Articles avec le tag ‘extorsion’
«Je ne suis pas fou, je n’aime pas payer. Je ne partage pas les valeurs des mafieux.«
C’est avec ces mots que le 11 avril 1991 en directe à la télévision que Libero Grassi, le propriétaire d’une entreprise de textile à Palerme, raconte son histoire d’entrepreneur qui refuse de payer le pizzo, le racket : une pratique qui fonde le pouvoir mafieux (cf. « Babbo natale » était un carabinier).
Le 29 août de la même année, les sicaires des Corléonnais l’assassinent froidement selon les règles de la violence programmée (définition). Libero Grassi représente un «mauvais exemple» pour d’autres entrepreneurs car en plus de refuser de payer, il communique son refus par le média de masse, une atteinte intolérable au consensus social. A noter que Libero Grassi a été victime de l’indifférence de ses collègues comme des institutions de l’époque.
A l’époque, seul le centre Impastato l’accompagne (cf. Contre la mafia : le Centre Impastato) . Aujourd’hui, on peut mieux faire : Le restaurateur contre le racket ou Contre la violence programmée : la collaboration de Monica)
Pizzo Addio ! Comment faire du tourisme en Sicile sans verser un centime à la Mafia
Ce n’est pas la première fois que la police film un sommet mafieux. Souvenez vous mafias.fr vous avez livré cela : sommet mafieux dans le Nord de l’Italie. Mais c’est rare et c’est peut-être la première fois en Europe (hors Italie). En réalité, je suis certain qu’il existe d’autres vidéos dans les tiroirs des policiers mais il faut pas montrer cela aux populations…
Bravo donc à la police fédérale qui a piégé le mafieux à Frauenfeld, mafieux originaires de Fabrizia (Vibo Valentia). Mais ce qui est intéressant c’est que la justice suisse se plaint que la vidéo ait été diffusée par les autorités italiennes (cf.L’article de presse suisse).
Sous couvert de secret de l’instruction, la justice suisse aurait aimé continuer à enquêter… et pour cause, elle ne dispose pas des délits d’association mafieuse ni de la confiscation préventive antimafia… (cf. Ce n’est pas parce que la mafia existe toujours qu’il faut douter des moyens antimafias italiens.
Comment poursuivre des gens qui se réunissent et parlent de mafia et de drogue mais sans trouver la drogue?
D’autres liens :
Mafias.fr à Neuchâtel
Evènement en Suisse
Mémoire Camorra/socio-économie
Filippo Cogliandro a dit NON au racket comme d’autres (cf. Un homme protégé par l’état de droit résiste!).
A Motte San Giovanni, Filippo anime le restaurant l’Academia et quand il picciotto du clan est venu lui demander le pizzo, il a appelé la police. Dans le cadre d’un reporte plus large sur la mafia calabraise (13-15), les journalistes de France 2 l’ont rencontré :
Mafias.fr a souvent évoqué l’autoroute de la mafia calabraise (cf. « Victor : nettoyeur » ). Mais regarder cette extrait de documentaire qui montre la situation de mafia et d’Antimafia propre à l’Italie :
La police italienne a lancé une vaste opération contre un clan Caridi de Reggio en Calabre, un clan affilié à la « ndrine Libri. Pour les affiliés, l’accusation est association malfaiteurs à des fin d’extortion et détérioration. Par l’application de la violence programmée, ils rackettaient les commerces dans les quartiers Ciccarello, Modena et San Giorgio Extra.
Cette opération fait suite à celle d’avant avec 21 arrestations avec cette fois des accusations d’association mafieuse, extorsion, usure, elle même dans la continuation de l’opération ”Alta Tensione” qui concernait 33 personnes dont Giuseppe Plutino, 47 ans et conseil municipal de Reggio. Ce dernier est accusé de concours externe en association mafieuse. Toutes les explications dans le Petit dictionnaire énervé de la mafia…
Le 5 novembre 2010, sous la direction de la magistrature antimafia, la police judiciaire de Bari, à la tête de 600 agents a mis sous les verrous 92 membres des clans Di Cosola et Stramaglia accusés d’extortion, de trafic de drogue et de meurtre. La police a aussi saisi 40 chili de drogues, des pistolets deux Kalashnikov (cf.A la kalachnikov).
Les arrestations ont eut lieu aussi à Foggia et Milazzo (Messina) mais surtout à Milan, Novara, et Udine, ce qui témoigne de la présence mafieuse dans le Nord de l’Italie (cf.Le sommet mafieux dans le Nord de l’Italie : la vidéo)
Les deux clans se disputent le contrôle du territoire de Bari et les communes limitrophes de l’hinterland : « l’arrière-pays ». L’hinterland est un concept géographique utile pour l’étude du pohénomène mafieux. Il permet de comprendre l’importance économique de « l’arrière-pays » dans la géopolitique des phénomènes mafieux. On connaît assez bien la dimension criminelle des villes portuaires telles que Marseille, New-York, Palerme, Naples et Kobé (cf. La mafia japonaise : un paradigme. L’importance stratégique de l’arrière-pays pour ses villes est moins étudiée.
Dans le cadre des arrestations déjà évoquées et des écoutes déjà citées, (cf. 1. « Dessine moi un bunker » et 2. Leçon d’autorité par Giuseppe Pelle, je vous propose une discussion autour de l’extorsion de fond.
Trois mafieux discutent d’un entrepreneur qui ne s’est pas acquité de la somme du racket. J’ai un peu modifé la traduction pour faire court. La totalité des écoutes dans le fichier vidéo plus bas.
P.G. : « Vous allez voir Peppe « u bumbulottu »… pour lui parler des travaux… »
X. : « les sous, ils se les ai mangés... »
P.G. : « même pas de « respect » en lui »
X. : « qu’est que vous en dites vous autres, on le laisse tranquilles? »
P.G. : » Non, vous devez y aller, compare [camarade mafieux], vous devez y aller. Vous devez y aller et me donner l’oseille… il y en a pour 200 000 euros de travaux, vous devez y aller…. »
Après discussion, cela sera 40 000 euros d’extorsion
X. : « ils vont donneront des excuses… (vous avez vu, il y eut des funérailles, on est en deuil) mais ils peuvent mourir, ils le peuvent tous autant qu’ils sont »
P.G. : « Son père peut mourir [je m’en fou ndr] »
X : « … moi je m’en bas … »
Si l’entrepreneur ne paie pas, les mafieux ont prévu de l’enlever, le temps que son beaux-frère donne l’argent.
X. : « On va le chercher chez son beau frère…«
P.G. : « on l’emnène dans la montagne [voir photo]… on le met dans la cabane«
A. P. : « On l’attache à un mangoire et vous verrez que cela lui passera [l’envie de ne pas payer ndr] »
P. G. : « Puis, ils nous donne 20 000 euros chancun et on le libère«
FIN
PS : ces écoutes sont disponibles sur le site du journal laRepubblica (http://www.repubblica.it/cronaca/2010/05/18/news/boss_intercettati-4145994/) ce qui démontre que l’Italie est une démocratie transparente. Mieux, elle est un état de droit qui dispose des meilleurs outils juridiques pour lutter contre le crime organisé (cf. Lobbying antimafia à Bruxelles).
Attention, le gouvernement actuel veut limiter les écoutes judiciaires (article du Point) car « les mafieux aussi ont droit à une vie privée » Daniela Santanche, membre du gouvernement.


