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CUAUs4KWoAAzFEzLe 28 juillet dernier, Fabrice Rizzoli, auteur de « La mafia de A à Z », est intervenu dans l’émission Télé-Matin diffusée par France 2 sur le thème « Casal de Principe, berceau de la mafia italienne ».

Il avait rencontré le maire, Renato Natale, de cette commune lors de la conférence à Bruxelles (en photo) et se sont donnés rendez-vous au mois d’août 🙂

Le président de Crim’HALT s’est exprimé sur la redistribution et l’usage social des biens confisqués à la Camorra, ainsi que sur l’importance de l’implication de la société civile pour lutter contre la criminalité organisée.


https://collectif-roosevelt.fr/wp-content/uploads/2013/07/cropped-logo-Collectif-Roosevelt-150dpi-copy.pngMafias.fr vous invite à la conférence-débat organisée le 26 mai prochain par le Collectif Roosevelt autour de Fabrice Rizzoli sur la question « De la mafia à l’évasion fiscale : quelle place pour la société civile ? ».

Il s’agira, à cette occasion, d’échanger sur la nature de la grande criminalité, de la situation française et des solutions qui peuvent être envisagées, parmi lesquelles l’usage social des biens confisqués.

Docteur en sciences politiques et président de Crim’HALT, association qui milite pour une loi en faveur de la réutilisation à usage social des biens confisqués, Fabrice Rizzoli est l’auteur de La mafia de A à Z (disponible chez Tim Buctu éditions).


Rendez-vous le 26 mai à 19h30

Dans les locaux de l’AGECA, 177 rue de Charonne (Paris 11ème) 

Métros : Alexandre Dumas (M2), Charonne (M9)

Rome capitale de la mafia?

Italie: la mafia enfouit les déchets, pollue les sols et en tire de l’or

Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press

Début mars 2014, un réseau d’enfouissement illégal de déchets a été démantelé en région parisienne, impliquant la famille Hornec, figure du grand banditisme français (cf.Trafic de déchets en France). Ces dépôts sauvages d’ordures, inspirés des méthodes de la mafia italienne, ne sont pas sans conséquences sur les sols. En Italie, le ministère de l’Agriculture a même fait interdire à la vente les produits récoltés dans une zone chargée de produits toxiques enfouis par la mafia. Entretien avec Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias, qui nous explique pourquoi le traitement des déchets est si prisé par la pègre italienne.

rizzoli mafia antimafia

En 2007-2008, suite à une saturation des décharges, Naples croulait sous les immondices. La mafia avait en effet rempli les décharges légales de déchets provenant des entreprises du Nord de l'Italie... Photo: Peter Van den Bossche / flickr-cc

JOL Press : Pourquoi le traitement des déchets est-il si prisé par la mafia italienne ?

Fabrice Rizzoli : Les mafieux sont « friands » de fonds publics, et la facilité du traitement des déchets les arrange. Il leur suffit d’acheter une société de ramassage de déchets, de se procurer un chauffeur, une benne à ordures et un endroit pour déverser les déchets. Il n’y a besoin d’aucune technicité. Une fois rentrés dans le business du ramassage des déchets légaux après avoir répondu à un appel d’offres, ils peuvent entrer dans le ramassage des déchets illégaux. C’est-à-dire qu’avec les mêmes camions ou presque, ils passent des accords avec des entrepreneurs du Nord de l’Italie pour aller enfouir les déchets, dans la région de la Campanie ou ailleurs.

JOL Press : L’enfouissement des déchets et produits toxiques par la mafia fait des dégâts considérables, notamment dans le sud de l’Italie. Cette prise de conscience est-elle nouvelle ?

Fabrice Rizzoli : Il y a 20 ans, en Italie, un « repenti » a déclaré à la Commission parlementaire que « les déchets valent plus que de l’or » (en dialecte napolitain, la phrase exacte était : « le camion entre avec des déchets et en ressort avec de l’or »). Le trafic des déchets rapporte en effet énormément à la mafia (ce n’est pas pour autant que les mafieux ont arrêté le trafic de drogue).

L’Italie a imposé en 1996 les premières mesures de recyclage des déchets industriels. Ces mesures imposées au nombreuses PME-PMI qui forment une grande partie du tissu économique italien, leur coûtent souvent beaucoup d’argent. Certaines entreprises, qui travaillent par exemple dans le caoutchouc ou le plastique, doivent également subir la concurrence chinoise. Elles peuvent ainsi être tentées de faire appel à des organisations criminelles pour qu’elles les débarrassent de leurs déchets à moindre coût.

Si la crise des déchets à Naples en 2008 a été très fortement médiatisée, cela fait tout de même une dizaine d’années que l’on parle de ces problèmes, et que des associations militent pour un autre type de décharges, pour la réduction des déchets, contre les cancers qui explosent dans ces régions touchées par l’enfouissement illégal de déchets etc. La prise de conscience est donc davantage médiatique (Marc Dana pour France 3)

JOL Press : Les réseaux mafieux ane risquent-ils pas de « retourner leur veste » en proposant leurs services pour nettoyer ce qu’ils ont eux-mêmes pollué ?

Fabrice Rizzoli : L’État pourrait décider de traiter les sols pollués, quand cela est possible, parce que certains produits sont très toxiques. Dans ce cas, il allouerait des fonds et les entreprises mafieuses pourraient s’infiltrer dans les appels d’offres pour utiliser ces fonds publics. Il faudrait cependant que le service de nettoyage opéré par la mafia soit de qualité, pour ne pas risquer de reproduire le même schéma que lorsque la mafia construit des routes impraticables, parce que le goudron n’est pas assez épais ou que le ciment est de mauvaise qualité…

JOL Press : Comment réagissent les autorités italiennes face à cela ?

Fabrice Rizzoli : Elles font des affaires depuis 20 ans en mettant les mafieux en prison, en confisquant leurs biens, en obtenant des déclarations des collaborateurs de justice… Du point de vue de la répression, l’Italie a de très bon outils juridiques. Le Parlement européen d’ailleurs a mis en place une commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux en mars 2012 et, après avoir planché pendant 18 mois sur la question, a émis son premier rapport et ses premières directives dans lesquelles il demande à tous les pays européens de faire comme l’Italie et de réutiliser, à des fins sociales, les biens confisqués.

Par exemple, aujourd’hui, dans les régions où la mafia a pu enfouir des déchets toxiques, il existe maintenant des coopératives – de mozzarella ou autre – sur des terrains confisqués à la mafia. Le mauvais côté des choses, c’est que la classe politique italienne n’a pas beaucoup changé dans ses rapports avec le sud de l’Italie et dans sa manière de gérer le bien public. Certaines personnes corrompues qui siègent dans les conseils municipaux continuent donc de donner des appels d’offres à la mafia napolitaine.

JOL Press : Un réseau d’enfouissement illégal de déchets a été démantelé début mars dans la région parisienne. Est-ce une première ?

Fabrice Rizzoli : On avait déjà eu quelques affaires de ce genre, mais la France a fait le choix de construire beaucoup d’incinérateurs donc il n’y a pas vraiment les mêmes problèmes d’enfouissement des déchets ménagers. Les entreprises françaises qui ont envie de se débarrasser de leurs déchets savent aussi très bien le faire à l’étranger. Il y a également un service de gendarmerie qui s’occupe spécialement de cela en France. Le défaut de la police française, c’est qu’elle a beaucoup de mal à rendre publiques ces affaires. Elle communique peu, contrairement à l’Italie où le rapport de la direction des enquêtes anti-mafias est rendu public sur internet. Ce réseau démantelé début mars se trouvait dans la région parisienne et impliquait le clan Hornec. L’affaire était assez grosse et cela a donc été médiatisé.

JOL Press : Quelles autres techniques de la mafia italienne sont utilisées en France ?

Fabrice Rizzoli : On est à peu près certains que dans le sud de la France, des entreprises de recyclage de déchets, y compris de très grandes, font appel à des mafieux italiens et se débarrassent parfois de leurs déchets (hospitaliers, mais aussi nucléaires) en Italie…

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Fabrice Rizzoli est docteur en science politique, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias. Il a été secrétaire général de l’Observatoire géopolitique des criminalités de 2008 à 2012 et est responsable du bureau FLARE Network France. Il intervient régulièrement comme conférencier sur ces thèmes et a écrit Le petit dictionnaire énervé de la mafia, Les Editions de l’Opportun, 2012.

Au mois de mars 2014, douze personnes ont été placés en garde à vue en région parisienne dans une affaire d’extorsion de fonds et de dépôt illégal de déchets. Parmi elles figurent Jean-Claude Hornec et son fils Loune, deux membres d’une famille dont certains sont considérés comme les parrains de la pègre parisienne. Les douze interpellés sont soupçonnés d’extorsion de fonds en bande organisée, association de malfaiteurs et dépôt illégal de déchets, dans une affaire de fraude à l’environnement, précise une source judiciaire. (cf. Affaire Guérini : des peines de prison ferme dans le volet « Queyras »)

Il leur est notamment reproché d’avoir organisé frauduleusement l’emploi de déchets non-recyclables dans des chantiers de remblaiement. Les enquêteurs ont également mis au jour des malversations. Il s’agit d’une «vaste affaire de fraude à l’environnement en bande organisée et d’extorsion de fonds», a précisé une source policière…. la suite Ile-de-France : vaste coup de filet pour une fraude à l’environnement et cette vidéo de complément d’enquête :

 Quand un criminologue vante l’antimafia en Italie, il faut que les journalistes cassent le moral avec un titre négatif ; le voici

20 ans après l’opération « Mains propres », l’Italie s’embourbe toujours dans une vaine lutte contre les mafias

Non, on « s’embourbe » pas et non la lutte n’est pas « vaine ». Employer ce mot c’est alimenter le mythe de l’invincibilité de la mafia et donc renforcer son pouvoir cf.  Petit Dictionnaire énervé de la mafia 

 

L'Italie pays de l'Antimafia

SQ

Stéphane Quéré de Crimorg (cf. livre sur la mafia calabraise)

« Selon des repentis, Cosa Nostra aurait négocié avec une frange de l’Etat : arrêt de la stratégie terroriste contre des concessions (abandon des lois spéciales antimafia). Le juge Borsellino se serait résolument opposé à ces tractations : peut-être le mobile de son assassinat ? Ces attentats ont mis à bas la Démocratie-Chrétienne (accusée de connivence avec la mafia, notamment via Giulio Andreotti), entraînant l’émergence d’une nouvelle classe politique italienne, comme Forza Italia (devenu « Peuple Des Libertés »). Dans son aventure politique, Silvio Berlusconi est poussé par son bras-droit de toujours, Marcello Dell’Utri, accusé d’avoir été la courroie de transmission entre Cosa Nostra et les nouveaux dirigeants de l’Italie (et condamné comme tel). Malgré cette nouvelle donne et l’hostilité systématique de Berlusconi et de ses alliés contre les magistrats, la lutte antimafia marque des points.

Les magistrats bénéficient d’outils efficaces contre les organisations mafieuses. Ainsi, la détention renforcée pour les grands chefs mafieux les empêche de diriger leurs clans depuis leur cellule. Une situation qui entraîne l’apparition de « parrains » mafieux d’un nouveau genre : les femmes, sœurs ou mères des boss incarcérés.

La procédure de saisie des biens mafieux est également un outil primordial contre Cosa Nostra. Elle a un double intérêt. Opérationnel d’abord : les mafieux sont privés de leur patrimoineSymbolique aussi : leurs biens, synonymes de puissance, sont réattribués à la collectivité. Ils deviennent des écoles, des centres d’aide aux toxicomanes, aux femmes battues, aux séropositifs, etc. Les associations anti-mafia en font leur siège pour promouvoir « l’éducation à la légalité ». Si le système n’est pas parfait (lenteur des procédures), les autorités italiennes ont tout de même saisi, de 2006 à 2009, 425 millions d’euros de biens à Cosa Nostra, 189 millions d’euros à la Camorra ou encore 90 millions à la ‘Ndrangheta.

La possibilité de dissoudre des conseils municipaux semble également de plus en plus utilisée : 220 dissolutions depuis la loi de 1991, avec des communes concernées de plus en plus situées dans le nord du pays, parfois tout prêt de la frontière française… Preuve que les organisations mafieuses du sud du pays s’implantent de plus en plus dans le Nord industriel. La suite « 

La mafia de A à Z
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