Archive pour la catégorie ‘Régulation publique de la drogue’

‘Ndrangheta transnationale

mafiasAu mois d’août, toute l’Italie est à la plage ; pas les carabiniers du Ros (spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée) qui se sont rendus au Canada dans la plus grande discrétion. Le 7 août 2008, A Markham dans la province de Toronto, les fonctionnaires du Border Service Agency,  de la Royal Canadian Mounted Police, de l’Opp et de la police de Toronto font irruption dans un appartement luxueux qui face au Lac Ontario. Les policiers arrêtent Guiseppe Coluccio (en photo en haut), 42 ans, membre de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. Il était inscrit sur la liste des 30 fugitifs les plus dangereux d’Italie. En 2005, le mafieux avait échappé à une opération de police et s’était réfugié au Canada. Dans l’appartement, les policiers ont retrouvé plus d’un million et demi de dollars canadiens en liquide, en traveller chèques, en chèques et en bijoux.
Giuseppe Coluccio appartient à la ‘ndrine, une famille mafieuse calabraise, Coluccio-Aquino originaire de la ville de Marina Gioiosa Ionica. Cette ‘ndrine est très active dans le trafic de stupéfiant à partir du Canada. L’enquête démontre que Giuseppe Coluccio faisait le trait d’union entre les ‘ndrines de Reggio et Cosa nostra sicilienne, les clans turcs et colombiens pour importer des stupéfiants en Europe. En 1998, une autre enquête révélait que par l’intermédiaire de ce mafieux, les clans calabrais et siciliens avaient importé deux mille kilos de cocaïne en Italie !
Giuseppe Coluccio a été extradé en Italie. Il ne lui reste plus qu’à collaborer avec la justice de son pays…

En Italie, il est interdit de « cultiver son jardin »

Le 8 avril 2008, les sections pénales de la Cour de cassation se sont réunies en assemblée plénière. Elles ont débouté la requête d’un citoyen qui souhaitait cultiver du cannabis à domicile à des fins d‘usage personnel. Tout commence en 2003, un jeune homme de Vigevano à côté de Pavia est condamné à quatre mois de prison et mille euros d’amendes pour avoir cultivé du cannabis chez lui. Depuis, la procédure judiciaire était arrivé en cassation.

Le collège de magistrats a décidé donc d’appliquer la ligne prohibitionniste. « Constitue une conduite pénalement majeure toute activité de culture non autorisée de plantes à partir desquelles il est possible d’extraire des substances stupéfiantes même dans le cas où le produit recueilli serait à usage personnel ». La Cour suprême a donc statué sur un sujet controversé. Si la loi italienne est claire sur les problèmes de consommation, elle ne l’était pas sur la production
[1]

Cependant, dans cette affaire, le procureur de la République était lui aussi favorable à la dépénalisation de la culture à des fins personnelles ! En effet, en Italie, la drogue coule à flot et les politiques prohibitionnistes sont vouées à l’échec.
Il reste à inventer une autre politique sanitaire pas seulement en matière thérapeutique (cf. Le cannabis thérapeutique contre la criminalité organisée en Italie). Cette politique ne peut être basée que sur une forme décomplexée de régulation. Cela signifie qu’il faut accepter qu’il y ait toujours de la consommation…

PS : Ci-dessus, la gravure de Moreau le Jeune (1787) illustre Candide l’oeuvre de Voltaire. Dans ce conte philosophique, le protagoniste trouve le bonheur sur terre en faisant fi de la morale divine. Plutôt que de s’occuper des choses méthaphysiques, il faut mieux « cultiver son jardin« . Nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes. La drogue existe malgré la prohibition : et si la puissance publique régulait?.


[1]Depuis le référendum de 1993, l’Italie vivait sous un régime de dépénalisation des drogues dites « légères ». La consommation des drogues « dures » était punie par des sanctions administratives. Puis, le gouvernement de centre-droit (2001-2006), avec la loi Fini-Giovannardi, a aboli la distinction entre drogues « légères » et drogues  » « dures », pénalisant de facto la consommation du cannabis.

Le cannabis thérapeutique contre la criminalité organisée en Italie

Le conseil régional des Marche, une région du Centre de l’Italie, a approuvé l’importation de médicaments à base de cannabis. Ces produits sont requis pour des atteintes neurologiques et contre les effets secondaires des traitements des tumeurs en chimiothérapie et radiothérapie…
En Italie, ces médicaments ne sont pas encore disponibles dans le commerce. Seuls les pays Nord-américains, certains Etats européens, Israël et l’Afrique du Sud commercialisent ces médicaments. Cette décision pourrait avoir un effet sur la sécurité publique. Les patients qui se fournissaient auprès de leur revendeur, n’enrichirons plus la criminalité organisée. Les patients qui cultivaient leur jardin pourront choisir de revenir dans le giron de la loi. Les policiers pourront s’occuper d’autres missions plus importantes pour l’ordre public.

Le cannabis thérapeutique : un petit pas vers la régulation publique, un grand pas pour l’Humanité.

PS : le conseil régional des Marche et dirigé par une coalition de centre-gauche

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