Articles avec le tag ‘communication’

Les Italiens sont dingues de foot (4 coupes du monde), cela se savait. Ils sont fous de téléphone portable (en 1993, j’ai vu que les habitants de Parme avaient déjà tous un GSM (de la taille d’un grille pain mais un GSM quand même) alors qu’en France, on lançait le Bi-Bop. Oui mais en Italie, il y a la mafia.

Le mois dernier, le jounal la Stampa a révélé que des mafieux détenus selon l’article du 41 bis du code de procédure pénal arrivaient à communiquer avec l’extérieur. Comment?

Leur famille envoyait des sms à une émission de télévision qui les faisait défiler à l’écran. (voir photo) . Le programme en question, « Quelli che il calcio » qui, le dimanche après-midi, traite de Football pendant 5 heures sans avoir le droit de montrer un but…

L’émission a arrêté les SMS mais cela ne constituait qu’un moyen parmi d’autres pour les chefs mafieux de communiquer avec l’extérieur. On pense à ce boss qui a pu s’exprimer au journal télévisé par l’intermédiaire de sa fille (cf. Les ‘ndrines et le consensus social).

« Là ou passent les Tornicchio, la terre tremble et la lupara chante »

Le 25 juin est une date importante 🙂 mais celle de 2009 ne fut pas joyeuse. Ce soir là, i piciotti (les soldats de la mafia) sont en embuscade derrière des arbres qui entourent un petit terrain de Football.  Nous sommes à Crotone, une ville ou les ‘ndrines (familles mafieuses calabraises) ont fait beacoup parlé d’elles ces derniers temps (cf. Opération « Héraclès » à Crotone).

Les tueurs tirent plusieurs coups avec un fusil, blessent une dizaine de personnes  et en  tuent deux dont un enfant de 11 ans. L’expert en balistique affirme que les auteurs des coups de feu avaient pleinement conscience de toucher d’autres personnes que la cible.

L’objectif de cet acte de violence programmée (cf. Tir aux pigeons ou violence programmée?) était un homme de 35 ans mort sur le coup. Ce dernier, membre du clan Tornicchio et émigré en Allemagne (où la mafia calabraise prospère cf. De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta), était de retour en Calabre depuis 1 ans. Il aurait profité de l’emprisonnement du chef du clan soumis à l’article 41 bis du code de procédure pénale qui prévoit un régime carcéral strict (cf. Bienvenu au royaume de l’impunité) pour assurer des missions de commandement. Le chef aurait alors ordonné son excécution ; logique mais alors pourquoi ce carnage ?

Grâce au écoutes judiciares (que le gouvernement italien veut limiter… cf. 1. « Dessine moi un bunker »), les enquêteurs ont non seulement retrouvé les tireurs mais aussi impliqué le donneur d’ordre qui se serait félicité du massacre car ”dove passano i Tornicchio trema la terra e canta la lupara” (pour « lupara » cf. Guet-apens contre un capo-bastone en Aspromonte). Le carnage est donc justifié dans la logique de la violence programmée comme un message envoyé à toute la population ; la violence étant un moyen de communication mafieux parmis d’autres (cf.Le mafieux, ce grand communicant).

Cette fusillade ressemble donc aux meurtres de 6 Africains au mois de septembre 2008  (cf. « Jammuncenne ») et rappelle que la mafia tuent très souvent des inoncents (cf. La guerre des ‘ndrines de Crotone n’épargne pas les enfants ou Antonino, 3 ans : victime « collatérale ».)



Au mois de juillet dernier, l’ancien chef de la mafia sicilienne, Salvatore Riina arrêté en 1993 et purgeant plusieurs peines  de prison à vie, sortait de son silence. Jamais « repenti », Toto Riina (en photo) a l’habitude de distiller de très courtes déclarations à l’intention de plusieurs déstinataires. Au mois de juillet, en pleine polémique provoquée par des nouvelles révélations concernant l’assassinat du juge Paolo Borsellino en 1993 (cf. l’agenda rouge de Vito Vespucci sur Italopolis), le plus meurtrier des mafieux déclarait : »Ce sont eux qui l’ont tué [le juge Borsellino], je suis fatigué de servir de bouc émissaire« .

1. Une phrase adressée à la population :

Elle veut dire assez explicitement « la mafia n’a pas tué le juge, nous sommes des hommes d’honneur persécutés par l’Etat italien »

2. Une phrase adressée aux complices de la mafia :

Le chef de la mafia sicilienne explique aux hommes d’affaire et aux politiciens qu’il peut à tout moment faire des révélations fracassantes contre ceux qui négociaient avec lui l’arrêt des attentats 1992-1993 contre des faveurs (cf. Bon anniversaire Giovanni). En effet, en 1992 et 1993 Cosa nostra sicilienne a posé des bombes  en Sicile, à Florence, à Milan et à Rome pour obtenir de la nouvelle classe politique l’arrêt de la lutte antimafia.

3. Une phrase en direction des affiliés de l’organisation mafieuse :

Quelque jours après cette déclaration, les magistrats, espèrant que Toto Riina pouvait aider la justice, se sont rendus en prison pour l’entendre. A la demande des magistrats de « parler », Riina leur a jeté un regard noir comme il en a le secret. En déclarant à la presse que le chef de la mafia n’avait jamais eu l’intention de collaborer, les magistrats, à leur dépens, ont relayé le message envers le « peuple » de Cosa nostra : « toute collaboration avec l’Etat italien demeure prohibé par la mafia» dixit Salvatore Riina qui signe là un coup de génie en matière de communication.

Toto Riina a toujours été un très grand communicant. Parfois, il faisait tuer ses ennemis en fin de matinée ou en fin de soirée pour que le meurtre soit repris en boucle par les journaux télévisés (cf. Violence programmée à Scilla en Calabre).

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