation des Nations unies et certains eurodéputés la menace de la mafia est sous-estimée en Europe. Or elle est partie intégrante des sociétés, elle est même le principal risque de désordre mondial selon l’ONU.

(05:22)

Secrétaire général de l’Observatoire géopolitique des criminalités

Le Vatican et la mafia : le compte n’y est pas!

En visite en Sicile, le Pape Ratzinguer a déçu les militants antimafias (article du Point). Et pour cause, il a joué un petit jeu qu’on connait bien dans le milieu de l’antimafia, il a parlé de « crime organisé » au lieu de « mafia ». Cela relativise  l’importance du péhénomène mafieux. A contrario du crime organisé, la mafia conditionne fortement la population (cf. Les ‘ndrines et le consensus social).

Les mafieux adorent le relativisme. Ils se baladent dans les cafés et disent « Ma! Nous, on n’est pas le crime organisé, on est la justice et l’honneur... »

Les mafieux ne s’y sont pas trompés. En représailles de ce timide discours, ils ont « juste » posé une bonbonne de gaz  devant le centre Padre Nostro à Palerme. Ce centre implanté à Brancaccio (cf. Une BD pour comprendre le phénomène mafieux a été créé par le Père Pino Puglisi assassiné en 1993 par le clan Graviano (les frères Graviano commandent toujours sur le territoire en dépit de leur incarcération au régime 41 bis du code de procédure pénal…). Ils l’ont assassiné précisement parce qu’il renversait le consensus social qu’accordaient les jeunes aux mafieux au profit de la légalité, de l’école…

A contrario, en 1993, Jean Paul II avait pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise condamné fermement la mafia et inviter les mafieux à se « convertir à la loi de dieu » . Au moment même ou les mafieux devenaient en masse des « repentis » (des collaborateurs de justice) ; – de « convertitevi » à « pentitevi« , il n’y avait qu’un pas sémantique que les mafieux n’ont pas accepté. En représailles, les mafieux déclenchèrent la terreur avec trois bombes contre des édifices religieux (cf. 12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993).

Pour me faire comprendre, voilà ce que devrait dire l’Eglise pour être en harmonie avec la lutte antimafia :

« La mafia est contraire aux lois du Christ et à celle de l’état de droit, repentissez vous puis collaborez avec la justice (cf. Eglise et mafia)« 

Un victoire de l’état de droit sur la violence programée

En ce 20 septembre, la matinée n’est encore terminée quand deux sicaires se présentent à la hauteur d’un homme de 59 ans qui recoit 10 projectiles de 9 mm. Domenico Chirico était membre de la  »ndrine (famille mafieuse calabraise) Condello (cf. L’arrestation de Pasquale Condello) et il serait le  responsable du quartier Gallico (« Zoomafia » au quotidien) de Reggio.

A contrario, dans le quartier plus au sud à Archi (en photo), fin septembre, la police a arrêté un important membre de la ‘ndrine Tegano qui a décidé de collaborer avec la justice. Sa décision est d’autant plus importante qu’il est le neveu de Giovanni Tegano, un des chefs les plus influents de la ‘Ndrangheta, arrêté au printemps dernier (cf. Arrestation du « boss » Tegano et du consensus social). Il est probable que nouveau collaborateur de justice (appelé à tort « repenti ») face la lumière sur des évènements passés (cf. attentas préfecture de Palerme).

Dans le premier cas, le mafieux a été victime de la violence programée, dans le second cas de figure, il a fait le choix de l’état de droit (Collaborer avec la justice : le choix de vivre)


12 janvier 2002, un étudiant et un colloque sur les attentats de 1992-1993

La presse française s’enflamme (cf. Richard Heuze, le Figaro du 19/10/2009 : « Quand la mafia tentait de négocier avec Andreotti« ). Elle découvre que la mafia sicilienne a posé des bombes en 1992-1993 (cf. Bon anniversaire Giovanni) et dialoguer avec des politiciens pour obtenir leur faveur…. (cf. Leçon de communication mafieuse par Toto Riina). Ensuite, l’article ne dit pas que la Cour de cassation, dans sa décision du 15 octobre 2004 a condamné Giulio Andreotti pour le délit d’association mafieuse mais les faits (antérieurs à 1980) sont prescrits.

Le 12 janvier 2002, déjà, au cours  d’un colloque organisé au Sénat par l’association Démocraties, un « jeune » doctorant expliquait que la première République italienne mourante subissait des attaques mafieuses afin de faire pression sur l’Etat et sa nouvelle classe politique (cf. La Sicilienne rebelle).

Retrouvez le texte en question en cliquant sur le doc en Pdf ci-contre

Le terrorisme mafieux dans la crise du système politique italien

Analyse géopolitique des relations « politico-mafieuses » après la chute du mur de Berlin,

revue de l’Institut de Recherche de L’European Business school, n°11, 2008

Entre 1992 et 1993, Cosa nostra sicilienne commet pas moins de 7 attentats dont celui de Florence en 1993 (en photo) ; des attentats déjà évoqués le 12 janvier 2002 au cours d’un colloque et qui ont fait l’objet d’une attention particulière dans un article tiré d’un thèse (cf. Mafias italiennes et relations internationales) :

La fin de la confrontation « Est-Ouest », entraîne dans sa chute le « système politico-mafieux » d’après-guerre et la « première République » (1945-1992)1. Au cours de la « deuxième République », les mafias italiennes perdent l’importance qu’elles ont eu sur la scène politique et militaire dans la stratégie américaine du containment visant à empêcher tout pays du monde libre à basculer dans le communisme.

Les années quatre-vingt dix sont d’abord marquées par une confrontation entre la justice, les organisations mafieuses et une partie de la classe politique. De 1992 à 1994, l’Italie connaît une phase d’instabilité politique et économique. De nouvelles lois, un relatif renouveau de la classe politique amène à penser qu’une « seconde République » est née. Ce contexte permet une offensive des magistrats contre les organisations mafieuses et leurs complices. Face à ce nouveau rapport de force, la mafia s’adapte et reconquiert les alliances politiques. L’alibi de la lutte contre le communisme qui freinait la répression contre les mafias semble caduc. Les politiques ne sont plus en mesure de garantir l’impunité des mafieux. Les relations-politico-mafieuse semblent entrer dans une nouvelle ère.

Les magistrats profitent de ce vide politique et de la remise en cause de la loi du silence pour infliger des coups sérieux aux organisations mafieuses. La réponse de la mafia se résume à une stratégie terroriste. Par la suite, les victoires étatiques comme la terreur mafieuse ont peut-être laissé place à une nouvelle forme de pacte.

La suite :

1 La notion de changement de République en Italie ne repose pas sur une rupture constitutionnelle comme c’est le cas en France.

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Mafia (en italien)
Observatoire Géopolitique Criminalités