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Mardi 27 mai 2008, à Nicotera en Calabre, Romana Mancuso, 62 ans, et son fils Giovanni Rizzo, 36 ans, circulent à bord d’un véhicule lorsque plusieurs coups de feu éclatent. Les deux occupants sont grièvement blessés mais vivants. Romana Mancuso fait partie la très puissante ‘ndrine du même nom. Cette famille mafieuse est originaire de Limbadi dans la province de Vibo Valentia. La ‘ndrine Mancuso a subi une forte répression de la part des forces de l’ordre. La commission parlementaire antimafia de 2001-2006 s’est également intéressé à elle.Les mobiles de ce guet-apens ne sont pas évidents. Pourquoi s’en prendre à deux personnes simultanément ? Pourquoi ne pas avoir achevé les victimes comme le font habituellement les tueurs de la mafia ? Cela ressemble à un avertissement. Affaire à suivre.
Le vieux boss est un acteur de premier plan de la faida de San Luca qui voit s’opposer les ‘ndrines Nirta-Strangio contre celle des Pelle Votari. Les enquêteurs pensent qu’en 2007, le capo-bastone a assassiné en personne Bruno Pizzata, 59 ans. Il s’agissait de la première réaction à l’assassinat de Maria Strangio en 2006. Maria Strangio était la belle-fille du boss.
Giuseppe Nirta est donc le père de Giovanni Luca Nirta, celui qui a probablement ordonné la tuerie de Duisburg au mois d’août 2007 (art.6). L’arrestation du chef de la ‘ndrine Nirta, une des familles mafieuses qui a le plus de prestige au sein de la ‘Ndrangheta, est un succès des forces de l’ordre qui ont utilisé des filatures discrètes et des écoutes téléphoniques. En effet, les policiers ne peuvent pas compter sur la colaboration de « repentis ». A San Luca, la loi silence est strictement respectée.
Récemment, le procureur national antimafia avait invité les femmes de San Luca à livrer les hommes du clan encore en fuite. La réponse des femmes de San Luca ne s’est pas fait attendre. On peut voir les photos en cliquant ici.
Pour être précis :
– La première photo représente la société civile qui lutte contre la mafia. Au centre le procureur Piero Grasso tente de faire passer son message de collaboration avec l’Etat.
– Le deuxième photo représente des femmes qui soutiennent des pancartes indiquant « nous sommes les Nirta-Strangio, nos hommes ont été arrêtés sans preuve. »
– La troisième photo représente un enfant dont la pancarte indique » Des assassins ont emporté maman, l’Etat m’a pris mon père« .
– La mafia calabraise est le première mafia d’Italie. La richesse économique n’est pas sa seule force.
L’Eurispes, l’institut des études politiques, économiques et sociales, a publié son rapport 2008 sur la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. Ce dernier confirme les études des commissions parlementaires antimafias et le rapport des services de renseignement (art .13). La mafia calabraise est devenue l’organisation criminelle la plus puissante, la plus riche et donc la plus dangereuse pour l’Etat italien. D’après l’Eurispes, le chiffre d’affaire de la mafia calabraise a été de 44 milliards d’euros pour l’année 2007. Cela représenterait 2,9% du produit intérieur brut (estimé à 1.535 milliards d’euros). Le chiffre d’affaire de la « holding ‘Ndrangheta » est équivalent à ceux de l’Estonie (13,2 milliards d’euros) et de la Slovénie (30,4 milliards d’euros) réunies.
Le secteur le plus rémunérateur demeure le trafic de drogue qui rapporterait 27,24 millions d’euros soit 62% de la totalité des profits.
Le 13 mai, une vague de violence s’est soudain abattue sur les Roms qui vivaient dans le quartier de Ponticelli à Naples. Leurs camps, dont les occupants avaient auparavant été vidés par la police, ont été mis à sac et incendiés par les habitants du quartier. Vengeance populaire «justifiée» par la tentative d’enlèvement, deux jours plus tôt, d’un bébé de six mois par une jeune Roumaine âgée de 16 ans qui s’était échappée d’un foyer pour mineurs. De la Roumaine aux Roms, il n’y a qu’une syllabe.
En Italie, comme partout en Europe, les Roms vivent dans des conditions épouvantables : des camps de fortune installés dans des décharges sauvages ou sous des ponts, îlots de misère au cœur de l’Occident. Ici comme partout, ils vivent – ou plutôt survivent – de mendicité et de la revente de métaux récupérés. Ils sont sédentarisés depuis longtemps, et pourtant continuent de souffrir du regard multiséculaire porté sur les «nomades», Gitans, Tsiganes, Manouches, Roms… Pendant la Seconde Guerre mondiale, les «voleurs de poules et d’enfants» se sont retrouvé aux côtés des Juifs, exterminés dans les camps nazis.Dans le quartier de Ponticelli, plus de 1 500 Roms vivaient dans des «microcamps» constitués chacun d’une dizaine de «baraques». Installés sur des dépotoirs illégaux ou sous des ponts. Or ce quartier de Naples n’échappe par à la mafia. Il est contrôlé par le clan Sarno. Ciro Sarno, le chef de clan est en prison mais ses régents lui obéissent encore.
La mafia a autorisé les Roms à vivre sur son territoire à condition qu’ils paient le pizzo, un impôt mafieux de 50 euros par mois ( Les étrangers : instruments de la Camorra ). 
Le clan permettait ainsi aux Roms de faire la manche et de gérer les décharges illégales. Chaque jour, les Roms allaient voir les garages et les entreprises afin de récupérer les batteries et autres matériaux polluants- pour 5 ou 15 euros, les entrepreneurs peuvent se débarrasser de leurs matériaux lourds. Enfin, le clan autorisait les Roms à voler dans les appartements… En revanche, il leur était interdit de fréquenter le centre de Ponticelli, là où les hommes de la Camorra vendent de la drogue.
Que s’est-il passé à Ponticelli pour que la population s’en prenne à eux à deux reprises ( Quand « Rom » rime avec progrom ) ? La mafia est encore une fois derrière la population : parmi les personnes arrêtées par la police lors des manifestations et des dégradations figuraient des femmes de mafieux et des complices de la Camorra aux casiers judiciaires vierges.
Il aura suffit d’une bonne occasion (la tentative d’enlèvement dont les contours restent à clarifier) pour que la mafia passe à l’action. Une action très rentable à plusieurs points de vue. D’abord la mafia ridiculise l’Etat qui n’a jamais été capable d’apporter des solutions à l’immigration roumaine. Aux yeux de la population, en volant au secours d’une petite fille enlevée et en débarrassant le quartier des voleurs de poules, le clan se pose en justicier. La mafia a encore augmenté son capital de consensus social à Naples.
Mais ces expulsions à la sauce mafieuse pourraient cacher une opération de spéculation immobilière. Les terrains incendiés font partie d’un plan d’urbanisation. Depuis moins d’un mois, des appels d’offres ont été lancés pour construire des résidences, des appartements, des écoles et des hôpitaux. Un financement de 7 millions d’euros est déjà disponible. Or, dans le cas où les travaux n’auraient pas pu commencer avant le mois d’août, des gens auraient perdu de l’argent. Qui ?

La police recherche encore Vincenzo Romeo qui est le gendre du capo-bastone (le chef de famille mafieuse calabraise). Vincenzo Romeo a une soeur qui a épousé le chef d’entreprise décédé….
Si vous ne savez plus qui est qui, c’est normal. En revanche, cette description nous permet de percevoir la dimension familiale de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise.
Enfin, la police a saisi des biens (des sociétés financières, seize comptes bancaires et onze biens immobiliers) à cette famille mafieuse. La valeur de ces biens avoisine les 15 millions d’euros. La mafia calabraise est un conglomérat de riches familles !

Le 29 février 2008, Giuseppe Riina a été libéré de prison. La photo à gauche représente Giuseppe Riina quittant la prison de Sulmona dans la région des Abruzze.
Celui-ci n’est autre que le troisième fils de Salvatore, Toto Riina, le chef de la mafia sicilienne de 1983 à 1993 (cf.Toto Riina commande la mafia sicilienne de sa cellule!).
Au cours des années 2000, les policiers avaient placé des micros dans la voiture du jeune Riina. L’étude des enregistrements ne laissait planer aucun doute. Giuseppe Riina tentait de reprendre en main une « cosca », un clan mafieux. En 2004, il avait été condamné en première instance pour association mafieuse. Depuis, Giuseppe Riina attendait le procès d’appel. Parce que les termes légaux de sa détention provisoire étaient dépassées, et conformément aux règles de droits, la Cour de cassation l’a libéré. Giuseppe Riina est, certes, interdit de séjour à Palerme. Il doit, certes, signer au commissariat les lundi, mercredi et vendredi. Il n’a, certes, pas le droit de fréquenter d’autres personnes déjà condamnées par la justice. Il n’a pas, non plus, le droit de sortir entre 20 heure le soir et 7 heure du matin.
L’ensemble de ces mesures n’a jamais empêché un mafieux d’exercer ses prérogatives. En se rendant au commissariat, il ridiculise l’Etat incapable de le priver de liberté. Puis, Giuseppe Riina compte faire condamner l’Italie par la Cour européenne des droits de l’homme pour la longueur de son procès. Et, comme nous vivons dans des Etats de droit; le fils de plus sangunaire des parrains va gagner.
L’Etat itatlien boira, alors, le calice jusqu’à la lie; se décrédibilisant auprès d’une population sicilienne souvent fataliste.
Le procureur national antimafia, Piero Grasso ne s’y est pas trompé en affirmant qu’en Italie, « les magistrats ne servent à rien ». Dans ce pays, les forces de l’ordre font un travail remarquable pour arrêter les mafieux. Cependant, la justice italienne, lente et empêchée par les politiques, n’arrive pas à mettre les mafieux hors d’état de nuire.
L’impuissance relative de la justice est le principal allié des mafias italiennes.
Le 22 avril 2008, le gouvernement italien a dissous le conseil municipal de Gioia Tauro. Le préfet de Reggio qui enquête depuis quatre mois a démontré que la ‘Ndrangheta exercait son influence dans la gestion de cette collectivité. La commune était dirigée par une coalition de centre-droit. Le maire appartient à l’Udc, un parti du centre peu regardant sur le choix de ces candidats. Par exemple, l’Udc a fait élire Salvatore Cuffaro au Sénat alors qu’il était condamné pour avoir favorisé un mafieux. La Direction provinciale antimafia (DDA) de Reggio enquêtent sur le maire de Gioia Tauro et son adjoint ainsi que sur les maires des communes limitrophes de Rosarno et de San Fernandino.
Gioia Tauro, sur la côte tyrrhénienne dans la province de Reggio en Calabre, abrite le plus grand port-conteneur d’Europe (à gauche sur la photo). Ce site de transhipement est conditionnée par un cartel de ‘ndrines très puissant, les Piromelli-Molé. Depuis la construction du port, les familles mafieuses disposent d’un point d’une entrée priviliégié pour le trafic de cocaïne. La Commission parlementaire antimafia affirme que toutes les activités licites du port sont aux mains des ‘ndrines. En 1991 déjà, l’Etat italien avait dissous le conseil municipal de Gioia di Tauro. Enfin, au début de cette année, les services de renseignement italiens avaient alerté le Parlement sur les infiltrations mafieuses dans ce port (cf2r.org).
L’Etat est intervenu avant que des centaines de millions d’euros d’investissements publics ne soient distribués au cours des mois à venir.

Silvio Berlusconi est né le 29 septembre 1936 à Milan. Il est le premier de trois enfants, deux garçons et une fille. Son père, Luigi Berlusconi, est employé à la Banque Rasini. Sa mère, Rosa Bossi, est femme au foyer. Cela commence mal. La banque Rasini est une des banques des familles mafieuses de Palerme. Silvio Berlusconi fréquente dès son plus jeune âge un milieu obscur. Un psychologue dirait que son père a réussi sa transmission…
En 1954, il obtient le baccalauréat, section lettres classiques, au lycée catholique Copernic et s’inscrit en droit à l’université d’Etat de Milan. Il fait occasionnellement du porte-à-porte pour vendre des brosses électriques. Il fait également des photos lors de mariages et d’enterrements. Il joue de la basse et chante dans l’orchestre d’un ami d’enfance, Fedele Confalonieri, mais aussi sur des bateaux de croisière. En 1957, il a son premier emploi occasionnel dans le secteur de l’immobilier et de la construction.
Le ton est donné. Silvio Berlusconi n’est pas encore nommé président du Conseil qu’il menace une journaliste.Le 18 avril 2008, en Sardaigne, lors d’une conférence presse avec Vladimir Putin, une journaliste russe pose une question embarassante concernant la vie privée du Premier ministre russe. Silvio Berlusconi mime alors le geste de la mitraillette. Le futur représentant de l’Italie dans le monde sait-il que les journalistes gênants sont assassinés en Russie? Ou alors, ce geste, de manière plus subtil, est destiné à ceux qui s’obstineront à révéler ses liens avec la mafias.
Pour en savoir plus : Article mafia et politique

On nomme, de manière générale, « écomafia », les activités des mafias qui altèrent l’environnement. Cette semaine, la Garde des finances a saisi les actes de la procédure d’un appel d’offre concernant la récolte et le traitement des déchets à Gela. Gela est une ville côtière en Sicile orientale dont on peut voir une photo aérienne à gauche.
Le marché public en question avoisine les 22 millions d’euros. Une seule entreprise avait concouru à cette adjudication. Elle l’avait remporté en proposant un prix de 0,1 % inférieur à celui demandé par l’administration. Rosario Crocetta (cf. Rosario Crocetta obsède la mafia), le maire ouvertement antimafia de Gela et le nouveau sénateur du Parti Démocrate de gauche, Giuseppe Lumia, ont demandé l’ouverture d’une enquête pour infiltration mafieuse.
D’après l’association Legambiente, les « écomafias » représentent, pour les mafias italiennes, 23 milliards d’euros de chiffre d’affaire par an. Ce chiffre ne concerne que les déchets non déclarés. A ces 23 milliards s’ajoutent les gains des sociétés de récolte et de traitement des déchets qui sont proches des clans.



