Articles avec le tag ‘capo’

Le 26 octobre, la police transalpine procède à l’arrestion de Giovanni Arena, 56 ans le boss de la cosca Santapaola de Catania aprés 18 ans de cavale. Accusé d’association mafieuse, trafic de stupéfiants et détention d’armes, le capo cosca a déjà été condamné par contumace en mai 2003 pour le meurtre du boss du clan rival. Arena est également soupçonné de l’incendie ayant touché le siège local des magasins Standa (appartenant alors à Silvio Berlusconi) le 18 janvier 1990, le jour même de l’arrivée à Catane de la Commission parlementaire antimafia. Figurant dans la liste des 30 latitanti les plus recherchés, il a été arrêté dans un appartement du quartier Librino de Catane.  Cela permet de contrôler le territoire et d’assurer sa cavale ; la latitanza étant utilisée par les mafieux comme une écharde dans l’état de droit (cf. Catturandi contre latitanza : état de droit contre impunité ). On notera son attitude devant les caméras, calme et souriant : la force tranquille. Les affaires contrinuent (cf. Le mafieux, ce grand communicant).

Un ami a retrouvé cette article intéressant (de Roger-Louis Bianchini dans Le Point.fr – Publié le 15/08/1998)

Les habits neufs de la Mafia

Son cadavre avait été découvert par un amateur de VTT, en bordure du Var, près de Nice, en novembre 1994. (cf. Côte d’azur mon amour). Ce promoteur et marchand de biens cannois, président d’un club de tennis, avait disparu une vingtaine de jours auparavant. Sa mort demeura longtemps mystérieuse lorsque d’une discussion à bâtons rompus entre policiers français et italiens jaillit la lumière…

Les enquêteurs de la PJ apprirent ainsi que leurs collègues, enquêtant sur un trafic de drogue, avaient intercepté une conversation téléphonique dans laquelle il était question que deux hommes de la ‘Ndrangheta export, la mafia calabraise, se rendent à Antibes pour « faire un coup de cent bâtons ». (cf.Infiltrations mafieuses en France) Or, justement, l’homme d’affaires cannois était allé, ce jour-là, dans cette localité pour effectuer une opération de change occulte portant sur cette somme. Les policiers apprirent que c’était un ami, ancien conseiller financier dans une banque de Monaco, qui l’avait incité à rencontrer « des Italiens » prêts à lui faire gagner 20 % sur le taux officiel (cf.Bourgeoisie mafieuse dans le Nord ). Mais les changeurs étaient des killers à la mode calabraise ; ils conduisirent leur client dans un lieu désert, le tuèrent d’un coup de barre de fer (cf. Violence programmée : définition), l’enterrèrent et disparurent après l’avoir délesté de son trésor, sans doute de l’argent dissimulé au fisc. Son corps n’aurait jamais été retrouvé sans les crues exceptionnelles qui ravagèrent, quelques jours plus tard, le lit de ce fleuve….

Pour lire la Suite…

Le 12 avril 2008, les carabiniers procédent à l’arrestation de 15 personnes liées à la cosca des Mazzarroti. La famille mafieuse de Barcellona Pozzo di Gotto contrôle une partie du territoire Nord de la province de Messine. En théorie, cette famille est commandée par Carmelo Bisognano, un « ancien » qui a permis à des sociétés qui lui sont proches de remporter d’importants appels d’offre. Les marchés publics concernaient la gestion des décharges publiques et la construction d’une deuxième voie ferrée sur la ligne qui relie Messine à Palerme.
En 2003, dans le cadre de l’opération « Icare », le vieux chef est emprisonné. Progressivement, le sous-chef Tindaro Calabrese ne respecte plus les ordres venant de son supérieur en prison. Tout d’abord, il scelle des alliances à la puissante cosca Santapoala de Catane et rackette de nouvelles entreprises. Puis, il impose ses propres entreprises pour effectuer des contrats de sous-traitance aux entreprises qui avaient
remporté les appels d’offre. Ceux qui ne respectaient groupe en question ont subi des attentats à la dynamite, ce qui alerte les forces de l’ordre. Au mois de juin 2005, il aurait fait incendier sept bétonnières de la société « Mediterranea costruzioni srl» qui réalise la consolidation de la galerie ferroviaire de Valdina.
Ces faits attirent l’attention des forces de l’ordre. A l’aide d’écoutes téléphoniques, de micros et de caméras, les carabiniers comprennent que deux sous-chefs, Tindaro Calabrese et Carmelo Salvatore Trifirò, prennent le contrôle de la cosca. Tindaro Calabrese, aurait complètement dépossédé son chef de la gestion des décharges publiques de Mazzara Sant’Andrea et Tripi, qui étaient depuis une dizaine d’années aux mains de vieux boss. Le 22 août 2007, un des entrepreneurs proches du chef emprisonné est assassiné. C’est le coup de grâce qui officialise un changement de génération.
La « nouvelle » cosca
Mazzaroti tente d’obtenir de nouvelles adjudications de marchés publiques ; de la pose de fibres optiques pour le compte des communes, aux contrats de terrassement et à la fourniture de matériaux de construction de voie routière. Enfin, l’autre business des Mazzarrotti est le traitement des déchets dit « spéciaux » par exemple ceux provenant de la transformation des agrumes. Des sociétés de transports complices émettent des faux certificats de traitement puis déversent les déchets organique sur des terrains domaniaux. Parfois, ces déchets étaient revendus pour devenir des engrais.

  Conclusions :

  • Les mafieux ne respectent pas les « Anciens ».
  • Les marchés publics enrichissent les familles mafieuses (art 30).
  • Les activités de la mafia dégradent l’environnement, cela s’appelle les « écomafias ».
  • Les chefs mafieux emprisonnés arrivent à communiquer avec leurs soldats dehors.

        Quelques indications pour faire son choix politique :
Pour la première fois, la mairie de Rome dirigé par Walter Weltroni a détruit des constructions illégales symboles des écomafias. A contrario, le gouvernement Berlusconi (2001-2006) a réduit la portée du régime carcéral prévu pour les chefs mafieux. Ces derniers font pression sur les candidats de centre-droit pour abolir ce régime strict.

Élections législatives jusqu’à 15h, le lundi 14 avril.

mafia TGSamedi 29 mars 2008, à Policastro dans la province de Crotone, Giuseppe Liotti, 61 ans se déplace sur un scooter lorsqu’il reçoit deux balles de calibre 9 millimètre sous le bras. Ces jours ne seraient pas en danger. La victime, connue des services de police, faisait l’objet d’une mesure de contrôle judiciaire. Les enquêteurs ne savent pas encore s’il y a un lien avec la guerre des ‘ndrines de Crotone. Les magistrats lancent un appel à l’Etat pour obtenir du renfort. A Crotone, sur six magistrats instructeurs, deux seulement sont en fonction.

Pendant que l’Etat patine, le chef de la ‘ndrine, Domenico Megna, incarcéré pour purger une peine de 26 ans de prison et dont le fils a été tué samedi 22 mars (cf. art. 23) tente de montrer sa puissance. Pour communiquer avec les autres capi-bastone, il se manifeste par l’intermédiaire de sa fille qui s’est exprimée au journal télévisé de la première chaîne publique italienne (Tg1). « mon père veut la paix… j’ai pardonné aux assassins de mon frère et il faut prier pour ma nièce toujours dans le coma »

Il n’est pas acceptable que les mafieux appellent à la paix. Ils sont responsables de la violence. La ‘ndrine Megna a déjà commis un acte de vengeance. D’après les enquêteurs, elle a fait assassiner Francesco Capicchiano jeudi dernier (cf. art 27). Ce dernier était un des membres du commando qui a tué Luca Megna. En effet, la victime, avant d’être criblé de balles, a tenté une manœuvre au volant de sa voiture. Il aurait percuté un de ses tueurs. Celui-ci touché au genou s’est fait soigner à l’hôpital de Castrovillari sous un nom d’emprunt. Un médecin a reconnu Francesco Capicchiano sur une photo et a fait une déposition à la police.

1. Les familles mafieuses ont des complicités. Une personne de l’hôpital a prévenu le clan Megna que Francesco Capicchiano était bessé au genou.

2. Les chefs mafieux, pourtant soumis au régime carcéral strict (l’art.41 bis du code de procédure pénale italien), font entendre leur voix au journal de 20h !3. En faisant justice lui-même, le clan Megna conteste le monopole étatique de l’usage de la violence.

4. En appelant à la paix, le chef mafieux tente d’entretenir son statut de personne influente sur son territoire. Si la paix venait à être instaurée, il augmenterait son capital de consensus social auprès de la popultion.

5. Dans une démocratie, seul l’Etat est fondé à rendre la justice.

mafiaJeudi 27 mars 2008, à Isola Capo Rizzuto, une petite ville de 15 000 habitants sur la côte ionienne, Francesco Capicchiano, 33 ans marche dans la rue. Il porte une arme mais n’a pas le temps de s’en servir. Deux jeunes hommes l’assassinent de plusieurs coup de revolver à bout portant. Ce meurtre est-il le signe d’une nouvelle faida au sien des ‘ndrines d’Isola Capo Rizzuto ?

La famille de la victime est traditionnellement en opposition à la très puissante ‘ndrine Arena. Ces deux clans se sont livrés, pendant des années à une lutte sans merci. Au mois d’octobre 2004, Carmine Arena, un des capo-bastone historique de la ‘ndrine Arena avait été assassiné. Les meurtriers avaient utilisé un lance-roquettes pour perforer la Lancia blindée de la victime. Depuis deux ans, les parties avaient, cependant, trouvé un accord.
Plus probablement, le meurtre de Francesco Capiccchiano est la suite de la guerre commencée à Crotone samedi dernier (cf. art. 23). En effet, dans le cadre d’enquête sur le meurtre de Luca Megna, les policiers ont arrêté le propriétaire du revolver laissé sur les lieux du crime. Celui-ci, résidant en Emilie Romagne, est originaire de Capo Rizzuto. Il semble donc que le conflit entre les ‘ndrines de Crotone s’étendent à toute la province. Francesco Capicchiano est probablement un des tueurs de Luca Megna.

Enfin, à Seminara, dans la province de Reggio en Calabre, Silvestro Galati, un jeune de vingt ans a été assassiné. Son tort était d’être le fiancé de la fille de Carmine Santaiti, présumé chef de la ‘ndrine du même nom.

Ces faits démontrent que le prochain gouvernement doit faire de la mafia une priorité politique. A l’appel du journaliste Roberto Saviano qui affirmait que les candidats ne parlaient de mafia (cf. art. 19), le centre-gauche a voulu répondre présent. Le leader de la coalition, Walter Weltroni s’est rendu en Sicile. Massino d’Alema a défendu le bilan de la lutte antimafia depuis deux ans.
Nous attendons la réaction de Silvio Berlusconi…

Samedi 22 mars 2008, au moins cinq tueurs ont abattu Luca Megna, 37 ans et régent de la ‘ndrine Megna. Un ‘ndrine est une famille mafieuse calabraise. Le père de Luca, Domenico Megna est le capo-bastone de cette ‘ndrine qui contrôle le territoire de Panapice, un bourg à la périphérie de Crotone, une ville sur le versant ionnien de la Calabre. Le capo-bastone, actuellement en prison, est soumis au régime carcéral strict régi par l’article 41 du code de procédure pénal. Les tueurs ont blessé légèrement l’épouse. En revanche, la fille du boss, âgée de cinq ans, a reçu une balle dans la tête. Les médecins ont peu d’espoir de sauver l’enfant.

Le plus grave n’est le geste de la mafia calabraise, qui en tuant, est dans son rôle. Le plus grave est la réaction des institutions. Le Président de la Calabre se dit indigné « par la blessure d’une enfant innocente. » Le Président de l’Observatoire pour les respects des droits des mineurs a lancé un appel pour que « les hommes de la ‘Ndrangheta épargnent les enfants ».

1. Non, la mafia n’a jamais épargné ni les femmes ni les enfants.
2. On ne doit pas laisser la mafia faire croire cela car c’est lui donner du consensus social.
3. La mafia doit continuer à montrer son vrai visage, y compris en tuant des enfants.
4. C’est le seul moyen pour que la population se débarrasse des mafieux.

Epilogue : un guerre de clan a débuté.
La réponse du clan Megna ne s’est pas fait attendre. Mardi 25 mars 2008, Giuseppe Cavallo, 27 ans a été assassiné par deux jeunes tueurs à moto. Ils ont mis un coup de grâce dans la nuque de la victime. Il s’agit d’une signature mafieuse typique. Dans la voiture, la femme et l’enfant de deux ans était présent. Il faut dire que l’épouse de Giuseppe Cavallo a un lien de parenté à la ’ndrine Ruselli, rivale des Megna….
carte cosa nostra mafiaAlain Rodier et Fabrice Rizzoli

En Sicile, la réalité dépasse la fiction. La mafia locale, Cosa nostra, dispute la suprématie de l’île au pouvoir italien. Quoiqu’en disent certains, le monde politico-économique local est largement gangrené par la mafia. La justice et les forces de sécurité font ce qu’elles peuvent, mais elles sont surclassées par la puissance financière que représente Cosa nostra. Cette richesse lui permet de corrompre de nombreux fonctionnaires et certains hommes politiques. Ce qui lui permet d’agir en impunité et d’accumuler encore plus de capitaux.

Le 11 avril 2006, Bernardo Provenzano, le chef de la mafia sicilienne, est arrêté à proximité de son village natal, Corleone, à 80 km au Sud de Palerme. Il était en fuite depuis 1963 et avait pris la tête de la Coupole, l’organe dirigeant de Cosa nostra après l’arrestation de son prédécesseur Salvatore « Toto » Riina. Riina a été condamné à la prison à vie pour sa responsabilité dans quelques 300 homicides. Provenzano ne sera jugé que pour 127 meurtres ! Il a d’ailleurs été condamné par contumace à dix fois la perpétuité. Et pourtant, il est considéré comme celui qui a choisi la « stratégie de l’immersion », c’est-à-dire d’une plus grande discrétion des activités mafieuses, en particulier, la fin des attaques dirigées contre les représentants de l’Etat. Provenzano avait prôné une « Pax mafiosa », demandant aux différentes familles de ne pas se livrer à des violences visibles. Il était aussi l’artisan d’une récolte plus souple de l’impôt mafieux. Son credo était « qu’il payent moins mais qu’ils payent tous ». Pendant toutes ces années de cavale, Provenzano n’a quitté la Sicile que très rarement, en particulier fin 2003, pour se faire soigner de la prostate dans une clinique de Marseille.

La direction « transitoire » de Cosa Nostra

Depuis son arrestation, le problème de sa succession à la tête de Cosa Nostra se pose. Selon le procureur national anti-mafia Piero Grasso, un triumvirat dirige actuellement l’organisation sicilienne : Matteo Messina Denaro, Salvatore Lo Piccolo et Dommenico Racuglia.

Matteo Messina Denaro est né le 26 avril 1962, à Castelvetrano, dans l’Ouest de la Sicile. Il contrôle la province de Trapani et entretient des liens étroits avec les cartels sud-américains. Il aurait ses entrées au Venezuela qui devient, avec le Mexique, un carrefour incontournable pour la coca colombienne. Il est associé depuis le début des années 1990 avec les familles Cuntrera et Caruana, originaires de Siculiana et établies aux Etats-Unis. Denaro a été condamné à la prison à vie pour des attentats à la bombe survenus en 1993 à Rome, à Florence et à Milan, ayant fait 10 morts. Le but de cette campagne terroriste menée par Salvatore Riina, était d’assouplir les conditions de détention des chefs de Cosa Nostra incarcérés. Depuis 1993, Denaro échappe aux forces de sécurité italiennes. Il entretenait les meilleurs rapports avec Toto Riina puis avec Provenzano et il rendait des comptes à ce dernier en lui adressant des pizzini1.

– Salvatore Lo Piccolo est né en 1943. Il contrôle la grande majorité des quartiers nord de Palerme, qui sont les plus peuplés et considérés comme des bastions historiques de la mafia. D’après la Direction des enquêtes antimafia (DIA), Lo Piccolo a étendu son influence à l’ouest de Palerme dans les villes de Carini, Cinisi et Terrasini2. Il disposerait, en outre, d’alliances solides dans les villes de Mistretta et de Tortorici comme dans une partie de Messine. Jugé comme l’homme qui a le plus d’expérience, il a toujours privilégié la diplomatie à la violence. Il a bâti sa fortune sur le trafic de cocaïne, l’extorsion de fonds et l’attribution de contrats de génie civil. Il vit dans la clandestinité depuis 1983.

Son fils Sandro, né en février 1975, aurait déjà au moins deux meurtres à son actif. A la différence de son père, bien qu’également en cavale, il serait très voyant, aimant le luxe, les femmes et la belle vie.

Les Lo Piccolo sont connus pour entretenir d’excellentes relations avec « la » Cosa Nostra, la mafia italo-américaine. Salvatore Lo Piccolo a organisé le retour en Sicile de la famille Inzerillo, qui vivait en exil aux Etats-Unis depuis la victoire des Corléonais en 1982. L’expansion des Lo Piccolo et le retour des perdants de la grande guerre des mafias a suscité de fortes tensions au sein de Cosa Nostra en Sicile. Antonino Cina, Antonino Rotolo et Franco Bonura – une triade de mafieux qui assistaient Provenzano – ont été appréhendés en juin 2006 lors d’une opération de police baptisée « Ghotta ». Ils projetaient de faire exécuter les Lo Piccolo. Ces trois proches de Provenzano étaient déjà rivaux des Lo Piccolo avant même l’arrestation de ce dernier.

Domenico Raccuglia, né le 27 octobre 1964, est le chef du mandamento de Corleone. Ce canton mafieux regroupe les communes de Corleone, Altofonte, San Giuseppe Jato et Partinico dans l’arrière pays de Palerme. Il est en fuite depuis 1996 et recherché pour meurtres, conspiration mafieuse, attaques à main armée et extorsion de fonds.

La reprise des affrontements internes

Pour le moment, la violence semble encore contenue. La « concurrence » ayant été éliminée par les forces de police qui ont incarcéré un nombre impressionnant de chefs de familles. Mais il n’est pas dit que l’avenir demeure aussi calme et certains prédisent des guerres de clans. Dans ce petit jeu, les Palermitains semblent actuellement les mieux placés parce que la mafia sicilienne, c’est Palerme ! La tentative d’assassinat de la triade proche de Provenzano envers les Lo Piccolo semble en être la démonstration.

Dès à présent, des indices laissent penser qu’une guerre interne a débuté. Ainsi, le 16 juin 2007, Nicolo Ingarao – le « régent » de la famille de Porta Nuova, un quartier de Palerme – a été assassiné par deux hommes à moto qui lui ont logé six balles dans le corps. Ingarao était un proche de la triade Bonura-Cina-Rotolo. Il semble que son assassinat ait été commandité par Salvatore Lo Piccolo. La personnalité, le rang de la victime et le fait qu’il s’agit du deuxième meurtre de type professionnel qui survient en trois jours à Palerme inquiètent les autorités.

Le rôle de la bourgeoisie mafieuse en Sicile

Il ne faut pas analyser Cosa Nostra uniquement sous son angle « militaire ». En effet, la Sicile est en proie à une
« bourgeoisie mafieuse ». Selon le sociologue Umberto Santino – considéré comme l’un des plus grands spécialistes de la mafia – le phénomène mafieux est un paradigme de la complexité socio-criminelle. « Le mot mafia définit les organisations criminelles qui agissent au sein d’un vaste réseau de relations. Ces organisations élaborent un système qui repose sur la violence et l’inégalité afin d’accumuler des capitaux et du pouvoir. Elles usent d’un code culturel et jouissent d’un relatif consensus social. Le système relationnel mafieux est composé de rapports de parenté, d’amitié, d’intérêt, de contiguïté et de complicité. Ce réseau s’affirme dans des conditions de développement comme de sous-développement économique. Ces relations composent un corps social hiérarchiquement organisé. Les catégories sociales les plus pauvres représentent le bassin de recrutement de la main-d’œuvre pour les mafias. Les sommets de l’organisation mafieuse sont capables de sceller un pactum sceleris avec les plus hautes sphères du pouvoir politique et économique, la haute société »3. Le tout forme un club privé que le sociologue palermitain qualifiede « bourgeoisie mafieuse ».

Par exemple, la ville de Corleone – qui fut popularisée par le film Le Parrain et qui dépend des compétences de Raccuglia – est actuellement aux mains des frères Lo Bue. La tante de ces derniers n’est autre que la compagne de Provenzano. Dans la plus pure des traditions mafieuses, les frères Lo Bue étaient les gardiens des terres de Giuseppe Provenzano4, le président de la région Sicile de 1996 à 2001. En 2001, à peine élu maire de Corleone, Ciccio Nicolosi, désignait l’avocat de Toto Riina  comme adjoint chargé de la culture et du tourisme.

A l’issue des élections du 28 mai 2006, Salvatore Cuffaro a conservé la présidence de la région Sicile avec 52,2% des suffrages exprimés. Cuffaro appartient à l’UDC, un parti du centre – issu de l‘ancien Démocratie chrétienne – qui fait partie de la coalition dirigée par Silvio Berlusconi. Son adversaire principal, Rita Borsellino5, obtient pour sa part 42,96% des voix. Or, Cuffaro était soupçonné par les autorités judiciaires d’entretenir des « connivences » avec Cosa nostra ! Il est d’ailleurs sous le coup de trois mises en examen, mais il semble que cela ne nuise pas à sa carrière politique. Il est de notoriété publique que de nombreux candidats sont élus avec les voix de la mafia sicilienne.

Cosa nostra est riche et prospère. Même si le projet pharaonique d’un pont reliant la Sicile à la péninsule italienne a été abandonné par l’administration Prodi, d’autres chantiers immobiliers vont se développer dans l’avenir. Les nombreux incendies criminels qui ont eu lieu cet été sur l’île semblent d’ailleurs avoir été déclenchés avec trop de coordination pour n’être que le fait d’incendiaires amateurs. Beaucoup y voient la main de Cosa Nostra qui a ainsi travaillé au profit de promoteurs immobiliers rencontrant des problèmes d’expropriation avec quelques petits propriétaires terriens. Par ailleurs, on assiste à une recrudescence des actes d’intimidation envers les commerçants siciliens. La « diplomatie » Provenzano est bien caduque. Il est donc logique de penser que la situation va perdurer, même si certains chefs d’entreprises se révoltent contre le pizzo (racket) à grands renforts de publicité.


1 Petits morceaux de papier roulés en boule contenant des messages chiffrés qu’utilisait Provenzano pour communiquer avec son organisation.

2 Rapport DIA, deuxième semestre 2006.

3 Santino (Umberto) : La mafia interprétée, Dilemmes, stéréotypes, paradigmes, Rubbettino, Soveria Manelli 1995, pp 145 ss.

4 Aucun lien de parenté avec Bernardo Provenzano.

5 La sœur du juge antimafia Paolo Borsellino assassiné par Cosa nostra, le 19 juillet 1992.

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