Archive pour la catégorie ‘Cosa nostra, mafia sicilienne’

Cette semaine, une chaîne de télévision française a diffusé un court reportage sur une course clandestine de chevaux dans la province de Messine (vidéo d’une autre chaîne).


A la fin de la diffusion, le commentateur évoque une infraction « moins grave (« inofensives » cit.) que le trafic de drogue… ». En réalité, les courses clandestines relèvent du contrôle du territoire et du consensus social. C’est parce que les mafias contrôlent le territoire qu’elles sont les plus fortes en matière de grands trafics. Pour illustrer ce propos, vous pouvez relire un article paru au mois de mars (cf.
« Zoomafia » au quotidien). Les courses de chevaux font partie des activités  dénommées « zoomafia ». Ces activités criminelles sont incluses dans le concept des « ecomafias » (cliquez pour plus de précisions).

Le 28 octobre 2008, les magistrats de Trapani ont procédé à l’arrestation de 11 personnes, des mafieux, des politiciens et une avocate. Tous sont accusés d’avoir commis des délits (extorsion, attentats incendiaires et infiltration dans l’économie légale) avec la méthode mafieuse. Les magistrats ont aussi saisi une société de construction. Les mafieux appartiennent à la cosca Melodia d’Acalmo. L’homme politique, Pietro Pellerito, est le conseiller provincial de l’Union des démocrates chrétiens du centre (UDC). Le père du président de l’assemblée provinciale (conseil général) a été arrêté pour complicité avec la mafia.

L’avocate est accusée de « concours externe en association mafieuse ». Des micros habilement placés ont révélé que l’avocate parlait avec des chefs mafieux de la province de Trapani. La femme de loi évoquait ces rencontres avec Domenico Raccuglia, le nouveau leader de la mafia de Palerme.

Ce type d’arrestation renvoie à la définition de mafia, une association criminelle complexe insérée dans la haute société :

« Le système relationnel mafieux est composé de rapports de parenté, d’amitié, d’intérêt, de contiguïté et de complicité. Ce réseau s’affirme dans des conditions de développement comme de sous-développement économique. Ces relations composent un corps social hiérarchiquement organisé. Les catégories sociales les plus pauvres représentent le bassin de recrutement de la main-d’œuvre pour les mafias. Les sommets de l’organisation mafieuse sont capables de sceller un pacte scélérat avec les plus hautes sphères du pouvoir politique et économique, la haute société ». Le tout forme un corps social, un club privé, que le sociologue Umberto Santino qualifie de « bourgeoisie mafieuse ».

Voir  :
N°12. De la Bourgeoisie mafieuse à Agrigento
N°85. Un complice du chef de la mafia arrêté
N°71. Pourquoi Renato Schifani est-il président du Sénat?

Santino (Umberto), L’alleanza e il compromesso (mafia e politica dai tempi di Lima e d’Andreotti ai nostri giorni), éditions Rubbettino, Soveria Manelli, 324 pages, 1997, pp. 5-9.

Le 15 octobre, les magistrats ont trouvé une partie du trésor du clan Lo Piccolo. Les agents police ont mis la main sur 500 000 euros, sur quatre kilos de bijoux et sur des obligations. Retrouvez la gallerie de photos en cliquant ici. Les billets étaient soigneusement enroulés et placés dans des bocaux en verre pour les protéger de l’humidité. Le tout était enfoui dans un jardin attenant à un pavillon près de Palerme. Les magistrats de la direction des enquêtes antimafia de Palerme n’ont pas chômé depuis l’arrestation du chef éphémère de Cosa nostra. Ils ont arrêté tous ses sous-chefs et ils bénéficient de collaborateurs de justice (« repentis »). Les magistrats ont aussi découvert un cimetière mafieux, là où étaient enterrées les victimes du clan. Les magistrats ont aussi révélé que le club de Football de Palerme payait les cosche (familles mafieuses siciliennes).

Les mafieux sont donc de vrais capitalistes. A l’aide du racket et de l’usure, ils imposent des subprimes aux commerçants. Ils font la guerre pour conserver leur position de pouvoir ou leurs ressources. En faisant payer l’eau et l’électricité dans les quartiers populaires ( La mafia taxe l’eau et l’electricité des plus défavorisés ), ils ont depuis longtemps privatisé ces ressources. Les mafieux diversifient leurs investissements (commerces, or, bijoux…) et savent que la crise (arrestation et emprisonnement) fait partie du processus. Lorsque la crise sera bien installée, ils seront les seuls à posséder des liquidités pour faire tourner l’économie de subsistance et animer l’industrie du jeu et de la prostitution.

D’après tous les historiens, il aura fallu la seconde guerre mondiale pour que les Etats-Unis et l’Europe sortent de la crise… de 1929…

Le 3 juillet 2008, la magistrature de Palerme a mis en examen une vingtaine de personnes accusées d‘être les collecteurs du pizzo, l’impôt mafieux. Les 20 personnes « travaillant » pour la cosca, la famille mafieuse sicilienne, sévissaient dans le quartier de San Lorenzo. Cette opération de police fait suite à de nombreuses autres visant à démanteler la cosca de Salvatore Lo Piccolo (art. 7).
Tout est parti de l’arrestation et de la collaboration de Francesco Franzese[1], un des bras droit de Lo Piccolo dont on peut voir la photo en haut à gauche (Corriere della sera). Depuis tous les cadres du groupe Lo Piccolo sont passés du côté de la justice. Les entrepreneurs de la zone ont même décidé de collaborer avec l’Etat.
Dans ce quartier Palerme, tous payent le tribut à la mafia. Dans la cité populaire du Zen, les habitants des HLM sont contraints de payer un impôt de 15 à 20 euros pour avoir droit à
l’alimentation en eau et en électricité. Si un habitant refuse de payer, les soldats de la mafia coupent l’alimentation.
Les mafieux profitent du « sous-développement organisé » qui règne dans le Sud de l’Italie (
art. 80)). Ils peuvent ainsi s’octroyer des « faveurs ». Par exemple, un
des lieutenants de Salvatore Lo Piccolo a été arrêté chez une résidente du Zen. Avec un peu de chance, ce mafieux lui faisait grâce des 15 euros de pizzo
Déjà dans les années soixante-dix, les femmes de ce quartier étaient utilisées comme courriers de la drogue vers les Etats-Unis. Ces jeunes femmes des campagnes débarquées à Palerme après un exode rural, étaient violées par les mafieux à l’aller et au retour.

Conclusion :

– La mafia est une organisation secrète : pas de lutte antimafia sans « repentis » ;
– L’idée d’une mafia « protectrice des opprimés » est un mythe.


[1] Francesco Franzese a vraisemblablement des origines normandes. Son nom et la couleur de ses cheveux constituent des indices révélateurs. A noter que la Sicile a longtemps été gouvernée par les Normands.

Le 26 juin, la police de Trapani a arrêté Salvatore Di Girolamo, 49 ans, chef d’entreprise dans le bâtiment et déjà condamné par la justice. Il avait même négocié sa peine, ce qui veut dire qu’il avait reconnu les faits qui lui étaient reprochés. Cette fois, il a été arrêté parce qu’il donnait aux familles mafieuses de la province de Trapani (carte à gauche) 10% sur les appels d’offre qu’il remportait.
En effet, Salvotore Di Girolamo n’était pas racketté par la mafia. Pour obtenir ces appels d’offre, le chef d’entreprise corrompait des fonctionnaires. Si bien qu’il se déplaçait avec une sacoche pleine d’argent pour livrer lui-même les pots de vins aux fonctionnaires intéressés. Cette arrestation faite suite à de nombreuses autres qui touchent des entrepreneurs appartenant à la classe dominante en Sicile : la « bourgeoisie mafieuse »
(CDS).
Cette arrestation a été rendue possible par des écoutes qui n’ont fait que corroborer les déclarations de deux collaborateurs de justice ( des « repentis »). Les enquêteurs affirment aussi qu’un « climat » favorable au sein des autres entrepreneurs et de la Confindustria a favorisé cette opération. Confindustria, le « Medef » sicilien, était jusqu’ici peu enclin à lutter contre la mafia (voir Note d’alerte du DRMCC).
Enfin, Salvatore Di Girolamo était un complice de Matteo Messina Denaro, le chef de la mafia de Trapani qui est toujours en fuite. Il s’agit du deuxième entrepreneur, dans la sphère du fugitif, arrêté en l’espace d’un an. La cavale de Matteo Messina Denaro approche-t-elle de sa fin ?

Cosa nostra sicilienne mafia

Mafia Partinico

Le 10 mai 2008, les carabiniers ont arrêté à l’aéroport de Rome, Francesco Nania dont on peut voir la photo provenant du quotidien la Repubblica.it. Francesco Nania, 39 ans, est un « homme d’honneur » c’est à dire un membre de Cosa nostra, la mafia sicilienne. Il était recherché pour purger une peine de neuf ans de prison. Condamné pour « association mafieuse », il s’était réfugié aux Etats-Unis chez sa sœur qui réside dans le New-Jersey. En 2006, à partir d’un signalement des carabiniers italiens, le FBI avait arrêté Francesco Nania. Après avoir accompli une peine de prison pour entrée illégale sur le territoire américain, les autotités américaines l’ont expulsé.
La Direction provinciale antimafia estime que Francesco Nania était le trésorier de la cosca Vitale, une famille mafieuse qui opère à Partinico (une ville située à l’Ouest de Palerme). La famille Vitale est dirigée par Leornardo Vitale actuellement incarcéré. Secondé par la femme et la fille du boss détenu, Francesco Nania s’occupait de récupérer les sommes provenant des activités de racket.
Francesco Nania est issu d’une lignée de mafieux. Son père et son grand-père sont en prison.
Il a peut-être fuit la Sicile par peur des représailles plus que par peur d’une condamnation. Dans l’univers mafieux, huit ans de prison sont considérées comme une courte peine! Le territoire de Partinico est sujet à une grande instabilité. Depuis 2005, les cosche se disputent le leadership du pouvoir mafieux (voir le meurtre de Maurizio Lo Iacono, un proche de Bernardo Provenzano, art. 2).
Conclusions :
La coopération entre les polices des deux côtés de l’Atlantique fonctionne. Ce succès fait suite à l’opération Old Bridge: il n’y a pas de lutte antimafia efficace sans une coopération internationale.
Les femmes tiennent un rôle important au sein des quatre mafias italiennes (cf. De la mafia calabraise, de la mémoire et des femmes=

On ne saurait rien des intrigues mafieuses à Partinico sans la collaboration de Giusy Vitale, la sœur d’un des chefs mafieux emprisonnés : il n’y a pas de lutte antimafia efficace sans « repentis ».

Le 8 mai 2008, les juges antimafia de Palerme ont mené une opération contre le blanchiment d’argent provenant des familles mafieuses. Les magistrats ont fait arrêter Francesco et Ignazio Zummo, père et fils. En 2006, ces entrepreneurs ont déjà été condamnés pour le délit d’association mafieuse. Ayant accepté un procédure abrégée, ils ont donc reconnu leur action pro-mafia devant la justice. Celle-ci a aussi mis en examen un banquier suisse accusé d’attribuer des biens à des prête-noms. Depuis 2003, il était l’intermédiaire entre les chefs d’entreprises Zummo et un banquier de Nassau. Les entrepreneurs téléphonaient depuis des cabines publiques de Palerme au banquier Suisse qui donnait ensuite les ordres à une banque implantée aux Bahamas. La justice a saisi le compte en banque, dénommé Pluto, créditeur de 13 millions d’euros, et elle a pu mener des perquisitions dans des agences
bancaires à Milan et à Lugano.

La lutte contre le blanchiment est indispensable à la lutte antimafia voir l’affaire dnas ce reportage sur la confiscation


Le porte-monnaie, talon d'Achille de la mafia di euronews-fr

Le 29 février 2008, Giuseppe Riina a été libéré de prison. La photo à gauche représente Giuseppe Riina quittant la prison de Sulmona dans la région des Abruzze.
Celui-ci n’est autre que le troisième fils de Salvatore, Toto Riina, le chef de la mafia sicilienne de 1983 à 1993 (cf.Toto Riina commande la mafia sicilienne de sa cellule!).

Au cours des années 2000, les policiers avaient placé des micros dans la voiture du jeune Riina. L’étude des enregistrements ne laissait planer aucun doute. Giuseppe Riina tentait de reprendre en main une « cosca », un clan mafieux. En 2004, il avait été condamné en première instance pour association mafieuse. Depuis, Giuseppe Riina attendait le procès d’appel. Parce que les termes légaux de sa détention provisoire étaient dépassées, et conformément aux règles de droits, la Cour de cassation l’a libéré. Giuseppe Riina est, certes, interdit de séjour à Palerme. Il doit, certes, signer au commissariat les lundi, mercredi et vendredi. Il n’a, certes, pas le droit de fréquenter d’autres personnes déjà condamnées par la justice. Il n’a pas, non plus, le droit de sortir entre 20 heure le soir et 7 heure du matin. 

L’ensemble de ces mesures n’a jamais empêché un mafieux d’exercer ses prérogatives. En se rendant au commissariat, il ridiculise l’Etat incapable de le priver de liberté. Puis, Giuseppe Riina compte faire condamner l’Italie par la Cour européenne des droits de l’homme pour la longueur de son procès. Et, comme nous vivons dans des Etats de droit; le fils de plus sangunaire des parrains va gagner.

L’Etat itatlien boira, alors, le calice jusqu’à la lie; se décrédibilisant auprès d’une population sicilienne souvent fataliste.          
Le procureur national antimafia, Piero Grasso ne s’y est pas trompé en affirmant qu’en Italie, « les magistrats ne servent à rien ». Dans ce pays, les forces de l’ordre font un travail remarquable pour arrêter les mafieux. Cependant, la justice italienne, lente et empêchée par les politiques, n’arrive pas à mettre les mafieux hors d’état de nuire. 

L’impuissance relative de la justice est le principal allié des mafias italiennes.

Jouez avec moi. Trouvez l’erreur au sein des multiples arrestations :

  • Le 07 avril 2008, la police a arrêté neuf personnes proches du clan Santapaola de Catane. Ces personnes sont accusées d’extorsion de fonds et d’usure. Elles ont prêté 25 000 euros à un commerçant qui devait rembourser cette somme à des taux d’intérêt variant entre 72 et 120% par an. Parmi les personnes arrêtées, figure un policier de 46 ans qui serait intervenu en faveur de son frère impliqué dans les opérations d’usure de la cosca, la famille mafieuse en question.
  • Le 8 avril 2008, la police a arrêté une avocate accusée d’avoir favorisé le boss Giuseppe Falsone. Ce dernier, en fuite, serait le chef de la mafia d’Agrigento.
  • Le 16 avril 2008, la direction antimafia a arrêté un géomètre de 53 ans. Ce fonctionnaire du conseil général de Caltanissetta est accusé de corruption, de concussion et extorsion de fonds contre trois entreprises du bâtiment. Il recevait de l’argent et du matériel en échange de d’attribution de travaux sur les routes départementales. Les enquêteurs le pensent lié à une cosca de la zone.
  • Vendredi 18 avril 2008, la police a arrêté Luigi Distatefano, 34 ans, présumé chef de la puissante cosca Santapaola de Catane.
  • Le 22 avril 2008, un entrepreneur d’Agrigento a dénoncé la personne qui lui demandait le pizzo, l’impôt mafieux. Le racketteur, âgé de 31 ans , appartiendrait à la cosca de Porto empedocle dirigée par le boss Gerlandino Messina. Ce dernier est latitante, en cavale. Le racketteur est lui-même entrepreneur et il était conseiller municipal de la ville de Realmonte.
  • Le 23 avril 2008, un entrepreneur de Palerme a dénoncé son extorqueur. Ce dernier était chef d’entreprise. Les complices de cet entrepreneur avaient déjà été arrêtés parce qu’ils figuraient sur des pizzini de Salvatore Lo Piccolo.
  • Le 23 avril 2008, la police de Caserta en Campanie a arrêté une vingtaine de personne proches du clan Belfiore. Ce clan de la Camorra contrôle la ville de Marcianise et les communes avoisinantes. Parmi les complices du clan, il y aurait des medecins, des agents de la police pénitenciaire ainsi que deux femmes.

    L’erreur est au chapitre 4 (à la ligne 17). La personne arrêtée est seulement un mafieux… Pour les autres opérations, les personnes arrêtées sont des entrepreneurs voir des fonctionaires ou bien ils exercent des professions libérales. Sans ces complices, la mafia n’est rien. C’est pourquoi les mafieux et leur complices forme un corp social : « la bourgeoisie mafieuse » (U. Santino Csd). Pour comprendre ce concept, vous pouvez lire les articles suivants (art. 8. 1621.25. 33. 43.44).
Avec cette article, nous commençons, une longue série concernant la biographie du nouveau président du Conseil italien : une vie truffée de mystères.

Silvio Berlusconi est né le 29 septembre 1936 à Milan. Il est le premier de trois enfants, deux garçons et une fille.  Son père, Luigi Berlusconi, est employé à la Banque Rasini. Sa mère,  Rosa Bossi, est femme au foyer. Cela commence mal. La banque Rasini est une des banques des familles mafieuses de Palerme. Silvio Berlusconi fréquente dès son plus jeune âge un milieu obscur. Un psychologue dirait que son père a réussi sa transmission…

En 1954, il obtient le baccalauréat, section lettres classiques, au lycée catholique Copernic et s’inscrit en droit à l’université d’Etat de Milan. Il fait occasionnellement du porte-à-porte pour vendre des brosses électriques. Il fait également des photos lors de mariages et d’enterrements. Il joue de la basse et chante dans l’orchestre d’un ami d’enfance, Fedele Confalonieri, mais aussi sur des bateaux de croisière.  En 1957, il a son premier emploi occasionnel dans le secteur de l’immobilier et de la construction.

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