Articles avec le tag ‘mafia’

Le 4 mars 2008, les carabiniers de Monreale (une ville au sud de Palerme habritant une magnifique cathédrale, en photo) ont découvert une fraude de plusieurs millions d’euros. La combine est simple et connue. Il s’agit de simuler des faux accidents de la route et de « toucher » des indemnités de la part des assurances. Les militaires ont permis aux magistrats de mettre en examen 60 personnes. Aucune d’entre elles (des médecins et des experts…) n’appartient à une cosca (une famille mafieuse sicilienne).

Les carabiniers ont écourté leur enquête pour arrêter au plus vite le cerveau de l’arnaque. En effet, ce dernier était un « cadavre ambulant». Il était menacé de mort par la mafia. L’arnaqueur avait oublié la règle du contrôle du territoire mafieux. Il n’avait pas demandé au « boss » de la zone l’autorisation de commettre l’escroquerie sur le territoire de la famille mafieuse.

J’imagine ce que les carabiniers ont entendu en écoutant le téléphone du mafieux :

Le boss : « Stu crasto deve morire, (ce crabe -en dialecte sicilien- c’est-à-dire celui qui ne marche pas droit, qui ne respecte pas les règles de la mafia), il doit mourrir« 

Décidément, la chance sourit aux audacieux. En France, d’anciens PDG qui ont massacré des entreprises reviennent avec des livres à vendre. Aux Etats-Unis, Madov veut garder sa maison et en Italie, l’Etat de droit sauve les ecrocs d’une mort certaine.

Ps : Inscrivez vous à la « newsletters » en haut à droite. Vous receverez un mail vous avertissant de chaque nouvel article.

Университет Парижа  I  –  Пантеон-Сорбонна
Докторат политических наук (UFR 11)
Фабрис  Риззоли
Мафии Италии и конец биополярного мира
« Политико-мафиозные » отношения и преступные деяния под прикрытием международных отношений

Защита диссертации проведена под руководством  главы комиссии,  господина президента  Жака Соппельза  22 января 2009 г.
Данной работе присужден особый знак отличия единогласным решением жюри:
Господин профессор Чарльз Зоргбиб
Господин профессор Мишель Кармона
Господин профессор Симон Петерман
Профессор Джузеппе Мути
Михаил Лебедев

Краткое содержание

Ключевые слова: геополитика, Италия, мафия, государственное управление, контроль над территорией, транснациональность, холодная война, глобализация, наркотики, «мафиозная буржуазия»

Упрощение смысла слова « мафия » в средствах массовой информации не позволяет иметь научный подход к этому понятию, которое покрывает несколько сосвем неоднородных реалий. Мафия – это политический актёр, который адаптируется к социально-экономическим изменениям. Мафия имеет суверенитет над конкретной территорией. Основываясь на этом территориальном господстве, она выстраивает и поддерживает систему с помощю насилия и беззакония. Мафия управляет широкой и разветвленной сетью сообщников. Она одушивляет врощенный, но гибкий культурный кодекс и пользуется относительным общественным одобрением со стороны населения. Четыре преступные группировки являются важной темой научных исследований в Италии.

Исследование мафий в более широком контексте истории Италии показало, что они были подлинным инструментом управления этого государства. Во время холодной войны, они были использованы в качестве силы сдерживания коммунизма. В обмен на это, они пользовались безнаказанностью. С окончания коммунистической угрозы, отношения между мафией и политикой вступают в новую эпоху. Загнанная в тупик наступлением юстиции, сицилийская мафия выбрала стратегию терроризма. Нужно было найти новых политических референтов.

С конца существования антагонизма между двумя блоками, усложнение мафиозного феномена было усилено. Теперь они контролируют свою территорию выборами и имеют транснациональный характер. Они воплощают то движение информации, денег, товаров и людей через национальные границы, в котором редко государственное присудствие. Мафии являются основными актёрами интегрированной глобальной экономики и отражают новую реалию. В конечном счете, исследование мафий показывает, что они представляют собой структурные и системичные явления глобализации.

Università di Paris I –Panthéon-Sorbonne

Dottorato -Scienze politiche
Fabrice RIZZOLI
LE MAFIE ITALIANE E LA FINE DEL MONDO
BIPOLARE

Relazioni « politico-mafiose » e attività criminali alla prova delle relazioni internazionaliTesi condotta dal presidente Jacques Soppelsa
Discussione il 22 gennaio 2009 

Mention « très honorable »
all’unanimità dei membri della giuria :
Professore Charles Zorgbibe
Professore Michel Carmona
Professore Simon Petermann
Professore Giuseppe Muti
Mikhail Lebedev (Михаи Лебедев)

Riassunto

La diffusione eccessiva della parola « mafia » impedisce un approccio scientifico del fenomeno mafioso che ricopre o riguarda realtà eterogenee. La mafia è un soggetto politico organizzato che si adatta ai cambiamenti sociali ed economici.
La mafia esercita una sovranità su un territorio circoscritto. A partire da questo feudo territoriale, la mafia struttura e perpetua un sistema basato sulla violenza e l’illegalità. La mafia gestisce una vasta e ramificata rete di complicità. Anima un codice culturale con radici profonde ma anche flessibile per adattarsi ai cambiamenti. Inoltre essa gode di consenso sociale da parte della popolazione. In Italia, quattro organizzazioni costituiscono un importante oggetto di studi scientifici.

L’analisi delle mafie nel contesto della storia d’Italia dimostra che le mafie sono uno strumento di « governance » a disposizione dello stato italiano. Durante la guerra fredda, i clan mafiosi furono usati come forze di containment contro il comunismo. In cambio, essi beneficiarano di una forte impunità. Con la fine della minaccia comunista, le relazioni politico-mafiose entrarono in una nuova fase. Pressata dall’offensiva dei magistrati, la mafia siciliana scelse una strategia terrorista il cui obiettivo era di trovare dei nuovi referenti politici.
Con la fine dell’antagonismo tra i due blocchi, le mafie diventarono più sofisticate in modo di resistere alle azioni repressive delle forze dell’ordine.Controllano il loro territorio e hanno una forte dimensione trasnazionale. Incarnano questo movimento, al di là delle frontiere, informazione, soldi e personne cui attori sempre meno degli attori dello stato. Adesso le mafie sono tra i protagonisti dell’economia mondiale integrata e sono l’immagine di questa nuova distribuzione geopolitica. Infine, lo studio delle mafie dimostra che vi sono dei fenomeni strutturali e sistemici connessi alla mondializzazione. 

Parole chiave : geopolitica, Italia, Stato, « governance », controllo del territorio, trasnazionale, Guerra fredda, droga, borghesia mafiosa.

Le 18 décembre 2008, la Direction des enquêtes antimafias (DIA) a placé sous séquestre les biens appartenant à l’entrepreneur sicilien Giuseppe Grigoli (en photo). Originaire de la province de Trapani et surnommé le « roi » des supermarchés, il a été arrêté le 20 décembre 2007. Giuseppe Grigoli est accusé d’être le trésorier du chef de la mafia de Trapani, Matteo Messina Denaro. Il s’agit du deuxième complice arrêté en un an (Un complice du chef de la mafia arrêté).

La valeur des biens saisis (provisoirement) à Giuseppe Grigoli, 220 immeubles, 123 terrains (60 hectares), un yacht de 25 mètres, avoisinent les 700 millions d’euros. La complicité entre le chef d’entreprise Grigoli et le mafieux Messina Denaro débuta en 1974. A l’époque les revenus de l’entrepreneur s’élevaient à plus de 3 millions de lires. En 2001, ses revenus s’élèvaient à 1 milliard 419 millions 240 000 euros. En 2006, les revenus sont en baisse, seulement 724 000 euros.

Giuseppe Grigoli en digne représentant de la bourgeoisie mafieuse (Arrestation au sein de la bourgeoisie mafieuse), a avec l’aide la mafia, obtenu le monopole de la distribution agroalimentaire. Il distribue des centaines d’emplois. Les gens redevables deviennent les complices des mafieux, par exemple en assurant la cavale de ceux-ci.

La saisie des biens a été opérée à l’encontre des parents de l’entrepreneur comme le stipule la nouvelle loi en matière de saisie des biens mafieux. Cependant, ses biens pourraient être confisqués rapidement car la confiscation à l’italienne prévoit de mesure conservatoires!

2. Un vote = 40 euros

Toujours le 25 novembre, dans le cadre de l’opération Perseus, les magistrats ont apporté des éléments de preuve concernant les complicités politiques dont bénéficient les mafieux. En effet, d’après plusieurs collaborateurs de justice, le chef mafieux Francesco Russelli, aurait appuyé un homme politique au cours des dernières élections locales de 2006. Dans le secteur de Panapice, le clan aurait scellé un accord avec le candidat Giuseppe Mercurio (Democratici di Sinistra) qui a été élu sur une liste par 450 voix de préférence (l’électeur italien peut choisir des noms sur une liste selon ses préférences…). A chaque fois que le candidat obtenait 50 voix, le clan était rémunéré de 2 000 euros soit 40 euros pour chaque vote. Ce procédé est réprimé par la loi, article 416 ter du code procédure pénale italien. Le délit d’échange électoral politico-mafieux a été voté en 1992 après la chute de l’Urss. L’Etat italien, qui n’avait plus besoin de la force électorale mafieuse qui avait permis de contenir le communisme pendant 50 ans, fit un geste symbolique.

En réalité, ce délit est rarement constaté par la justice. Les mafieux font élire des hommes politiques qui, une fois élus, attribuent des appels d’offre aux entreprises contrôlées par les clans. Peut-être s’agissait-il de vérifier que les mafias sont toujours capables de faire élire un politicien ? Pari gagné.

Analyse géopolitique des relations « politico-mafieuses » après la chute du mur de Berlin,

revue de l’Institut de Recherche de L’European Business school, n°11, 2008

Entre 1992 et 1993, Cosa nostra sicilienne commet pas moins de 7 attentats dont celui de Florence en 1993 (en photo) ; des attentats déjà évoqués le 12 janvier 2002 au cours d’un colloque et qui ont fait l’objet d’une attention particulière dans un article tiré d’un thèse (cf. Mafias italiennes et relations internationales) :

La fin de la confrontation « Est-Ouest », entraîne dans sa chute le « système politico-mafieux » d’après-guerre et la « première République » (1945-1992)1. Au cours de la « deuxième République », les mafias italiennes perdent l’importance qu’elles ont eu sur la scène politique et militaire dans la stratégie américaine du containment visant à empêcher tout pays du monde libre à basculer dans le communisme.

Les années quatre-vingt dix sont d’abord marquées par une confrontation entre la justice, les organisations mafieuses et une partie de la classe politique. De 1992 à 1994, l’Italie connaît une phase d’instabilité politique et économique. De nouvelles lois, un relatif renouveau de la classe politique amène à penser qu’une « seconde République » est née. Ce contexte permet une offensive des magistrats contre les organisations mafieuses et leurs complices. Face à ce nouveau rapport de force, la mafia s’adapte et reconquiert les alliances politiques. L’alibi de la lutte contre le communisme qui freinait la répression contre les mafias semble caduc. Les politiques ne sont plus en mesure de garantir l’impunité des mafieux. Les relations-politico-mafieuse semblent entrer dans une nouvelle ère.

Les magistrats profitent de ce vide politique et de la remise en cause de la loi du silence pour infliger des coups sérieux aux organisations mafieuses. La réponse de la mafia se résume à une stratégie terroriste. Par la suite, les victoires étatiques comme la terreur mafieuse ont peut-être laissé place à une nouvelle forme de pacte.

La suite :

1 La notion de changement de République en Italie ne repose pas sur une rupture constitutionnelle comme c’est le cas en France.

Le 5 novembre 2008, les carabiniers ont mis fin à la cavale de deux chefs d’une ‘ndrine, une famille mafieuse calabraise. Il est deux heures de matin, les issues sont sous contrôle quand les militaires font irruption dans une petite maison de campagne dans la forêt de Sila.
Les chefs n’étaient pas armés, n’avaient pas de téléphone mobile, ni de voiture. Le réseau logistique de complicités fonctionnait parfaitement. Cataldo Marincola (47 ans) et Silvio Farao (60 ans) sont deux leaders du « locale », l’unité administrative dans la mafia calabraise, dans la zone Cirò, un bourg au nord de Crotone (carte à gauche).
Les deux mafieux ont choisi la clandestinité parce qu’ils craignaient que la Cour de cassation les condamne à la prison à vie. Pourquoi prendre le risque de se faire arrêter à deux ? Et pourquoi féliciter les Carabiniers venus les mettre en prison ?
Les mafieux sont des grands communicants. Il s’agit de faire passer un message, celui de l’unité, à toutes les familles de la zone. En effet, le 26 septembre dernier, un membre du clan a été assassiné en Lombardie ( Exécution mafieuse en Lombardie ). Le bruit courait qu’il y avait une guerre au sein de la ’ndrine. Il n’en est donc rien.
De plus, féliciter les carabiniers revient à envoyer un mot d’ordre à tous les soldats : « on ne touche pas aux institutions ». Les arrestations et la prison font partie du jeu.

Seule prime la continuité des affaires : (Epargne mafieuse et leçon de capitalisme )

Cette semaine, une chaîne de télévision française a diffusé un court reportage sur une course clandestine de chevaux dans la province de Messine (vidéo d’une autre chaîne).


A la fin de la diffusion, le commentateur évoque une infraction « moins grave (« inofensives » cit.) que le trafic de drogue… ». En réalité, les courses clandestines relèvent du contrôle du territoire et du consensus social. C’est parce que les mafias contrôlent le territoire qu’elles sont les plus fortes en matière de grands trafics. Pour illustrer ce propos, vous pouvez relire un article paru au mois de mars (cf.
« Zoomafia » au quotidien). Les courses de chevaux font partie des activités  dénommées « zoomafia ». Ces activités criminelles sont incluses dans le concept des « ecomafias » (cliquez pour plus de précisions).

mafia

La « mamma »

Le 15 octobre 2008, à 5h15, les policiers ont arrêté la « mamma », Antonio Pelle, 46 ans et chef de la ‘ndrine (famille mafieuse calabraise) Pelle-Romeo-Vottari opposée à la ‘ndrine Nirta-Strangio dans une faida depuis 1991. Antonio Pelle se cachait non loin de San Luca dans un bunker (cf. Le quotidien de l’Etat contre la ‘Ndrangheta et vidéo plus bas.)
Antonio Pelle est appellé la « mamma » par ses soldats qui lui vouent une grande dévotion comme en témoigne cet évènement : Duisburg, le 15 août 2007, un membre de la mafia calabraise apprend que 7 des membres de son clan viennent d’être assassinés (  De San Luca à Duisburg, la faida et la ‘Ndrangheta ). Il téléphone en Calabre pour informer la hiérarchie de la ’ndrine, la famille mafieuse calabraise.  Achille Marmo décroche. Son frère vient d’être assassiné mais il ne le sait pas encore. Celui qui téléphone pose une question à Achille Marmo : « la mamma è qui ? » (« La maman est-elle là ? « ). La « mamma » désigne Antonio Pelle, le chef de la famille en question.

A lieu de prévenir son interlocuteur que le frère de ce dernier vient d’être assassiné, le soldat de la mafia demande si le chef se trouve dans la pièce car c’est au chef que ce type d’information doit être délivré en priorité. La mafia c’est la tyrannie de la famille mafieuse. Le clan passe avant les sentiments.
Achille Marmo répond que la « mamma » n’est pas ici. Le messager transmet alors l’effroyable nouvelle : « ils sont tous morts… tu as compris ?… ils ont été tués… ton frère aussi. ».

Ici, le terme « mamma » remplace peut-être le terme « mammassantissima » qui désigne des capo-bastone, ces chefs de ‘ndrine de rang supérieur. Au dessus du simple capo-bastone, il y aurait le « santista« . Les enquêteurs estiment qu’Antonio Pelle est un « vangelo« , un rang au dessus du « santista« . Au dessus du « vangelo« , il y aurait d’autres grades. Dans la mafia calbraise, la hiérarchie est complexe et encore méconnue.

Jeudi 18 septembre 2008, dans la province de Caserte en Campanie. 21h, le commando de la mort est en route. Armés jusqu’au dents, les six soldats de la Camorra, la mafia napolitaine, sont bourrés de cocaïne et portent des gilets de la police. Ils tirent plus de vingt projectiles sur un gérant d’une salle de jeu, un soldat de la Camorra.
Puis, ils empruntent la route nationale Domitiana qui relie Rome à Naples par le littoral. A Castel Volturno, au kilomètre 43, ils arrêtent la voiture brusquement devant l’atelier de couture « Ob ob Exotic Fashions » tenu par des Africains. Il est 21h20. Les sicaires tirent plus de 130 projectiles à l’aide d’armes automatiques de type kalachnikov et uzi (sur la photo, la police a marqué les emplacements des douilles).
Les soldats de la Camorra tuent 6 Africains originaires du Ghana, du Libéra et du Togo. Joseph un Ghanéen de 34 ans touché le premier de quatre balles à la jambe et au bras, s’écroule par terre. Ses camarades foudroyés tombent sur lui. Le sang de ses frères coule sur son visage. Il feint de ne plus respirer. Il prie « dans sa tête » et pense à sa femme et à ses enfants.  Grâce à cet homme, nous savons que la mafia a encore agi à sa manière. Elle a accompli un geste de violence « programmée », de celle qui éduque les consciences, aujourd’hui celles des Africains vivant sur les terres de la Camorra…

Le chef du commando déclare alors : « Ils sont tous morts : Jammuncenne  » ( « on s’en va de là » en dialecte napolitain)…

Pour un article détaillé cliquez sur le lien suivant : la mafia napolitaine fait un exemple avec l’assassinat de 6 Africains



La mafia de A à Z
Recevez chez vous le livre dédicacé : "la mafia de A à Z" contre 18 euros en cliquant sur le lien suivant
PayPal Logo