Articles avec le tag ‘infiltration dans l’économie légale’
L’Eurispes, l’institut des études politiques, économiques et sociales, a publié son rapport 2008 sur la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. Ce dernier confirme les études des commissions parlementaires antimafias et le rapport des services de renseignement (art .13). La mafia calabraise est devenue l’organisation criminelle la plus puissante, la plus riche et donc la plus dangereuse pour l’Etat italien. D’après l’Eurispes, le chiffre d’affaire de la mafia calabraise a été de 44 milliards d’euros pour l’année 2007. Cela représenterait 2,9% du produit intérieur brut (estimé à 1.535 milliards d’euros). Le chiffre d’affaire de la « holding ‘Ndrangheta » est équivalent à ceux de l’Estonie (13,2 milliards d’euros) et de la Slovénie (30,4 milliards d’euros) réunies.
Le secteur le plus rémunérateur demeure le trafic de drogue qui rapporterait 27,24 millions d’euros soit 62% de la totalité des profits.

Mercredi 30 avril 2008, à l’aube et comme tous les matins, Gino Benincasa, 65 ans, sort de sa villa près de Lamezia Terme dans la province de Catanzaro. Il est au volant de son fourgon réfrigéré et vient d’attacher sa ceinture quand deux sicaires surgissent et tirent 15 coups de Kalachnikov. Manifestement, les tueurs connaissaient les habitudes de leur proie. Gino Benincasa, important entrepreneur dans le secteur de la distribution de poisson est décédé sur le coup. Ses accointances avec les ‘ndrines, les familles mafieuses calabraises, lui ont été fatales.

La police antimafia considérait la victime comme proche d’une famille mafieuse. Dans les années quatre vingt dix, Gino Benincasa était conseiller municipal pour le Parti Socialiste Italien à la mairie de Lamezia Terme. En 1992 et 2003, le ministère de l’Intérieur avait dissous le conseil municipal pour infiltration mafieuse. A deux reprises le nom de l’entrepreneur était cité pour ses liens avec la mafia. Gino Benincasa était soumis au contrôle judiciaire. En 2003, il avait été arrêté avec son fils. Il était accusé d’extorsion. Acquitté en première instance, il attendait la décision de la Cour d’appel.
Le business de la grande distribution des produits agro-alimentaires a augmenté de 3,6% en Calabre ; un chiffre supérieur aux autres régions du Sud de l’Italie. Les familles mafieuses se disputent l’approvisionnement des marchés et des grandes surfaces. Les ‘ndrines tuent souvent l’entrepreuneur d’une famille rivale pour freiner son expansion.
Il s’agit du troisième entrepreneur calabrais assassiné en quelque mois (art. 47, art. 35, art. 26).
Le 22 avril 2008, le gouvernement italien a dissous le conseil municipal de Gioia Tauro. Le préfet de Reggio qui enquête depuis quatre mois a démontré que la ‘Ndrangheta exercait son influence dans la gestion de cette collectivité. La commune était dirigée par une coalition de centre-droit. Le maire appartient à l’Udc, un parti du centre peu regardant sur le choix de ces candidats. Par exemple, l’Udc a fait élire Salvatore Cuffaro au Sénat alors qu’il était condamné pour avoir favorisé un mafieux. La Direction provinciale antimafia (DDA) de Reggio enquêtent sur le maire de Gioia Tauro et son adjoint ainsi que sur les maires des communes limitrophes de Rosarno et de San Fernandino.
Gioia Tauro, sur la côte tyrrhénienne dans la province de Reggio en Calabre, abrite le plus grand port-conteneur d’Europe (à gauche sur la photo). Ce site de transhipement est conditionnée par un cartel de ‘ndrines très puissant, les Piromelli-Molé. Depuis la construction du port, les familles mafieuses disposent d’un point d’une entrée priviliégié pour le trafic de cocaïne. La Commission parlementaire antimafia affirme que toutes les activités licites du port sont aux mains des ‘ndrines. En 1991 déjà, l’Etat italien avait dissous le conseil municipal de Gioia di Tauro. Enfin, au début de cette année, les services de renseignement italiens avaient alerté le Parlement sur les infiltrations mafieuses dans ce port (cf2r.org).
L’Etat est intervenu avant que des centaines de millions d’euros d’investissements publics ne soient distribués au cours des mois à venir.

remporté les appels d’offre. Ceux qui ne respectaient groupe en question ont subi des attentats à la dynamite, ce qui alerte les forces de l’ordre. Au mois de juin 2005, il aurait fait incendier sept bétonnières de la société « Mediterranea costruzioni srl» qui réalise la consolidation de la galerie ferroviaire de Valdina.
Ces faits attirent l’attention des forces de l’ordre. A l’aide d’écoutes téléphoniques, de micros et de caméras, les carabiniers comprennent que deux sous-chefs, Tindaro Calabrese et Carmelo Salvatore Trifirò, prennent le contrôle de la cosca. Tindaro Calabrese, aurait complètement dépossédé son chef de la gestion des décharges publiques de Mazzara Sant’Andrea et Tripi, qui étaient depuis une dizaine d’années aux mains de vieux boss. Le 22 août 2007, un des entrepreneurs proches du chef emprisonné est assassiné. C’est le coup de grâce qui officialise un changement de génération.
La « nouvelle » cosca Mazzaroti tente d’obtenir de nouvelles adjudications de marchés publiques ; de la pose de fibres optiques pour le compte des communes, aux contrats de terrassement et à la fourniture de matériaux de construction de voie routière. Enfin, l’autre business des Mazzarrotti est le traitement des déchets dit « spéciaux » par exemple ceux provenant de la transformation des agrumes. Des sociétés de transports complices émettent des faux certificats de traitement puis déversent les déchets organique sur des terrains domaniaux. Parfois, ces déchets étaient revendus pour devenir des engrais.
Conclusions :
- Les mafieux ne respectent pas les « Anciens ».
- Les marchés publics enrichissent les familles mafieuses (art 30).
- Les activités de la mafia dégradent l’environnement, cela s’appelle les « écomafias ».
- Les chefs mafieux emprisonnés arrivent à communiquer avec leurs soldats dehors.
Quelques indications pour faire son choix politique :
Pour la première fois, la mairie de Rome dirigé par Walter Weltroni a détruit des constructions illégales symboles des écomafias. A contrario, le gouvernement Berlusconi (2001-2006) a réduit la portée du régime carcéral prévu pour les chefs mafieux. Ces derniers font pression sur les candidats de centre-droit pour abolir ce régime strict.
Élections législatives jusqu’à 15h, le lundi 14 avril.
Giuseppe Longo n’a pas de casier judiciaire mais il est très lié au monde de la politique. Son beau-frère, Francesco Severino est le représentant des Démocrates de gauche (Ds) dans la ville de Soverato. Il est aussi candidat aux élections provinciales de Catanzaro.
Première hypothèse : l’entrepreneur venait de remporter des appels d’offres que certains clans pensaient obtenir.
Deuxième hypothèse : le message de la ‘Ndrangheta aux politiciens
L’heure du meurtre, à 10h du matin en plein trafic ; le lieu, une route nationale reliant deux grandes villes et l’utilisation du fusil signifie qu’en cas de victoire aux élections, la gauche n’a pas intérêt à remettre en cause les accords passés.
Pour la mafia, la violence est un langage.
D’ailleurs, le 6 février, la victime avait participé à une rencontre avec le ministre des infrastructures et l’assesseur au budget de la région Calabre. A l’issu de la réunion, un financement de 138 millions d’euros a été accordé par Rome pour achever quatre lots de la route en question.
D’autres crédits pour la Calabre ont été accordés récemment. Nous y reviendrons. Une lutte féroce a peut-être débuté au sein des clans comme à Crotone (cf. art. 23).
[1] En 2005, la mafia calabraise avait fait assassiner le vice Président de la région Calabre. Le meurtre avait eu lieu le jour des primaires organisées par la gauche pour désigner leur candidat aux élections de 2006 (cf. art. 1). Le meurtre avait eut lieu dans le bureau de vote et en pleine journée. Le message était : « si vous gagner les élections, rien de doit changer ».

Le 18 mars 2008, la Garde des finances et la Direction des enquêtes antimafias de Naples ont arrêté une trentaine de personnes. La police financière italienne a mis sous séquestre des biens appartenant au clan des Casalesi (cf. art. 18).
La police des finances a saisi des biens mobiliers et immobiliers, des terrains et des entreprises, des comptes bancaires pour une valeur de plusieurs millions d’euros. Ces biens étaient, en général, attribué à des prête-noms qui exerçaient tant en Campanie que dans la région du Latium. En 2006, la Commission parlementaire antimafia avait déjà signalé les infiltrations mafieuses dans la région de Rome (Cpa 2001-2006).

Au début du mois de mars 2008, Silvio Berlusconi, le leader de la coalition de droite, a présenté son programme. Il s’est engagé à soutenir le projet pharaonique d’un pont entre la Calabre et la Sicile (cf.Biographie Berlusconi) visible sur la carte à gauche.
Cette promesse constitue un appel aux électeurs siciliens à voter pour son camp. En Sicile, il y a quatre millions d’électeurs. En 2001, La coalition de Berlusconi avait raflé la totalité des 61 sièges électoraux et avait gagné les élections. En 2006, toujours en Sicile, cette même coalition avait fait match nul avec celle du centre gauche ; et Silvio Berlusconi avait perdu les élections au niveau national.
Problème : toutes les études démontrent que cette ouvrage gigantesque enrichira les mafias et sera une catastrophe écologique ( cf. « l’Italie, ses déchets, son béton, ses mafias »)
Le 27 février 2008, les carabiniers ont arrêté Ciro Fierro, 24 ans mais déjà un camorriste de haut rang. Il appartient au clan des « sécessionnistes » de la Camorra napolitaine (cf.Les clans de la Camorra en recomposition). Depuis 2005, ce clan se livre à une guerre contre le clan Di Lauro dans le quartier populaire de Secondigliano. Il a été arrêté dans les région des Marche dans le centre de I’Italie sur la carte à gauche. Cependant, Il est difficile de croire que Fiero se mettait au vert. Il se livrait à une opération d’infiltration dans la ville de Civitanova dans la région des Marche. Il était en possession de deux kilos de cocaïne, de 59 000 euros en liquide et de deux pistolets (un calibre 9×21 et un 38 ) dont les deux numéros avaient été limés.Le 6 mars 2008, les carabiniers du Ros, spécialisés dans l’action contre le crime organisé, ont arrêté trois camorristes de haut rang de la ville de Nola. Parmi eux figurent, Domenico Russo, Giovanni Pandico et Salvatore Russo, le fils du boss déjà emprisonné.
Les carabiniers ont aussi procédé à la saisie de biens pour une valeur estimée à 300 millions d’euros. Certains des biens sont des supermarchés de la marque Deco, des agences immobilières, des terrains, des appartements et des voitures de luxe. Les enquêtes ont mis à jour des comptes bancaires en Italie et en Suisse. Les enquêteurs ont découvert des violations des normes contre le blanchiment de la part des banques de connivence.
En effet, sans la complicité des « cols blancs », la mafia n’existerait pas.
Ps : le calibre 9mmX21 IMI (98 FS) est un calibre « civil » spécifiquement utilisé dans des armes de poing italiennes (Beretta). Cette munition a été développée car les tireurs sportifs italiens n’ont pas accès aux munitions « de guerre » comme le 9mmX19 (9 mm parabellum) qui équipe l’OTAN (ce n’est pas le cas en France ou tout membre de la FFTir remplissant les conditions nécessaires peut acquérir des armes militaires, dans la mesure où elles ne peuvent tirer en rafale) . Les capacités techniques de cette munition sont identiques à celles du 9 mm parabellum, mais ne peuvent être chambrées dans une arme militaire. Tout cela est dû à la « curiosité » de la législation sur les armes en Italie. C’est pour cette raison que l’on ne trouve le 9X21 imi qu’en Italie. Il n’est donc pas surprenant de retrouver cette munitions dans les mains de mafieux (elle a sans doute été dérobée), Rodier (Alain), cf2r.
Dans un silence assourdissant, le 28 février 2008, le tribunal d’Agrigento a condamné pour association mafieuse, l’ex assesseur régional Vicenzo Lo Giudice, à 16 ans de prison. Vicenzo Lo Guidice, photo à gauche, est un homme politique sicilien très puissant. De 1991 à 2004, il a été député de la très autonome région Sicile. Il fut assesseur régional, une sorte de ministre, chargé de l’administration du territoire, puis président de la commission régionale pour la santé. En 2001, il appartenait au parti du centre, l’UDC. En 2004, il fut arrêté dans le cadre de l’enquête dénommée « Haute mafia ». Il louait à une coopérative gérée par une cosca mafieuse des terrains que la justice avait précisément confisqués à cette famille mafieuse ! Sous le plancher de sa maison, la police avait retrouvé 500 millions de lires qu’il avait tenté de changer en euros avant le 1er janvier 2002. La magistrature a, par ailleurs, saisi des biens pour une valeur de 5 millions d’euros (cf. La confiscation : le reportage)Au cours du procès, l’accusation a présenté des enregistrements d’écoutes. Vicenzo Lo Giudice tenait des propos élogieux envers les chefs mafieux. Il a été reconnu coupable de corruption, de recyclage d’argent sale, et de fraude dans la gestion des appels d’offre.
Le tribunal a aussi condamné : le chef mafieux de Canicattì, l’ancien maire de Canicattì, l’ancien président de la province d’Agrigente et fils, l’ancien conseiller provincial et adjoint aux travaux publics de la ville Caltanissetta.


