Archive pour la catégorie ‘Cosa nostra, mafia sicilienne’

On nomme, de manière générale,  « écomafia », les activités des mafias qui altèrent l’environnement. Cette semaine, la Garde des finances a saisi les actes de la procédure d’un appel d’offre concernant la récolte et le traitement des déchets à Gela. Gela est une ville côtière en Sicile orientale dont on peut voir une photo aérienne à gauche.
Le marché public en question avoisine les 22 millions d’euros. Une seule entreprise avait concouru à cette adjudication. Elle l’avait remporté en proposant un prix de 0,1 % inférieur à celui demandé par l’administration. Rosario Crocetta (cf. Rosario Crocetta obsède la mafia), le maire ouvertement antimafia de Gela et le nouveau sénateur du Parti Démocrate de gauche, Giuseppe Lumia, ont demandé l’ouverture d’une enquête pour infiltration mafieuse.
D’après l’association Legambiente, les « écomafias » représentent, pour les mafias italiennes, 23 milliards d’euros de chiffre d’affaire par an. Ce chiffre ne concerne que les déchets non déclarés. A ces 23 milliards s’ajoutent les gains des sociétés de récolte et de traitement des déchets qui sont proches des clans.

Le 18 avril 2008, Giovanni Mercadante, ancien conseillé régional de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (cf. sommet de la bourgeoisie mafieuse),  a obtenu la résidence surveillée.
Il était pourtant placé en détention provisoire dans le cadre de sa mise en examen pour association mafieuse. D’après les magistrats, Mercadante, n’est pas complice de la mafia, il en fait partie!
Giovanni Mercadante été libéré pour raisons médicales. Il souffrirait d’une grave dépression et il n’existe pas d’établissement pénitencier de ce type en Sicile.

Conclusion :  les hôpitaux publics dans le sud de l’Italie sont dégradés parce que la mafia et ses complices médecins détournent les fonds publics (cf. Contrôle judiciaire contre Bourgeoise mafieuse). Lorsque la magistrature poursuit un des responsables, elle le libère parce que le système de santé est défaillant…

Breaking news : en 2012 Giovanni Mercadante a été acquitté après avoir été condamné en appel pour concours externe en association mafieuse.

 

Le mardi 15 avril 2008, dans le cadre de l’opération « High », les policiers du commissariat de Gela, une ville sicilienne au bord de la mer de Sicile, ont arrêté quatre membres de la Stidda. La Stidda signifie l’étoile ou l’écharde en dialecte sicilien (photo à gauche). La Stidda serait la cinquième organisation mafieuse italienne. Aujourd’hui alliée à Cosa nostra, elle se réorganise. Depuis le mois de septembre 2007, quatre nouveaux stiddari, pourtant soumis au régime de la liberté surveillée, rackettaient des chefs d’entreprises de Gela.
Comment souvent maintenant (art.24), les magistrats insistent pour dire qu’ils n’ont pas fait appel à un collaborateur de justice, autrement dit un repenti. Les commerçants ont, pour leur part, avoué avoir payer le pizzo, seulement une fois qu’ils se sont vus sur la vidéo de la police.
Effectivement, avec la victoire du centre-droit aux dernières élections législatives, les magistrats, les collaborateurs de justice et les commerçants courageux vont avoir la vie dure.
Maintenant que Marcello Dell’Utri (art.33) et Salvatore Cuffaro (art),
tous deux condamnés pour avoir favorisé la mafia sont élus sénateurs, que peuvent dire les mafieux au juge ? 

« Ma ! Signore Giudice, maintenant que la mafia est à Rome, vous n’allez pas me casser les couilles pour quelques extorsions ! »

Le 12 avril 2008, la justice  a placé Mimo Miceli sous contrôle judiciaire. Mimo Moceli est un ancien assesseur à la mairie de Palerme. Il appartient à l’Udc, le parti du centre démocrate-chrétien.Mimo Miceli, médecin, a été condamné à 8 ans de prison pour complicité d’association mafieuse (cf. Un sénateur condamné par une justice italienne sophistiquée)

En Italie, les droits de la défense sont très affirmées et on ne va pas souvent en prison après avoir été condamné en première instance. Les juges demandent donc que ce complice  de la mafia ne quitte pas Palerme, qu’il reste à son domicile de 21h à 7h et qu’il signe au commissariat trois fois par semaine.
Pour les magistrats, le médecin Miceli est « dangereux pour la société« . En effet, il a été réintégré dans ses fonctions à l’hôpital à l’issu de sa détention provisoire. Il peut prendre d’importantes décisions en particulier dans le monde de la santé. Il est mesure d’entretenir le pouvoir mafieux et la gestion clientéliste des postes au sein de la fonction publique hospitalière.

Conclusion : la mafia seule n’existe pas. Elle fait partie d’un corps social plus large que l’on peut nommé « Bourgeoise mafieuse ») (U. Santino CSD). Mimo Miceli en est l’un des membre.

Mardi 8 avril 2008, il est 20h30 à Stefanaconi dans la province de Vibo Valentia en Calabre quand Antonio Lopreito, 46 ans, sort de son magasin. Un tueur s’approche et tire huit coup, avec un pistolet 7,65, dans le thorax puis dans la tête. La victime est un commerçant en matériaux de construction. Il avait antécédents pénaux. Il s’agit troisième crime mafieux en quelques mois dans une commune qui compte 3 000 habitants. Dans cette zone, deux ‘ndrines, les Bonavota et les Petrolo, se disputent le contrôle du territoire.

Par exemple, au mois d’octobre 2007, Michele Penna, 30 ans, affilié à la ‘ndrine Petrolo-Bartolotta a disparu. Les enquêteurs sont certains qu’il s’agit d’une Lupara bianca, une disparition mafieuse. Il semble que le chef de la ‘ndrine en question ait fait assassiner Michele Penna parce que celui-ci entretenait une relation amoureuse avec la femme du chef de famille. Michele Penna n’a pas été tué pour des principes moraux. Il a été tué car « se taper » la femme du chef constituait le premier acte de défiance envers l’autorité chef. En réalité, Michele Penna projetait de constituer sa propre ‘ndrine !

L’adultère n’est pas toujours puni de mort dans la mafia. A contrario, un autre chef de famille laissait un de ses soldats s’amuser avec sa femme. Le jeune mafieux étaient un excellent tueur.
Le 9 avril 2008, la police a arrêté l’auteur présumé du meurtre de Giuseppe Cavallo survenu le 25 mars (art. 23) et qui s’inscrit dans la faida de Crotone (art.27). Le présumé assassin, Andrea Corrado est âgé de vingt ans et serait affilié à la ’ndrine Megna qui se dispute le territoire de Panapice avec la ‘ndrine Russelli.

Par ailleurs, le 11 avril 2008, la Garde des finances à saisi des biens pour une valeur de deux millions d’euros au capo-bastone Cermelo Lo Bianco de Vibo Valentia. Parmi les biens en questions, il y a des installations thermo-hydraulique, trois appartements et des actions de société. Cette saisie fait suite à l’opération « New sunrise » qui a frappé la ‘ndrine Lo Bianco l’année dernière.

A l’approche des élections législatives prévues dimanche 13 et lundi 14 avril, le ministre de l’Intérieur révèle que la ‘Ndrangheta tente d’acheter des votes auprès des électeurs. Certaines ‘ndrines contrôleraient 50 000 voix (article).

La seule question est : une fois qu’un politicien aura été condamné, son parti aura t-il le courage de l’exclure ? Car à y regarder de plus prés, nombres de candidats, en particulier au centre-droit sont déjà condamnés. C’est le cas de Silvio Berlusconi, Marcello Dell’Utri, Salvatore Cuffaro (sur la photo)… d’autres comme Saverio Romano, Salvatore Cintola, Calogero Mannino, Gusy Savarino sont actuellement poursuivi par la justice.

Mais comment donc le prochain gouvernement de centre-droit pourra t-il lutter contre les mafias ?

En 2000, le juge Edi Pinatto, en poste en Sicile, devait écrire les motivations d’une sentence concernant sept personnes proches du la cosca Madonia, une famille mafieuse dans la province de Caltanisseta. En 2002, deux chefs mafieux condamnés à 24 ans de prison ont été libérés parce que la décision de justice n’était pas rédigée. En 2004, le Conseil supérieur de la magistrature avait retiré deux années d’ancienneté au magistrat « escargot ». En 2006, le Csm se « lâchait » en supprimant deux mois d’ancienneté de plus. En janvier 2008, sous la pression du ministre de la justice et du chef de l’Etat, le juge Pinatto a rédigé les motivations ! Sollicité à nouveau, le Conseil supérieur de la magistrature n’a pas jugé opportun d’exclure le magistrat en question. Le Csm italien a préféré botter en touche vers le parquet près la Cour de cassation ; affaire à suivre donc.
Petites conclusions :
Le comédien d’origine italienne, Coluche, disait que pour être viré de l’administration, après trois avertissements, le fonctionnaire recevait un blâme et qu’après trois blâmes…
  • Etre juge et partie n’est jamais bon. Le Csm est aussi corporatiste que l’ordre des médecins ou que les « bœufs carottes »…
  • Dans cette histoire, on oublie un peu vite que la magistrature accomplit un travail gigantesque avec peu de moyen.
  • Cette anecdote est du « petit lait » pour la camp de Silvio Berlusconi qui fustige la magistrature,
    « communiste qui ruine l’Italie » cit.   

Mais, de 2001 à 2006, n’est-ce pas le centre droit de Berlusconi qui a gouverné l’Italie ? Quelle disposition le ministre de la justice, Roberto Castelli a t-il pris pour favoriser la justice contre la mafia ? Il a été décidé, entre autre, de dé-pénaliser le faux bilan… 

            Élections législatives le 13 et 14 avril !

Mardi 8 avril 2008, le sénateur Marcello Dell’Utri, bras de droit de Silvio Berlusconi, a affirmé que le mafieux Vittorio Mangano était « un héros« .

Le Sénteur Marcello Dell’Utri, sur la photo à gauche, est le créateur de Forza Italia, le parti politique de Silvio Berlusconi (cf.Biographie Berlusconi). Marcello Dell’Utri a été condamné, de manière définitive, pour les délits de calomnie, de fraude et d’extorsion. Pour ce dernier délit, Marcello D’ell’Utri étaient accompagné par le capomandamento de Trapani Vincenzo Virga.

L’histoire des trois personnages (Mangano, Berlusconi et Dell’utri) débute en 1974. A cette date, un entrepreneur milanais dynamique, Silvio Berlusconi a peur de subir un kidnapping (cf. Jeunesse et hérédité de Silvio Berlusconi ….). Dans les années soixante-dix, les clans mafieux enlevaient les riches industriels du Nord contre des rançons. Silvio Berlusconi demanda alors à son ami sicilien, Marcello Dell’Utri une protection. En conséquence, le mafieux Vittorio Mangano fut embauché comme palfrenier dans la villa de Silvio Berlusconi qui ne fut jamais kidnappé. En revanche, la carrière de Berlusconi prit une autre ampleur… (cf. Le lien organique du président du Conseil avec les organisations mafieuses)

Pour cette prestation d’intermédiaire, Marcello Dell’Utri a été condamné, en 2004, à 9 ans de prison pour « concours externe en association mafieuse » (art. 35 cf2r). Il est complice de la mafia mais n’appartient pas à l’organisation mafieuse. Actuellement, le procès Marcello Dell’Utri et en appel.

Les magistrats ont longtemps espéré que le mafieux Mangano, témoigne contre Marcello Dell’Utri, en vain. Le mafieux Mangano, sur la photo à gauche, est décédé d’un cancer en 2000. Marcello Dell ‘Utri en a conclu qu’un mafieux qui ne parle pas est un héros! En Italie, une partie de la classe politque considèrent la loi du silence comme une valeur.
Attention ! Si Marcello Dell’Utri est réélu au Sénat et acquitté en appel, il a déjà prévu de participer au gouvernement de centre-droit. Son programme est basé sur le révisionnisme : « nous réviserons les manuels d’histoire conditionnés par la résistance… » M. Dell’Utri sait-il que c’est grâce à la Résistance, la Constitution et la République qu’il peut dire des énormités?

                  Elections législatives le 13 avril…

Photo Bronte

Mardi 25 mars 2008, les carabiniers ont arrêtés 15 personnes appartenant à une cosca, la famille mafieuse sicilienne, qui contrôle une partie du territoire de Bronte, Maletto et Maniace, la partie nord de la province de Catane. La photo à gauche représente une vue panoramique de la ville de Randazzo dans la province de Catane.
La cosca était dirigée par Francesco Montagno Bozzone, lui aussi arrêté. Cette cosca est liée aux familles mafieuses Mazzei-Cargnusi de Catane. Les prévenus sont asccusés d’association mafieuse, d’extortion, de trafic de stupéfiants et de ports d’armes prohibées.
Dans le cadre de cette opération, dénommée « trash », les enquêteurs ont découvert le racket exercé par les mafieux envers des entrepreneurs. Une société, du Nord de l’Italie et spécialisée dans le récolte des déchets, était racketée depuis deux ans. Cette opération avait déjà permis la découverte de deux kilos de marijauna et avait conduit à l’arrestation de quatre personnes.
Reste que la Direction provinciale des enquêtes antimafia (Dda) communique qu’elle a mené cette opération sans l’apport d’aucun collaborateur de justice. Comme si lutter contre la mafia avec l’aide de « repentis » était devenu « impropre ».

Les collaborateurs de justice sont indispensables à l’Antimafia. Sans la collaboration d’un proche de Pasqaule Condello, il semble que ce chef de la ‘Ndrangheta n’aurait pas pu être arrêté (art. 9). Le gouvernement Berliusconi (2001-2006) a limité à 6 mois la recevabilité de leurs témoignages ; une hérésie !
Rendez-vous le 13 avril, les Italiens votent à nouveau.

Voir "violence" et "latitanza" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafiaLe 18 mars, La Cour d’assise d’appel a confirmé la condamnation à vie des mafieux Gerlano Alberti (Jr) et Giovanni Sutera. En 1987, ces derniers avaient assassiné Graziella Campagna, 17 ans. La photo à gauche la représente peu de temps avant son décès. L’Etat italien a mis six ans à lui rendre justice. La mafia n’est pas le seul acteur de la société à avoir porté atteinte à cette jeune femme.

Les faits :
Un jour de décembre de 1985, la jeune femme travaillait dans une blanchisserie. Dans la poche d’une chemise, elle découvre des documents compromettant la « latitanza », la cavale, de Gerlando Alberti dans la région de Messine. Alberti était un chef mafieux très puissant. Il fit assassiner la jeune femme de cinq coups de fusil de chasse, lui défigurant volontairement le visage.

La mafia parle à la population :
La mise en scène de la cruauté constituaient un avertissement contre toutes personnes ayant des velléités de citoyenneté.

Graziella a été tué quatre fois :

  • Une première fois par Cosa nostra le 12 décembre 1985.
  • Une seconde fois par l’Etat italien. Après ce meurtre, ni les institutions ni la presse, n’ont cherché à résoudre ce crime odieux. Il semble que la région de Messine était un lieu de repli pour les trois mafias italiennes. Des complicités au sein des institutions ont passé leur temps à commettre des actes de « dépistages », terme italien pour indiquer l’altération des preuves et le conditionnement de la justice pour empêcher la manifestation de la vérité. L’enquête n’a été réouverte qu’en 1997; grâce à l’obstination du frère de la victime.
  • Un troisième fois par la justice « escargot » italienne. En 2006, les prévenus avaient été libérés parce que les délais légaux de leur détention provisoire étaient dépassés (comme dans le cas de Giuseppe Riina, cf. art. 14).
  • Une quatrième fois par le ministre de la justice. Au mois de novembre 2007, Clemente Mastella avait reporté la diffusion d’un téléfilm racontant l’histoire de Graziella. D’après lui, cette fiction télévisée conditionnait la bonne marche du procès en cours. Comment la vie d’une jeune femme de 17 ans aurait-elle pu altérer le principe d’un procès juste et équitable? Les mafieux n’ont-ils pas disposé des meilleurs avocats et de ressources économiques colossales pour assurer leur défense? Nous remarquerons que le ministre de la justice italienne raisonne comme les mafieux (cf. art. 18). Dans une autre affaire, des mafieux, par le bais de leurs avocats, ont attaqué le journaliste Saviano, considérant que ses articles conditionnaient leur procès!

Enfin, Clemente Mastella est le sénateur qui a fait chuter le gouvernement de centre-gauche au mois de janvier dernier. L’ancien ministre de la justice, mis en examen pour des délits de fraude, ne se sentait pas soutenu par ses camarades politiques. Si, comme les sondages le signalent, Silvio Berlusconi est élu au mois d’avril, Clemente Mastella aura contribué activement à remettre au pouvoir un homme politique dont la carrière doit beaucoup à la mafia (Na n°35 cf2r.org ).

Graziella a été assassiné quatre fois parce que les personnes chargées de lui rendre justice n’ont pas accompli leur mission. Elles ont assuré 23 ans d’impunité à la mafia et ont renforcé son pouvoir.

Au début du mois de mars 2008, Silvio Berlusconi, le leader de la coalition de droite, a présenté son programme. Il s’est engagé à soutenir le projet pharaonique d’un pont entre la Calabre et la Sicile (cf.Biographie Berlusconi) visible sur la carte à gauche.

Cette promesse constitue un appel aux électeurs siciliens à voter pour son camp. En Sicile, il y a quatre millions d’électeurs. En 2001, La coalition de Berlusconi avait raflé la totalité des 61 sièges électoraux et avait gagné les élections. En 2006, toujours en Sicile, cette même coalition avait fait match nul avec celle du centre gauche ; et Silvio Berlusconi avait perdu les élections au niveau national.

Problème : toutes les études démontrent que cette ouvrage gigantesque enrichira les mafias et sera une catastrophe écologique ( cf.  « l’Italie, ses déchets, son béton, ses mafias »)

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