Articles avec le tag ‘faida’

Le 24 novembre 2009, des mafieux calabrais se rendent à l’hôpital en fourgon cellulaire de la prison de Palmi pour le tribunal de Reggio (voir carte à gauche) quand tout à coup, les deux mafieux sortent des pistolets et tentent de s’échapper.
Il s’en suit une lutte. Deux coups de feu atteignent les agents de la pénitentiaire. Ils sont blessés au pied et à la jambe mais les mafieux retournent en prison. Une enquête est en cours pour savoir comment des détenus de cette dangerosité ont pu se procurer des armes à feu.

Les deux mafieux sont les frères Zagari, qui étaient impliqués dans la « faida » (une histoire de vengeance sans fin cf. Fin de la faida de San Luca) de Taurianova au début des années 90.

Grâce à des collaborateurs de justice (appelés à tort des « repentis »), on sait que la faida de Taurianova opposait la ‘ndrine (famille mafieuse calabraise) Asciutto-Grimaldi contre celle des Viola-Zagari. Au cours de la faida, le 3 mai 1991, les Zagari assassinèrent les frères Giovanni et Giuseppe Grimaldi. Ce dernier fut décapité à coups de fusil à bout touchant et sa tête fut l’objet d’un macabre tir au pigeont en pleine rue ; un acte de violence programmée (cf. Violence programmée à Scilla en Calabre)

Vendredi 29 mai 2009, le téléphone sonne au commissariat central de Crotone. Francesco Monti, appartenant à la ‘ndrine (la famille mafieusue calabraise) Megna de Papanice dans la province de Crotone veut se rendre aux autorités! Il n’est plus en mesure d’assurer sa « cavale » et de faire face à la pression policière. Les hommes de la police judiciaire de Crotone vont le chercher dans son fief, à Papanice, dans l’arrière-pays du chef lieu de la province.
A 24 ans, Francesco Monti, surnommé « il bandito« , tennait déjà les rennes d’une importante famille mafieuse en raison des nombreuses arrestations ayant eut lieu depuis deux ans. En effet, depuis ce jour de mars 2008, les deux cartels de ‘ndrines, les « Megna » et les « Ruselli » sont en guerre. Les magistrats antimafias avaient procédé à l’arrestation de 24 personnes appartenant aux deux clans. Francesco Monti avait réussi à fuire alors qu’il était accusé d’association mafieuse, de trafic de stupéfiant en bande organisée, d’extortion et de détention d’arme.
D’après les enquêteurs, Francesco Monti participait activement aux activités de la famille mafieuse de Luca Megna (assassiné le 22 mars 2008) et dont il était le cousin. Avant le meurtre de Luca, Francesco était le trésorier du clan, celui qui récupérait les sommes d’argent provenant des extortions et de la vente de drogue. Par exemple, le 27 mars dernier, les policiers de Papanice ont saisi 1 273 plants de « marijuana. » Puis le 27 mars 2008, ils ont retrouvé 9 kilos d’herbes dans un magasin. Le propiétaire du magasin déclare avoir loué son bien à Giuseppe Cavallo. Mais après l’assassinant de ce dernier le 24 mars 2009, le propiétaire aurait loué son bien à Francesco Monti (celui dont je vous parle au début de cette article).

Suivez mon raisonnement:

– Le 22 mars 2008, les « Ruselli » tuent un « Megna » ( La guerre des ‘ndrines de Crotone n’épargne pas les enfants ).
– Le 25 mars 2008, les « Megna » se vengent en tuant un des « Ruselli » (Guiseppe Cavallo qui loue un magasin entreposant de l’herbe).
– Le 25 mars au soir, les « Megna » s’emparent du magasin d’un de leurs ennemis, les « Ruselli ».
– Le 27 mars 2008, les policiers trouvent 9 kilos d’herbe dans le magasin en question.
– Le 24 novembre 2008, la magistrature arrête 24 membres des deux clans.
– Le 29 mai 2009, un jeune chef des « Megna » (à qui été loué le magasin contenant de l’herbe) se livre à la police.

Premièrement, la mafia calabraise est la « numéro un » de la cocaïne ( ‘Ndrines transnationales ) mais l’herbe c’est bien aussi…
Deuxièmement, les mafieux ne perdent pas le nord : on se vengent en tuant mais aussi en prenant le biens du rival.
Troisièmement, la mafia n’est plus ce qu’elle était. La police est tellement puissante en Italie ( L’Italie : ce pays modèle ) que les mafieux se rendent à 24 ans alors que Pasquale Condello a été arrêté après plus de 15 ans de cavale ( L’arrestation de Pasquale Condello ; le dernier grand parrain calabrais ? ).
Il reste à se demander si les intêrêts des clans de la ‘Ndrangheta : mafia « numéro un » ne sont dans les circuits internationaux de blanchiment…

Le 13 mars 2009, la police hollandaise avec la coopération de la police de Reggio en Calabre, a arrêté Giovanni Strangio. Ce mafieux calabrais de 30 ans est le présumé chef de groupe qui a assassiné six calabrais le 15 août 2007 à Duisbourg en Allemagne ( De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta ).

Au moment de la tuerie, Giovanni Strangio était le chef du « locale » (une circonscription mafieuses calabraise) de Duisbourg. En « cavale » depuis 2007, il résidait dans la banlieue d’Amsterdam avec son beau-frère, Francesco Romeo. Ce dernier est aussi un mafieux de haut rang et en fuite (retrouvez les photos en cliquant sur ce lien du quotidien de la Repubblica). Les deux compare en fuite vivaient une vie normale avec leur femme et leur enfant mais se travestissaient avec des péruques et des lunettes. Dans l’appartement, les policiers ont saisi un million d’euros en liquide, des faux passeports et une machine pour fabriquer des faux documents.

Si les deux fuyards possédaient un million d’euros en liquide, cela signifie que leur patrimoine est 10 à 20 fois supérieur ( Des statistiques à la réalité de la lutte antimafia )

En outre, comme à chaque arrestation, policiers et magistrats rappellent que les écoutes judiciaires (téléphoniques et à distance) ont été capitales pour la réussite des opérations.

Or le gouvernement de centre-droit veut limiter les écoutes et la saisis des biens mafieux. En 2005, le gouvernement Berlusconi avait proposé que les biens saisis à un clan mafieux puissent être rachetés en priorité par les membres de la famille du mafieux…

Enfin, les enquêteurs ont précisé que l’épouse et le fils de Giovanni Strangio « étaient très choqués ». La femme n’a rien dit aux enquêteurs, a reçu une assistance de la part de la police hollandaise et ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire.

Rendez-vous donc dans dix ans pour savoir si le phénomène mafieux est un perpétuel (re)commencement ( Joyeux Noël ).

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mafia

La « mamma »

Le 15 octobre 2008, à 5h15, les policiers ont arrêté la « mamma », Antonio Pelle, 46 ans et chef de la ‘ndrine (famille mafieuse calabraise) Pelle-Romeo-Vottari opposée à la ‘ndrine Nirta-Strangio dans une faida depuis 1991. Antonio Pelle se cachait non loin de San Luca dans un bunker (cf. Le quotidien de l’Etat contre la ‘Ndrangheta et vidéo plus bas.)
Antonio Pelle est appellé la « mamma » par ses soldats qui lui vouent une grande dévotion comme en témoigne cet évènement : Duisburg, le 15 août 2007, un membre de la mafia calabraise apprend que 7 des membres de son clan viennent d’être assassinés (  De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta ). Il téléphone en Calabre pour informer la hiérarchie de la ’ndrine, la famille mafieuse calabraise.  Achille Marmo décroche. Son frère vient d’être assassiné mais il ne le sait pas encore. Celui qui téléphone pose une question à Achille Marmo : « la mamma è qui ? » (« La maman est-elle là ? « ). La « mamma » désigne Antonio Pelle, le chef de la famille en question.

A lieu de prévenir son interlocuteur que le frère de ce dernier vient d’être assassiné, le soldat de la mafia demande si le chef se trouve dans la pièce car c’est au chef que ce type d’information doit être délivré en priorité. La mafia c’est la tyrannie de la famille mafieuse. Le clan passe avant les sentiments.
Achille Marmo répond que la « mamma » n’est pas ici. Le messager transmet alors l’effroyable nouvelle : « ils sont tous morts… tu as compris ?… ils ont été tués… ton frère aussi. ».

Ici, le terme « mamma » remplace peut-être le terme « mammassantissima » qui désigne des capo-bastone, ces chefs de ‘ndrine de rang supérieur. Au dessus du simple capo-bastone, il y aurait le « santista« . Les enquêteurs estiment qu’Antonio Pelle est un « vangelo« , un rang au dessus du « santista« . Au dessus du « vangelo« , il y aurait d’autres grades. Dans la mafia calbraise, la hiérarchie est complexe et encore méconnue.

Le 17 septembre, les carabiniers du Ros (spécialisés dans la lutte contre le crime organisé) ont mis fin à la « cavale » de Francesco Pelle, 32 ans (en photo). Ce dernier est un membre important d’une ‘ndrine, une famille mafieuse calabraise. Francesco Pelle appartient à la ‘ndrine Pelle-Vottari qui à San Luca en Calabre anime une faida contre la ‘ndrine Nirta Strangio (De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta).
Il est important est de signaler que le mafieux a été arrêté à Pavia, en Lombardie dans le Nord de l’Italie où la ‘Ndrangheta est est fortement implantée depuis plus de quarante ans.

Mardi 8 avril 2008, il est 20h30 à Stefanaconi dans la province de Vibo Valentia en Calabre quand Antonio Lopreito, 46 ans, sort de son magasin. Un tueur s’approche et tire huit coup, avec un pistolet 7,65, dans le thorax puis dans la tête. La victime est un commerçant en matériaux de construction. Il avait antécédents pénaux. Il s’agit troisième crime mafieux en quelques mois dans une commune qui compte 3 000 habitants. Dans cette zone, deux ‘ndrines, les Bonavota et les Petrolo, se disputent le contrôle du territoire.

Par exemple, au mois d’octobre 2007, Michele Penna, 30 ans, affilié à la ‘ndrine Petrolo-Bartolotta a disparu. Les enquêteurs sont certains qu’il s’agit d’une Lupara bianca, une disparition mafieuse. Il semble que le chef de la ‘ndrine en question ait fait assassiner Michele Penna parce que celui-ci entretenait une relation amoureuse avec la femme du chef de famille. Michele Penna n’a pas été tué pour des principes moraux. Il a été tué car « se taper » la femme du chef constituait le premier acte de défiance envers l’autorité chef. En réalité, Michele Penna projetait de constituer sa propre ‘ndrine !

L’adultère n’est pas toujours puni de mort dans la mafia. A contrario, un autre chef de famille laissait un de ses soldats s’amuser avec sa femme. Le jeune mafieux étaient un excellent tueur.
Le 9 avril 2008, la police a arrêté l’auteur présumé du meurtre de Giuseppe Cavallo survenu le 25 mars (art. 23) et qui s’inscrit dans la faida de Crotone (art.27). Le présumé assassin, Andrea Corrado est âgé de vingt ans et serait affilié à la ’ndrine Megna qui se dispute le territoire de Panapice avec la ‘ndrine Russelli.

Par ailleurs, le 11 avril 2008, la Garde des finances à saisi des biens pour une valeur de deux millions d’euros au capo-bastone Cermelo Lo Bianco de Vibo Valentia. Parmi les biens en questions, il y a des installations thermo-hydraulique, trois appartements et des actions de société. Cette saisie fait suite à l’opération « New sunrise » qui a frappé la ‘ndrine Lo Bianco l’année dernière.

A l’approche des élections législatives prévues dimanche 13 et lundi 14 avril, le ministre de l’Intérieur révèle que la ‘Ndrangheta tente d’acheter des votes auprès des électeurs. Certaines ‘ndrines contrôleraient 50 000 voix (article).

La seule question est : une fois qu’un politicien aura été condamné, son parti aura t-il le courage de l’exclure ? Car à y regarder de plus prés, nombres de candidats, en particulier au centre-droit sont déjà condamnés. C’est le cas de Silvio Berlusconi, Marcello Dell’Utri, Salvatore Cuffaro (sur la photo)… d’autres comme Saverio Romano, Salvatore Cintola, Calogero Mannino, Gusy Savarino sont actuellement poursuivi par la justice.

Mais comment donc le prochain gouvernement de centre-droit pourra t-il lutter contre les mafias ?

mafia Le 15 août 2007, jour de l’Assomption, six ressortissants italiens originaires de Calabre ont été « exécutés » lors d’un guet-apens qui leur a été tendu un peu avant 2 h 30 du matin, sur le parking de la pizzeria « Da Bruno » à Duisburg, en Allemagne. Les six victimes, âgées de 16 à 39 ans, ont été ont été criblées de balles dans leurs véhicules. Elles n’étaient pas armées et chacune d’entre-elle a reçu un coup de grâce en pleine tête. Quelque 71 douilles, tirées par deux pistolets mitrailleurs de type Uzi, ont été retrouvées sur place par les enquêteurs. Les impacts de balles très centrés témoignent du professionnalisme des tueurs. Il s’agit des six derniers morts occasionnés par la faida de San Luca.

La faida de San Luca

Une faida est une succession de crimes basés sur la vengeance (la vendetta) auxquels se livrent, sur le long terme, deux familles rivales. Une faida débute par un affront (uno sgarro) fait à une personne. La famille de celle-ci se sent alors contrainte de laver l’offense par le sang versé. Les meurtres s’enchaînent ensuite. En Calabre, ce sont les femmes, gardiennes de la mémoire des morts, qui perpétuent la faida. Ce sont celles de la famille offensée qui poussent les hommes à tuer.

La faida ne concerne pas que les familles mafieuses. Cependant, à San Luca, celle-ci se double d’un affrontement entre familles mafieuses. D’un côté, la ‘ndrina2 des Pelle-Romeo-Vottari, de l’autre celle des Nirta-Strangio. La famille Strangio est divisée en trois branches. L’une est alliée au clan Nirta-Strangio ; la deuxième est proche des familles Pelle-Romeo-Vottari ; la troisième branche est totalement hors de la mafia. Les deux camps disposent de chacun d’une centaine d’hommes, de nombreuses parentés, ainsi que de différents complices. Environ 140 personnes sont en mesure faire usage d’armes à feu.
En 1991, au cours du carnaval de la Saint Valentin, un banal jet d’œuf tourne au sgarro, le fameux « affront ». En représaille, la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari assassine Francesco Strangio et Domenico Nirta. Un arrangement honorable pour tous est trouvé. Antonio Vottari a tué parce qu’il avait été provoqué et sa vie sera sauve à condition de quitter San Luca à jamais. Antonio Vottari pensait s’affranchir de cette interdiction de territoire. Il est assassiné le 25 juillet 1992. Un membre de chaque famille de la ‘ndrina Nirta-Stangio pu lui mettre une balle dans la tête : douze d’après l’autopsie.
Depuis 1991, la faida de San Luca a fait vingt morts3. Le jour de Noël 2006, un commando des Pelle-Romeo-Vottari tente d’assassiner Giovanni Luca Nirta, le chef de la ‘ndrina Nirta-Strangio. Maria Strangio 33 ans, l’épouse du chef décède. Ce dernier, son frère et son fils de cinq ans, sont tous blessés par balle. D’après les enquêteurs, en représailles du meurtre de sa femme, le « boss » Giovanni Luca Nirta a commandité le meurtre de six personnes :

  • Marco Marmo, affilié à la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari, résident en Calabre est soupçonné d’être un des tueurs de Maria Strangio. Le 11 août, la police avait prévenu Marco Marmo que sa vie était en danger et qu’il ne devait pas quitter son domicile en Calabre. Il préféra partir en Allemagne afin de s’armer.
  • Sebastiano Strangio, le cuisinier de la pizzeria Da Bruno était une affilié de la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari. Le restaurant a été utlisé pour une opération de blanchiment. Il est aussi une base logistique pour les armes de la ‘ndrina. Le 17 août 2007, les enquêteurs y ont retrouvé un fusil d’assaut M16 acheté récemment à un trafiquant serbe.
  • Francesco Giorgi, âgé de 16 ans, est une victime « transversale ». Il s’agit du terme officiel pour définir les parents de mafieux qui sont assassinés par les rivaux.Un de ses parents éloignés, Antonio Giorgi était lié aux Pelle-Romeo-Vottari et a été assassiné le 3 août 2007. Il fallait déjà y voir unavertissement du camps adverse
  • Tommaso Venturi, âgé 18 ans avait dans poche une image pieuse brûlée. Cela signifie qu’il venait d’être affilié à la ‘ndrine selon la cérémonie consacrée.
  • Francesco et Marco Pergola, n’avaient pas de casier judiciaire mais travaillaient au restaurant Da Bruno. Les deux frères Pergola résidaient depuis quatre ans en Allemagne. Leur père est un policier calabrais en retraite. En raison de cette filiation « infâme », il est peu probable qu’ils aient été des ‘ndranghetistes. Les enquêteurs ne savent pas encore s’ils sont impliqués dans des affaires criminelles.

Certains de ces hommes sont peut-être morts parce qu’ils travaillaient au restaurant Da Bruno. Ces emplois sont parfois une « faveur mafieuse ». La faida conduit à tuer ceux sont qui sont en rapport avec les ennemis. Les exécutions sont davantage une vendetta dans la faida de San Luca plutôt qu’un règlement de compte mafieux stricto sensu. En revanche, tout a été soigneusement étudié pour que les rivaux de la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari comprennent le message.
La date du 15 août, celle de la fête de la Vierge Marie, n’a pas été choisie au hasard. Il s’agit d’une réponse à l’assassinat de Maria Strangio le jour de Noël 2006. Le lieu, hors de la Calabre, signifie : « où que vous soyez, vous n’êtes pas en sécurité si vous attentez à notre famille ». Le nombre de victimes doit amener l’autre clan à capituler. Les victimes « transversales » prouvent que toutes les personnes originaires de San Luca sont concernées. A ce titre, il a fallu que quelqu’un renseigne les tueurs. Dans une faida, il y a toujours un traître. Les meurtres à l’extérieur de la Calabre ne sont pas une nouveauté. En revanche, les tueries de cette ampleur sont, quoi que l’on puisse croire, très rares dans le monde mafieux5. Le « massacre de l’Assomption » entre peut-être dans l’histoire du crime comme est déjà présent celui de la Saint Valentin6. Cette faida nous renseigne donc sur la ‘Ndrangheta.

De la faida à la ‘Ndrangheta

mafiaLa mafia calabraise est composée de familles biologiques. Le mariage permet d’agrandir la famille. Les enfants nés du mariage établissent le lien de sang indispensable. Les ‘ndrines ont donc une cohésion plus forte que les autres mafias italiennes et sont relativement protégées du phénomène des repentis. Il est bien plus difficile de trahir une personne de sa famille. La ‘Ndrangheta est aussi un cas d’école de mafia transnationale. Une forte communauté calabraise est présente en Europe du Nord, en Australie et au Canada. Le SISDE, le service de renseignement civil italien, affirme que les ndrines à l’étranger sont pleinement autonomes par rapport à leur maison mère de Calabre. Cela constitue un avantage mais aussi un inconvénient. Cela peut entraîner des conflits entre ‘ndrines présentes sur un même territoire, comme celui de Duisbourg. L’Allemagne est une « succursale » importante de la ‘Ndrangheta. Les Italiens y constituent la deuxième communauté étrangère derrière les Turcs avec 540 000 ressortissants, dont 3 500 à Duisbourg. Des milliers de mafieux et leurs complices assurent l’approvisionnement en cocaïne de toute l’Europe. La mafia calabraise a des contacts directs avec les cartels colombiens. Ils blanchissent d’énormes capitaux. Les services de renseignement allemand (BND) ont découvert que des mafieux calabrais investissaient dans des sociétés cotées en bourse à Francfort.
D’après la Direction des enquêtes antimafias italienne (DIA), la ‘Ndrangheta serait composée de 155 ‘ndrines et de 7 000 affiliés qui générerait 3,4 % du PIB italien. Le trafic de drogue rapporterait à lui seul 22 milliards d’euros par an. En 2003, la Commission parlementaire antimafia italienne affirmait que la ‘Ndrangheta était la première mafia d’Italie. Ce fut une surprise pour le grand public. Qui pouvait penser que Cosa nostra sicilienne serait détrônée au hit parade du crime organisé ?
En réalité, la ‘Ndrangheta constitue un équilibre entre la loyauté, le contrôle du territoire et la transnationalité. De toutes les mafias italiennes, elle est la mieux armée pour faire face à la mondialisation.
Le règlement de compte de l’Assomption a eu lieu au sein de la diaspora puisqu’il s’est produit devant le restaurant italien. Cependant, l’Allemagne n’est pas la Calabre : l’omerta la loi du silence – n’y fonctionne pas. Deux personnes ont apporté leur témoignage et l’enquête progresse à grands pas. Les policiers ont déjà mis un nom sur le portrait robot établi et sur les membres du commando.
La famille Strangio-Nirta risque effectivement de le payer très cher. Nous ne sommes plus au temps de la Guerre froide où les mafias étaient des alliés objectifs du Monde libre dans la lutte contre le communisme
En quelques mois, les enquêteurs italiens ont trouvé les soldats de la ‘Ndrangheta qui avaient tué le Vice-président de la région Calabre en 20058. Ils ont
arrêté le chef mafieux et le donneur d’ordre. Seul un doute subsiste sur une complicité à un niveau supérieur. En effet, la fin de l’impunité ne signifie pas la fin des mafias italiennes, en particulier celle de la ‘Ndrangheta.


1 San Luca est une petite ville de 4 800 habitants de l’Aspromonte. Elle fait office de capitale de la mafia calabraise, la ‘Ndrangheta. Il y a encore dix ans, tous les chefs de ‘ndrina, s’y réunissaient le jour de la fête de la Madone des Montagnes. Cette pratique a été suspendue en raison des succès remportés par les forces de l’ordre.

2 Il faudrait appeler ‘ndrina – ou ‘ndrine au pluriel  en italien- la cellule de base de la ‘Ndrangheta et garder le terme de clan pour la Camorra napolitaine.

3 Après une accalmie, la faida reprit en 2006 et a fait 11 morts en huit mois.

4 Le jeune Francesco était aussi un parent de Domenico Giorgi. Ce dernier, né en 1963, émigra en Allemagne dans les années quatre-vingt. A Duisburg, il fut équarrisseur puis serveur dans une boite de nuit. En 1989, il est employé par Michele Mammoliti, le propriétaire du restaurant Da Bruno de l’époque. Au moisd’août 1989, Domenico Giorgi gagnait, 1 200 marks par mois, mais il acheta le restaurant 250 000 euros comptant à son employeur ! En 1997, il le revendit aux frères Strangio, Giovanni et Sebastiano. Le cuisinier assassiné le 15 août dernier a donc servi de prête-nom dans une affaire de blanchiment pour le compte des Pelle-Romeo-Vottari (cf. Rapport des carabiniers sur le restaurant Da Bruno, 2001).

5 Les familles mafieuses font généralement exécuter une seule personne à la fois et le corps disparait afin de ne pas attirer l’attention.

6 Le 14 février 1929, Al Capone envoie des faux policiers tuer de sang froid sept hommes de main de Georges Bugs Moran, chef d’une bande rivale d’origine irlandaise.

7 Les mafias italiennes ne bénéficient plus de l’impunité depuis le 31 janvier 1992, date à laquelle la Cour de Cassation a confirmé pour la première fois la culpabilité de plus de trois cents mafieux.

8 Cf. Note d’actualité N°19, novembre 2005, www.cf2r.org

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