Archive pour la catégorie ‘France’

En France la mafia n’existe pas. Reconnaissons tout de même que nos gangsters français sont doués. Le 20 avril dernier, les magistrats phocéens ont condamné ensemble des membres du grand-banditisme français et un chef de la Camorra (la mafia napolitaine cf.Les clans de la Camorra en recomposition) pour avoir importé 176 kg de cocaïne. La drogue, saisi en 2008 à Rotterdam, provenait du Pérou à destination de la France.  Deux français ont été condamnés à 14  et 10 ans de prison. Umberto Naviglia, membre de la Camorra,  a été condamné à 6 ans de prison. Retrouvez des compte-rendus du procès pour comprendre comment se passe la mise en place d’un projet commun entre gangsters français et mafieux italiens en cliquant sur le lien du site de Marc Fieviet.

Redécouvrez aussi l’article qui évoque une précédente affaire du genre : Infiltrations mafieuses en France et un reportage :

Voir "grandes surfaces" dans le Petit dictionnaire énervé de la mafiaIl avait 18 ans et sortait d’un pizzeria de Taurianova en Calabre lorsque les sicaires font éclater une pluie de balles. Francesco Maria Inzitari est le neveu de Nino Princi, tué dans l’explosion de sa voiture en mai 2008 (cf. Voiture piégée en Calabre). Pour les enquêteurs, il s’agit vraisemblablement d’une « vengeance transversale » de la ‘Ndrangheta (cf. Vengeance “transversale” à Rosarno?).

Francesco Maria Inzitari décède car il est le fils de Pasquale Inzitari, ancien adjoint au maire de Rizziconi et conseiller provincial de l’UDC (centre-droit). Pasquale Inzitari avait été arrêté en mai 2008 pour concours externe en association mafieuse. En septembre dernier, la justice avait saisi 55 millions de biens lui appartenant.  Pasquale Inzitari était d’abord proche du clan Crea, dominant à Rizziconi (cf. L’Italie et les stéréotypes) qui a permis la construction du plus grand centre commercial en Calabre. Des membres du clan Crea ont acheté plusieurs terrains agricoles y compris par la menace, le conseil municipal (dissout en juillet 2000 pour infiltration mafieuse) a alors modifié le plan d’occupation des sols, rendant les terrains constructibles. Les complicités politiques remontent jusqu’au conseil régional qui modifié la législation afin de permettre la construction d’un centre commercial pourtant interdit jusqu’ici. C’est sur ce terrain qu’a été construit la grande surface, appartenant en partie à Inzitari. Mais les rapports entre Inzitari et les Crea se sont peu à peu détériorés. Profitant de l’arrestation du boss Teodoro Crea, Inzitari fait entrer Antonino Princi (et par là même le clan Rugolo, cf. La mafia calabraise, une histoire de familles) dans le capital social du centre commercial. Une insulte pour le clan Crea… et un grain de sable dans la mécanique économique mondialisée comme en témoigne ce reportage :

Le mardi 1er décembre, le groupe Flare (Freedom, Legality and Rights in Europe),  organisait une manifestion devant le Conseil des ministres de l’Union européenne à Bruxelles. Flare est le premier réseaux (issu de la société civile) contre le crime organisé  transnational.

La présence de Flare dans la « capitale » de l’Union avait pour but de convaincre les ministres de la justice des 27 pays de l’Union réunis en Conseil que les fonds confisqués au crime organisé doivent être utilisés à des fins sociales. Ce dispositif législatif utilisé en Italie donne des résultats encourageants (cf. De la saisie à la confiscation; de la mafia à l’Etat?).  Par exemple, la maison confisquée au chef de la mafia sicilienne, Salvatore Riina (cf. Leçon de communication mafieuse par Toto Riina) est aujourd’hui un centre culturel (cf. la Croix). De point de vue ciminologique, ce procédé est très efficace parce qu’il prive les mafieux de consensus social (cf. Les ‘ndrines et le consensus social).

Dans la rue, les militants ont joué à CONFISCOPOLIS, un jeu de société avec lequel on confisque des biens mal acquis.

Comme les photos en témoignent, la manifestation (autorisée par les autorités) fut une réussite et ce en dépit d’une première intervention de la police qui nous a fait  remballer. Le magistrat Luigi de Magistris nouvellement élu député européen, les médias, la police… et surtout le commissaire Jacques Barrot ont entendu le message. Ce dernier en particulier s’est déclaré favorable à la réutilisation des biens confisqués au crime organisé à des fins sociales (cf. déclaration)

Quartier général Confiscopolis
Confiscopolis
Le quartier général avait autorisé la manifestation jusqu’à 15h mais sur le terrain, les agents de police avaient un ordre de mission qui indiquait 13h. Il aura fallu l’intervention d’un officier de la police des renseignements généraux pour recommencer la manifestation.

Luigi De Magistris

Le député Luigi De Magistris
Press Commission européenne

Après l’arrestation d’un mafieux sicilien (cf. Arrestation de mafieux en France, rien de plus…), la police française a, le 24 novembre, mené une vaste opération contre un réseau de blanchiment et de corruption sur la Côte d’Azur, menant des perquisitions ou interpellations à Menton, Beausoleil, La Turbie, Roquebrune, Aix-en-Provence… Une quinzaine de personnes ont été placées en garde à vue dont les maires de Beausoleil et de Berre-les-Alpes), le camorriste Giovanni Tagliamento, un truand fiché au grand-banditisme et des entrepreneurs d’une importante société de BTP de la Côte d’Azur. Des perquisitions ont également été menées à la mairie et au service d’urbanisme de la commune de Beausoleil. La plupart des personnes ont été remises en liberté à l’issue de leur garde à vue.

voir aussi le reportage de Marc Dana (soir 3) effectué en collaboration avec l’administrateur du site mafias.fr :

Pour ceux qui ne peuvent voir la vidéo voici le lien, cliquez sur mafias en France (http://www.youtube.com/watch?v=pvPFEpwQPMY et passer d’internet explorer – technologie « fermée » de Microsoft- pour http://www.mozilla-europe.org/fr/firefox/)

Pour comprendre l’expansion mafieuse qui débute dans les années 70 :

« … La spéculation immobilière puis le trafic de stupéfiants ont enrichi les mafias désormais contraintes à étendre certaines de leurs activités en Europe. Cependant, les organisations mafieuses se sont adaptées aux milieux rencontrés. Au sein des diasporas, le contrôle du territoire est plus pressant.
A l’image des pays où l’Etat est très présent, la France a constitué un lieu de repli, de transit pour les trafics et surtout une place de blanchiment. Depuis les années soixante-dix, les mafieux se sont installés à Paris, sur l’axe rhodanien, sur la côte d’Azur et dans les Antilles afin de fuir la justice italienne ou les représailles d’autres clans. De 1982 à 1999, la police française a procédé l’arrestation de dix sept mafieux de haut rang
… ». Extrait de la thèse de science politique les mafias italiennes et la fin du monde bipolaire, page 201 à paraître.

Pour en savoir plus : le rapport de recherche Falcone sur la criminalité organisée en Europe en cliquant sur le document suivant :

Dans le cadre de ma participation aux Etats-généraux de l’Antimafia à Rome (2009), voici la communication proposée :

LE TRAFIC DE CANNABIS EN FRANCE (english)

De l’inefficacité des politiques répressives dans un pays où la consommation de cannabis s’est banalisée alors que les peines pour consommation de stupéfiants sont les plus sévères d’Europe.

Préambule :
La jeunesse française n’est pas « à la dérive » mais la consommation du cannabis s’est banalisé et ce malgré la progressive augmentation des saisies de cannabis au cours de ces 20 dernières années.

1. Les faits :

Les sources concernant les filières du trafic de cannabis (la résine et non l’herbe) en France sont peu nombreuses. Elles proviennent de l’OCTRIS (l’office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants) et des Nations Unies. Elles sont essentiellement de nature quantitative parce qu’elles sont établis à partir des saisies1.

De ce point de vu, la France se place à la seconde place de l’Union européenne derrière l’Espagne (670 tonnes saisies en 2005) pour la quantité de cannabis saisi2 :

Les chiffres des saisies :
1990 : 21 tonnes
1997 : 67 tonnes
2004 : 107 tonnes
2005 : 85 tonnes
2007 : 50 tonnes
2008 : 74 tonnes

La quasi totalité de la résine provient du Maroc (pays qui produit 80% de la résine de cannabis fumée en Europe).

Cependant, seule 15% de la résine de cannabis qui arrive en France provient DIRECTEMENT du Maroc3. Les 85% restant proviennent d’Espagne en raison de la position géographique de l’Espagne qui est une lieu de passage privilégié.

La résine suit le parcourt suivant :
Elle est produite dans la région du Rif4 puis arrive dans les ports d’Agadir et de Casablanca pour emprunter la voie océanique ou dans les ports de Tanger et de Nador pour emprunter la voie méditerranéenne.
15% de la résine arrive directement dans les ports du Havre, de Nantes, et de Bordeaux. Le reste de la résine arrive en Espagne par tous les moyens navales possibles (barques de fortune, navires marchands, mini hors-bords…)

Une fois le 85% de la marchandise restante arrivée en Espagne, les trafiquants la font voyager  par la route. La majeure partie du cananbis transitent par camion « T.I.R. ». En effet, 57 tonnes saisies de cannabis sur les 85 de 2005 l’ont été sur ces camions.

Les autres tonnes sont en partie acheminées par les « go fast » qui sont un des moyens d’approvisionnement des trafiquants des quartiers dit sensibles en France. Les « go fast » sont les moyens d’acheminement les plus médiatisés ce qui participe à la stigamatisation des « cités » de banlieues.5

2. Le problème : une répression qui concerne essentiellement la vente au détail

Le cannabis est la drogue la plus trafiquée. Il recouvre à lui seule la moitié des interpellations pour trafic de stupéfiants6. Par exemple en 2008, 71% des interpellations concernaient le trafic de cette substance7.

Le problème est que les saisies concernent dans 8 cas sur 10, des quantités inférieures à 20 grammes!

La majeure partie des arrestations concernent des cas de revente au détail voir des personnes qui consomment et revendent, soit 67% des 13.000 trafiquants8.

En 2008, en France les interpellations pour trafic de cannabis par rapport aux précédentes années sont en forte augmentation avec 19.685 interpellations9.

Ce sont donc les réseaux locaux les plus exposés à la répression. Il existe peu de sources quant à ces réseaux, même si une étude propose une typologie en trois catégories10 :

-Le modèle familial
-Le modèle « entrepreneurial »
-Le réseau de proximité, constitué souvent de cessions gratuites.

D’après cette étude, le réseau de proximité est le plus répandu au sein de la jeunesse française, même si ces trois réseaux sont perméables. Les réseaux de proximité peuvent se transformer en modèle d’entreprise et vice et versa.

Ces réseaux locaux d’approvisionnement montre une grande flexibilité face à la répression. En cas de démentellement d’une structure, la capacité de régénération est très forte.

Le chiffre d’affaires du trafic de cannabis en France est évalué entre 745 et 832 millions d’euros pour l’année 2005. Cette estimation est calculée à partir d’une étude croisée selon les déclarations des sommes dépensées par les consommateurs.11

Pour conclure :

Du point de vue de la santé publique, la banalisation est un problème sérieux. En dépit d’une forte répression, le cannabis est devenu un produit très disponible (très présent sur le marché) et très accessible (facile à trouver).

Du point de vue géo-criminel, derrière les petits et moyens réseaux d’approvisionnement qui subissent la répression, se  cache la criminalité organisée française basée en Espagne puisque 3/4 du cannabis saisi, passe par l’Espagne via camions.12
Comme elle est organisée, la répression enrichit le crime organisé français au lieu de l’affaiblir.

Quelques pistes pour améliorer la situation en cliquant su ce lien : Contre les mafias : la régulation publique de la drogue

1Michel Gandilhon, Abadalla Toufic, Helène Martineau, Povenance et fillière de trafic in Cannabis, (données essentielles sous la direction de jean Michel Costes (2007) Observatoire Franaçais des Drogues et des Toxicomanies, 2005, p. 66_72, www.ofdt.fr
2Octris (Office Central de Répréssion du Trafic Illicit de Stupéfiants)
3OCTRIS, Usage et trafic des produits stupéfiants en France en 2005, Paris, Ministrère de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire, Direction nationale de la police nationale, Direction centrale de la police judiciaire, 2006, 123 pages.
4Région du Nord du Maroc où se concentre la culture du cannabis, couvre environ 20.000 m², ce qui représente 2.7% de la superficie totale du royaume du Maroc, et 6% de la popultaion. A cheval sur 5 provinces, elle est traversée d’est en ouest par la chaîne montagneuse du Rif.
5D’après les groupes d’intervention régionaux (GIR), le dispositif anti-traffic créé en 2002, 5.4 tonnes ont été récupérées depuis 4 ans dans les « banlieues » françaises
6Voir note de bas de page n°3
7http://www.ofdt.fr/ofdtdev/live/produits/cannabis/offre-1.html#aff_rech
8En 2005, une proportion qui reste stable depuis la fin des années 1990
9http://www.ofdt.fr/ofdtdev/live/produits/cannabis/offre-1.html#aff_rech
10S. Aquatias, « Achat et vente de cannabis au niveau local », in : Cannabis: Qules effets sur le comportement et la santé, Paris, INSERM, Coll Expertise Collective, 2001, p. 403-415
11Voir note de bas de page n°1. Pages 74-75
12Voir note de bas de page n°1. Page 64

Le 17 janvier 2009, un gang de motard, les Outlaws sont réunis « pacifiquement » au salon de la moto de Verone (nord de l’Italie). Soudain, débarquent trois cents Hell’s Angels, les rivaux des Outlaws, afin d’en découdre. Les Hells créeent la panique. Ils forcent le barage de la police et blessent 20 agents de la force publique; une scène digne d’un film hollywodien (voir la série « Son of anarchy » qui est aux Soprano ce que les gangs de motard sont à la mafia).
Depuis cet incident, la police italienne ( L’Italie : ce pays modèle ) n’a cessé d’enquêter. Le 12 juin à l’aube, les polices de plusieurs pays ont arrêté 24 membres des Hells Angels en France, en Allemagne et en Italie (au sein des « clubs house » de Milan, de Cuneo, de Trevise, de Padoue, de Massa Carrara et de Rome). Ils ont saisi des pistolets, des bombes lacrymogène, des armes blanches dont des épées…) et des dizaines de milliers d’euros. L’enquête démontre qu’au sein du groupe criminel, les membres les plus influents avaient des grades inscrits sur les blousons. Pour obtenir le « dequiallo », il faut avoir agressé au moins une fois un policier. Pour obtenir le « filthy few », il faut avoir commis un homicide ou des délits très graves sans avoir été découvert. Les enquêteurs ont découvert une structure hiérarchique typique de la criminalité organisée.
Quand je vois le vocabulaire des gangs de motards (« dequiallo », « filthy few » et autres « chapitres »), J’imagine combien il peut être difficile de comprendre, pour le lecteur de ce blog, le vocabulaire mafieux (« cosca« , « ‘ndrine » et autres « capobastone« )…
Par ailleurs, ces arrestations en Italie semble confirmer une analyse produite il y a trois sur le site du DRMCC : « les gangs de motards criminalisés, une menace grandissante pour l’Europe« .
Enfin, à la lecture du rapport des policiers, il semble qu’il y ait une différence entre crime organisé dont les gangs de motard sont un bel exemple et le criminalité mafieuse. Les gangs de motards sont certes bien implantés dans les sociétés américaines ou scandinaves mais il ne semble pas aussi présents dans le monde de la politique et de l’économique que ne les sont les mafias italiennes. Jugez par vous même à l’aide des articles suivants :
Au conseil municipal : « tous mafieux! »
« Bourgeoise mafieuse »
Ecomafia

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Le 13 mars 2009, les forces de police française ont arrêté un membre de Cosa nostra (sans l’article défini), l’organisation mafieuse sicilienne. Salvatore Adelfio, 42 ans a été arrêté en 1997 et en 2002 pour association mafieuse et trafic de drogue. Son père, Giovanni Adelfio, est aussi détenu pour association mafieuse. Salvatore Adelfio avait échappé à l’opération Old Brige menée conjointement en février 2008 par les polices italienne et américaine, qui avait permis l’arrestation de 81 mafieux des deux continents. L’enquête de la police italienne et espagnole, avait permis de découvrir que le mafieux se cachait en Espagne, près de Malaga. Au total, plus d’une dizaine de responsables de différentes mafias italiennes ont été arrêtés depuis 2006 en Espagne, pays faisant figure de principale porte d’entrée européenne pour la cocaïne sud-américaine et le haschisch marocain.

Donc, les mafias sont des phénomènes italiens et la drogue provient d’Espagne. En revanche, en France, aucune information ne permet de savoir ce qui se passe, sauf lorsqu’on apprend que le chef de la mafia sicilienne est venu se faire soigner dans une clinique du Sud de la France… (L’arrestation du chef de la mafia : une victoire à point nommé ).

Par Stefan Gouzouguec, professeur à Aubervilliers (photo ducollège Rosa Luxembourg à gauche), auteur de l’article « Monsieur Darcos, assumez vos choix éducatifs! » publié sur le journal en ligne Rue 89 et sur le site « changer-d’oeil »
Il y a quelques semaines, j’ai pu voir naître une mafia dans une classe de 5e d’un collège  » ambition réussite  » de Seine-Saint-Denis. L’idée en est venue au délégué, surnommé  » Shrek « , un colosse handicapé d’un bras, capitaine de son équipe de foot, qui menace de tuer tout le monde lorsqu’on le provoque, même pour plaisanter. Cet élève est par ailleurs un très bon orateur, il l’a prouvé lors de l’élection des délégués de classe. Il a recruté deux des plus fidèles clients du bureau de la conseillère d’éducation et recordmen du nombre de rapports dans la classe, bref des petits gars qui n’ont pas froid aux yeux, comme hommes de main. Leur première mission a été d’aller brasser une petite peste bien gentille, oh, pas grand chose, juste la bousculer sans lui faire de mal. C’est par elle que la conseillère d’éducation et moi-même avons appris l’existence de cette mafia.

Lorsque j’ai évoqué le problème en heure de vie de classe, j’ai appris qu’ils avaient proposé à d’autres de rejoindre leur organisation, dont l’autre déléguée, une demoiselle sérieuse, travailleuse au caractère bien trempé, avec la tête sur les épaules, plutôt amusée par l’affaire. Une commission anti-mafia dirigée par la conseillère d’éducation s’est occupée de faire avorter dans l’oeuf cette  » organisation criminelle  » naissante, sans conséquence pour les diverses parties impliquées.

Ces élèves n’ont au bout du compte rien fait d’autre que structurer leur groupe et chaque personnalité a pris le rôle qu’elle jouait en électron libre. Il n’en reste pas moins que les collégiens des quartiers difficiles ont une admiration très forte pour la mafia, dont ils respectent les codes. Ainsi il est très difficile  » d’enquêter  » sur les bêtises qu’ils commettent, car même les bons élèves respectent la loi du silence et répondent lorsqu’on les questionnent qu’ils ne sont pas des  » poucaves  » (des balances).

Nos collégiens ne rêvent plus, comme les générations précédentes, de devenir médecins, pompiers, militaires, infirmière et je dirais même plus Zidane. Non, leur héros, c’est Tony Montana dans Scarface, le type parti de rien qui s’est fait une place de premier choix par la violence, en respectant un système de valeur parallèle à la  » société officielle « . La mafia de ma classe de 5e s’est en réalité autodissoute lorsque je leur ai rappelé qu’ils n’avaient pas encore quitté le collège, qu’ils avaient encore la possibilité de réussir dans la vie autrement que dans le crime organisé. Il faut dire que ce n’est pas une classe de mauvais bougres. Les plus grands qui sont en 3e, n’en font pas un sujet de plaisanterie, certains d’entre eux ont déjà intégré la petite délinquance et le paient très cher. Scarface ne reste malheureusement pour eux que du cinéma grand public américain. Sans le savoir, ces collégiens ont illustré l’explication de la construction d’un ghetto telle que l’explique le sociologue Didier Lapeyronnie dans l’entretien qu’il a accordé au quotidien Le Monde le 30 décembre 2008 à propos de son ouvrage le Ghetto urbain (éd. Robert Laffont, 2008) :  » […] les ghettos se construisent autant par l’extérieur – cela correspond aux effets de la ségrégation sociale et raciale – que par l’intérieur – l’élaboration d’une organisation sociale qui permet de compenser un peu les blessures infligées par la société. »

PS de Fabrice Rizzoli :

Afin de démystifier la mafia, il est possible d’analyser en classe les films qui font tant fantasmer les jeunes. D’autre outils pédagogiques existent comme la BD Brancaccio (Une BD pour comprendre le phénomène mafieux. ). On pourrait aussi étudier le livre Gomorra au lycée ( Gomorra, le livre ).

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